Depuis le 3 janvier, des militants de Boko Haram ont perpétré des attaques – de façon quasi quotidienne – ciblant la zone des environs de Baga, une localité de pêcheurs sur les berges du lac Tchad, dans l’État de Borno, dans le nord-est du Nigeria

Le nombre exact de victimes à Baga et dans 16 villages environnants reste inconnu, et les estimations vont de « dizaines » de morts à 2000 personnes tuées ou davantage. « Personne n'est ne s’est attardé pour compter les cadavres », a expliqué un habitant de la région à Human Rights Watch. « On était tous en train de fuir la ville, avant l'arrivée des combattants de Boko Haram, qui depuis ont pris le contrôle de la zone. »

Les images satellite obtenues par Human Rights Watch montrent des preuves de destructions de grande ampleur, en particulier dans la ville de Doro Gowon, où se situe la base de la Force multinationale conjointe (Multinational Joint Task Force, MNJTF), à quelques kilomètres de Baga. Le Nigeria, le Tchad et le Niger ont créé la MNJTF en 1998, initialement pour lutter contre la criminalité dans la zone frontalière entre les trois pays. La MNJTF s'est développée en 2012, incluant le Cameroun et le Bénin, et couvre depuis les opérations de lutte anti-terroriste contre Boko Haram dans la région.

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Les images satellite, prises dans les jours qui ont suivi les attaques, offrent des preuves directes de l'existence de vastes zones de destructions, où bâtiments locaux et arbres ont été endommagés par des incendies, ce qui concorde avec une campagne systématique d'incendies volontaires ciblant la population civile de la région.  Bien que nous n'ayons pas encore de chiffres exacts quant au nombre de bâtiments endommagés ou détruits, notre analyse de ces images mène aux constats suivants :

  • Doro Gowon, où se situe la base de la MNJTF, a été la plus durement touchée, avec de vastes zones de destructions couvrant environ 57 pour cent de la ville (d'après les dégâts visibles sur les images, par rapport à la superficie totale de la partie construite de la ville). Il est probable que plusieurs milliers de bâtiments résidentiels et commerciaux ont été détruits.
  • Ces incendies criminels à Doro Gowon ont probablement été déclenchés le soir du 3 janvier, et le matin du 4 janvier (ainsi que l'a détecté un satellite environnemental, à ce moment-là).
  • D'importantes zones de bâtiments détruits sont visibles à Baga, couvrant environ 11 pour cent de la ville (d'après les dégâts visibles sur les images, par rapport à la superficie totale de la partie construite de la ville).

 

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L'armée nigériane se bat pour reprendre Baga à Boko Haram. L'ampleur des pertes en vies humaines et des atteintes aux biens, y compris pendant les combats en cours, sera plus claire une fois la bataille terminée. 

Ce n'est pas la première fois que la région de Baga subit des attaques. Human Rights Watch a rapporté qu'en avril 2013, un raid de l'armée nigériane s'était conclu par le meurtre d'habitants et des destructions de biens massives et délibérées. Cette opération avait été menée en réaction à une attaque de Boko Haram dans laquelle un soldat nigérian avait été tué.

Après l'attaque de 2013, Human Rights Watch a rassemblé des informations et analysé des images satellite, qui ont permis de confirmer de façon probante la destruction de 2 275 bâtiments par les soldats, tandis que 125 autres immeubles étaient gravement endommagés.  Un rapport préliminaire sur l'événement publié par la Commission nationale des droits de l'homme du Nigeria, citant un rapport de la police et les témoignages de personnes présentes recueillis par le personnel de la Commission, a confirmé les informations et analyses de Human Rights Watch.

L'Agence nationale nigériane pour la recherche-développement dans le domaine spatial (NASRDA) a ensuite publié son propre rapport, qui s'efforçait de réfuter les conclusions de Human Rights Watch. Un examen approfondi par Human Rights Watch du rapport de la NASRDA a mis en lumière de considérables erreurs techniques et d'analyse dans ce document. Des responsables gouvernementaux et militaires ont néanmoins continué à critiquer et rejeter les constatations de Human Rights Watch relatives aux attaques de 2013 à Baga.

Nous espérons pouvoir fournir ultérieurement des chiffres plus précis sur le nombre de personnes tuées dans ces attaques, et des informations sur les victimes. Mais pour le moment, des images satellite utilisées de façon crédible sont ce que nous avons de plus proche de la vérité.

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