Un récipient BLU-108 avec quatre sous-munitions, larguée par une bombe à sous-munitions de type CBU-105, retrouvée le 17 avril 2015 dans la région d'al-Amar (al-Safraa), dans le gouvernorat de Saada, dans le nord du Yémen.

(Beyrouth, le 3 mai 2015) – Des preuves crédibles indiquent que la coalition dirigée par l'Arabie saoudite a utilisé des armes à sous-munitions fournies par les États-Unis et interdites par une convention mondiale, lors de frappes aériennes menées contre les forces houthistes au Yémen, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ces armes représentent un danger à long terme pour les civils et sont interdites par un traité adopté en 2008, et auquel 116 pays – mais pas l'Arabie saoudite, le Yémen, ni les États-Unis – ont adhéré à ce jour.

Depuis la mi-avril, des photographies, des vidéos, et d’autres éléments de preuves indiquent que des armes aux sous-munitions ont été utilisées lors de récentes frappes aériennes menées par la coalition contre des zones contrôlées par les forces houthistes dans le nord du gouvernorat de Saada, au Yémen, jouxtant la frontière avec l'Arabie saoudite. Selon l’analyse d’images satellite effectuée par Human Rights Watch, les sous-munitions ont semblé atterrir sur un plateau cultivé, à moins de 600 mètres de plusieurs dizaines d’habitations situées dans des villages.

« Des frappes aériennes menées par la coalition dirigée par l’Arabie saoudite et recourant à des bombes à sous-munitions ont visé des zones à proximité de villages, mettant en danger la population locale », a affirmé Steve Goose, directeur de la division Armes de Human Rights Watch. « Ces armes ne devraient jamais être utilisées, en aucune circonstance. L’Arabie saoudite, les autres membres de la coalition, ainsi que le pays fournisseur – les États-Unis – bafouent les normes internationales qui proscrivent ces armes en raison du danger à long terme qu’elles représentent pour les civils. »

Les armes à sous-munitions contiennent des dizaines, voire des centaines de sous-munitions qui sont censées exploser après être éparpillées sur une vaste superficie, de la taille d'un terrain de football. Toute personne se trouvant dans cette zone au moment de l'attaque donc exposée au risque de mort ou de blessure. En outre, de nombreuses sous-munitions n’explosent pas immédiatement, devenant ainsi de fait de dangereuses mines terrestres.

ZONE D'IMPACT :

Une vidéo sans son mise en ligne sur YouTube le 17 avril montre la lente chute de projectiles suspendus par des petits parachutes, ainsi que plusieurs nuages ​​de fumée noire qui laissent supposer une détonation. Se basant sur l’analyse d’images satellite, Human Rights Watch estime que cette vidéo a été enregistrée à proximité du village d’Al-Shaaf dans la région de Saqeen, dans l’ouest du gouvernorat de Saada au Yémen.

Un militant basé dans la capitale du Yémén, Sanaa, a par ailleurs transmis à Human Rights Watch des photographies prises le 17 avril, selon son témoignage, par un résident du gouvernorat de Saada sur les lieux d’une frappe aérien dans la région d'al-Amar (al-Safraa), à une trentaine de kilomètres au sud de la ville de Saada. Human Rights Watch a identifié dans ces photos les fragments de sous-munitions larguées par des armes CBU-105, fabriquées par la compagnie américaine Textron Systems Corporation, et fournies à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis par les États-Unis au cours des dernières années.

Depuis le 26 mars, une coalition dirigée par l'Arabie saoudite et comprenant huit autres pays – Bahreïn, l'Égypte, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Koweït, le Maroc, le Qatar et le Soudan – a mené de nombreuses frappes aériennes au Yémen contre les forces houthistes, également connues sous le nom d’Ansar Allah, qui ont renversé le gouvernement du président Abdu Rabu Mansour Hadi en janvier dernier. Aucun de ces pays n’a signé la Convention sur les armes à sous-munitions de 2008.

Peu de temps après le début des frappes aériennes au Yémen, l'Arabie saoudite a nié tout recours aux armes à sous-munitions. Lors d'une conférence de presse à Riyad le 29 mars, le général Ahmad al-Assiri a affirmé : « Nous n’utilisons pas de bombes à sous-munitions, en aucune manière. »

Selon le site de Textron Systems Corporation, chaque arme CBU-105 disperse dix récipients BLU-108, dont chacun disperse à son tour quatre sous-munitions. Ce type d'arme est proscrit par la Convention sur les armes à sous-munitions, mais pas par les États-Unis qui autorisent son exportation selon la législation américaine actuellement en vigueur.

Human Rights Watch copréside actuellement la Coalition contre les armes à sous-munitions (Cluster Munition Coalition).

Pour lire le communiqué intégral en anglais, veuillez cliquer ici.