(Beyrouth, le 30 septembre 2014) – Les autorités du Liban ont omis de prendre des mesures adéquates pour endiguer le nombre croissant de violences infligées à des Syriens par des citoyens libanais et poursuivre ceux-ci en justice, a affirmé aujourd’hui Human Rights Watch. Cette poussée de violence fait suite aux affrontements qui ont éclaté à Ersal, en août 2014, entre l’armée libanaise et les organisations extrémistes l’État islamique et Jabhat al-Nusra, ainsi qu’aux exécutions de trois soldats libanais par des extrémistes, qui ont suivi ces affrontements. Les agressions de Syriens, pour la plupart des réfugiés, sont perpétrées dans un climat officiel d’indifférence et de discriminations, et dans certains cas les violences semblent avoir pour objectif de tenter d’expulser les Syriens de certains quartiers, ou de faire respecter un couvre-feu.

Human Rights Watch a enquêté sur 11 agressions violentes commises en août et en septembre, contre des Syriens désarmés ou des personnes perçues comme syriennes, par des particuliers libanais. Certaines de ces agressions ont été commises avec des armes à feu et des armes blanches. Toutes les victimes ont été ciblées en raison de leur nationalité syrienne réelle ou supposées, selon ces dernières, ainsi que selon les témoins et les travailleurs humanitaires. Presque toutes les victimes ont signifié ne pas faire confiance aux autorités libanaises pour les protéger, ou pour enquêter sur ces agressions. Dans au moins quatre cas, des témoins ont rapporté que les attaques avaient eu lieu sous les yeux des forces de sécurité libanaises, qui n’étaient pas intervenues.

« Les forces de sécurité du Liban devraient protéger toute personne se trouvant sur le territoire libanais, au lieu de fermer les yeux sur les actions de groupes d’auto-défense qui terrorisent les réfugiés », a déclaré Nadim Houry, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les forces de sécurité ont le devoir de protéger toutes les personnes au Liban, quelle que soit leur nationalité. »

Les autorités libanaises doivent prendre ces agressions au sérieux, enquêter et s’assurer que les responsables rendent compte de leurs actes, a affirmé Human Rights Watch.

Human Rights Watch a interviewé 10 victimes, 5 proches ou amis de victimes, et 7 travailleurs humanitaires qui aident les réfugiés syriens. Les agressions sur lesquelles Human Rights Watch a enquêté ont eu lieu à Beyrouth, au Mont-Liban et dans les gouvernorats du nord. Les médias locaux ont publié des articles, et les travailleurs humanitaires ont rassemblé des informations sur des dizaines d’agressions similaires dans l’ensemble du Liban.

« Au début, quand je suis arrivé, les Libanais se sont montrés très hospitaliers envers moi, » a raconté un réfugié syrien à Human Rights Watch. « Ils m’ont traité comme un réfugié, quelqu’un qui avait besoin d’être protégé, et qui avait fui la guerre. A présent ils me traitent comme si j’étais un terroriste ou représentait une menace pour leur sécurité. »

Un travailleur humanitaire qui intervient auprès de réfugiés près de Tyr, au sud du Liban, a affirmé qu’auparavant les Syriens vivant dans cette région rencontraient rarement ce type de problèmes, mais que son organisation enregistrait désormais un incident violent par semaine en moyenne, dans 80 pour cent des municipalités du sud.

L’Institut libanais pour la démocratie et les droits de l’Homme (LIFE), une organisation non-gouvernementale locale, a affirmé avoir rassemblé des informations sur une vingtaine d’agressions violentes commises contre des réfugiés syriens au mois de septembre, et notamment des agressions avec armes à feu et armes blanches, et des incidents au cours desquels les agresseurs ont fait sortir de force des Syriens qui voyageaient à bord de bus ou de camionnettes. La majorité de ces agressions ont eu lieu dans la plaine de la Bekaa, dans les quartiers de Nabaa et de Bourj Hammoud à Beyrouth, et dans les banlieues sud de la capitale.

Les médias locaux et internationaux ont également signalé des dizaines d’agressions de ce type en août et en septembre. Parmi les incidents figurent des attaques contre les lieux où se sont installés des réfugiés à Douris, dans le gouvernorat de la Bekaa, le 8 septembre, et dans les banlieues sud de Beyrouth, à el Laïlaki et à Hay el Salloum. Le 10 septembre, à Baalbek, dans la Bekaa, des habitants ont attaché deux hommes ensemble, selon les médias, pour les abandonner ensuite au milieu de la circulation, tels un barrage routier humain. Le même jour, des agresseurs ont ouvert le feu sur un camp de réfugiés syriens à Hemel, dans la Bekaa, blessant deux Syriens, selon les informations rapportées par l’Agence nationale de presse libanaise.

Les personnes interviewées ont affirmé que, pour autant qu’elles le sachent, l’immense majorité de ces incidents n’avaient fait l’objet d’aucunes poursuites, et que personne n’avait été sanctionné. Un seul des cas étudiés par Human Rights Watch a abouti à l’arrestation de suspects, bien qu’on ne sache pas clairement si ceux-ci ont été inculpés.

Une seule victime interrogée par Human Rights Watch a dit avoir essayé de dénoncer une agression auprès des Forces de sécurité intérieure, la police locale, le 6 septembre. L’agent de service lui a cependant répondu de « ne pas accorder tant d’importance à ce genre de choses ». Pour autant que la victime le sache, la police n’a rien fait au sujet de son agression. Dans un autre cas, un réfugié syrien a déclaré avoir signalé aux responsables municipaux de Zoukak el Blat que l’un de ses amis avait été agressé, mais que ces derniers lui avaient répondu qu’ils ne pouvaient rien y faire.

Huit victimes ont affirmé n’avoir pas dénoncé les attaques par crainte de représailles de la part de leurs agresseurs, ou d’être elles-mêmes arrêtées, et dans certains cas parce qu’elles n’avaient pas de permis de séjour valide. Une travailleuse humanitaire a raconté que dans les quelques cas, à sa connaissance, où des réfugiés avaient déposé plainte, ces derniers n’avaient obtenu comme résultat que de nouveaux problèmes avec les autorités, et aucune forme de justice. Les travailleurs humanitaires ont aussi souligné que la plupart des incidents violents n’étaient jamais signalés, parce que les victimes avaient peur de représailles. Un réfugié a raconté que son agresseur l’avait menacé de le tuer s’il dénonçait l’incident à l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR).

Des hommes, des femmes et des enfants ont été agressés dans toutes les régions du Liban, selon les personnes interviewées, mais celles-ci ont souligné que les hommes soupçonnés d’être des partisans de l’opposition syrienne semblaient une cible privilégiée.

Huit Syriens déplacés ont dit à Human Rights Watch que les violences avaient fait suite aux efforts de certains habitants pour forcer les Syriens à quitter certains quartiers. Ils ont affirmé que ces habitants avaient diffusé des tracts exigeant le départ des Syriens du quartier avant une heure limite. Un travailleur humanitaire qui intervient auprès des réfugiés près de Tyr, au sud du Liban a affirmé que de tels tracts avaient été diffusés le 17 septembre dans le secteur d’`Ayn Kineya, à Hasbaïa et que certains Syriens avaient raconté avoir reçu des messages SMS d’un numéro inconnu, les enjoignant à partir immédiatement.

Selon les médias, de tels tracts ont été diffusés dans des villages et des villes de tout le pays, et notamment à Hay el Salloum , Bourj Hammoud , Hadath, Bourj Shemali à Tyr , Ajaltoun, Srifa et Al-Qulay`a. Certains tracts comportaient des menaces de violences, si l’ordre de quitter le secteur n’était pas respecté. Dans le quartier de Zoukak el Blat à Beyrouth, un avis menaçant ceux qui ne partaient pas sous 48 heures d’être « massacrés ou tortures à mort » a été diffusé, selon les médias.

Dans un incident survenu le 23 septembre, un groupe de Libanais, des hommes, a brutalement poignardé un Syrien à Rawda, justifiant cet acte par le fait qu’il était sorti après le couvre-feu.

Bien que, dans les cas étudiés par Human Rights Watch, les agresseurs aient semblé être des particuliers, il apparaît que dans de nombreux cas, ils ont agi avec l’appui, a minima tacite, des autorités locales. Six de ces incidents ont, selon les victimes ou les témoins, eut lieu sous les yeux même des forces de sécurité libanaises.

Les forces de sécurité libanaises devraient rester vigilantes face à toute exaction commise à l’encontre des réfugiés syriens, et s’assurer que toute personne coupable de violations en soit tenue responsable. Les autorités libanaises devraient immédiatement prendre des mesures pour enquêter sur les agressions de façon adéquate, et traduire les responsables en justice. Elles devraient mettre en œuvre des mesures de sécurité préventive dans les secteurs où l’on sait que le risque d’agression est élevé, en renforçant notamment les patrouilles de sécurité. Les agents de sécurité qui sont témoins d’agressions et n’interviennent pas devraient également être tenus responsables de leurs actes.

« Agresser les réfugiés syriens ne ramènera pas les soldats kidnappés, et ne résoudra pas la crise des réfugiés que connaît le pays, » a souligné Nadim Houry. « Les agressions de réfugiés syriens ne feront qu’aggraver leur détresse, et renforcer l’instabilité et l’insécurité au Liban. »

Les responsables gouvernementaux de haut-rang devraient publier des déclarations officielles condamnant ces violences, signifiant qu’elles ne seront pas tolérées, et que les responsables seront traduits en justice. De récentes déclarations condamnant les violences ont été formulées par des hommes politiques d’envergure nationale, tels que Walid Joumblatt du Parti socialiste progressiste (PSP) et Cheikh Hassan Nasrallah, du Hezbollah. Les femmes et hommes politiques du pays devraient user de leur influence pour pousser les institutions de l’État à protéger les réfugiés syriens.

Un certain nombre de responsables locaux, tels que le Maire d’Abadieh, Adel Najd ainsi que Marcellino El Hark, chef de la municipalité de Batroun, ont également tenté de calmer les violences et les autres restrictions imposées aux Syriens. Un journal local a rapporté les propos critiques de Marcellino El Hark au sujet des couvre-feux imposés de plus en plus fréquemment aux Syriens : « Les problèmes de notre pays proviennent des discriminations … Vous ne pouvez pas prendre une telle décision [d’imposer des couvre-feux] en fonction de l’origine de la personne, de son identité, de sa race ou de son culte. »

Cependant, certaines déclarations de responsables gouvernementaux accusant tous les Syriens d’être responsables d’incidents de sécurité ou de divers méfaits, ne peuvent que renforcer les tensions et le potentiel de violence, selon Human Rights Watch. Le 13 septembre, par exemple, Antoine Chakhtoura, le chef de la municipalité de Dekwaneh, une banlieue au nord de Beyrouth, a été cité par un journal local : « Tout rassemblement de Syriens est une cellule dormante [dirigée] contre les [secteurs] de la sécurité, de l’économie, des moyens de subsistances, ou de l’environnement. »

Les représentants de l’État devraient s’abstenir de toute déclaration qui risque d’inciter à la violence, et devraient plutôt condamner de telles attaques et exiger une redevabilité pour de tels actes, selon Human Rights Watch.

Le gouvernement national devrait également accompagner davantage les municipalités sur la façon de gérer les relations avec les réfugiés dans leurs communautés, et leur apporter des conseils concrets et efficaces sur les moyens de mettre en œuvre de telles mesures. Le gouvernement devrait superviser ces politiques, de façon à garantir leur conformité avec les obligations du Liban aux termes du droit international des droits humains, a ajouté Human Rights Watch.

« Répondre aux défis posés par le nombre croissant de réfugiés dans un petit pays comme le Liban représente un énorme travail, » a conclu Nadim Houry. « Faire des Syriens les boucs émissaires des maux du Liban n’est pas la solution. »

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Informations complémentaires

Incidents violents ayant fait l’objet des recherches de Human Rights Watch

Human Rights Watch a rassemblé des informations sur 11 incidents survenus en août et en septembre 2014, au cours desquels des Syriens ou des personnes supposées syriennes se trouvant au Liban ont été violemment agressées chez elles ou dans la rue, par des particuliers libanais. Des travailleurs humanitaires ont signalé 21 autre cas à Human Rights Watch. Human Rights Watch n’a pas été en mesure d’enquêter de façon indépendante sur ces incidents additionnels.

Burj el Barajneh, sud de Beyrouth. Début août
Si les agressions de Syriens au Liban ont connu un pic en août-septembre de cette année, dans certains secteurs, comme Burj el Barajneh dans la banlieue de Beyrouth, des Syriens ont signalé des agressions violentes et des cas de harcèlement par les habitants dès 2013. Les agressions se sont depuis intensifiées. Burj el Barajneh, où se trouvait avant le conflit en Syrie un camp de réfugiés palestiniens, accueille au moins 31 000 réfugiés, parmi lesquels des réfugiés palestiniens de Syrie et du Liban et d’autres réfugiés syriens, selon un journal local, qui citait l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA).

Divers groupes extrémistes syriens, parmi lesquels Jabhat al-Nusra, ont revendiqué une série d’attentats à la bombe qui a secoué les banlieues de Beyrouth en 2013 et 2014. Une résidente syrienne du camp de Burj el Barajneh, Yousra, dont le nom - comme pour les autres témoins - a été changé pour la protéger, a déclaré que si tous les habitants souffraient de la détérioration de la situation sécuritaire, les réfugiés syriens et palestiniens de Syrie en particulier faisaient l’objet d’une suspicion croissante depuis ces attentats. L’an dernier, selon elle, les violences contre les réfugiés syriens se sont aggravées, et ont parfois eu lieu directement sous les yeux d’agents de sécurité, qui ne sont pas intervenus.

Abdul Rahman, un réfugié syrien qui vit à Burj el Barajneh depuis 2013, a raconté à Human Rights Watch:

Il y a trois mois environ, une fausse rumeur a commencé à circuler dans Burj el Barajneh, selon laquelle j’étais membre d’une cellule dormante terroriste au Liban. Bien sûr, ce n’est pas le cas, mais c’est ce que les gens disaient. A chaque fois que je quittais la maison, les gens m’insultaient, et dans la rue, on me jetait parfois des chaussures. Ce n’était pas juste moi, ils ont fait la même chose à d’autres Syriens.

Au début du mois d’août, il se tenait devant l’hôpital Haïfa, sur une des rues principales du camp, quand l’un de ses voisins, un Palestinien installé au Liban, a sorti un couteau et l’a menacé sans raisons :

Une foule s’est rassemblée autour de nous. Il m’a mis le couteau sous la gorge et a dit “Tu es syrien. Tu n’as pas voix au chapitre, ici.” Tous ceux qui étaient dans la rue ont assisté à ça, mais n’ont rien fait. Même le comité local de sécurité qui intervient et patrouille dans le camp a observé l’incident sans intervenir. Des semaines plus tard, j’étais devant le même hôpital quand j’ai vu trois frères syriens qu’on admettait en urgence, avec des blessures par arme blanche …. J’ai compris que ma propre vie était en danger, et j’ai décidé de fuir le quartier avec ma famille.

Abdul Rahman s’est réinstallé dans le sud du Liban avec l’aide de l’UNHCR, mais il a dit à Human Rights Watch qu’il continuait à craindre pour sa sécurité et à limiter ses déplacements, parce qu’il n’a pas de permis de séjour valide au Liban.

Jnah, sud de Beyrouth, 17 septembre
Dans certains cas, des réfugiés syriens au Liban ont été menacés avec des armes à feu, ou se sont fait tirer dessus. Ali, son frère Hussein, et sa mère Zeïna, ont raconté comment il a reçu une balle et été battu le 17 septembre, à Jnah, dans la banlieue de Beyrouth. Ali a montré à Human Rights Watch les rapports médicaux ainsi que ses blessures, qui confirment son témoignage.

Il a racontait qu’il dormait quand vers 3h du matin il a entendu frapper à la porte. Il a ouvert et vu environ sept hommes armés, en civil. « Ils ont dit “Ya da`eshi” [partisan de l’EIIL], ils m’ont immédiatement frappé à la tête avec la crosse d’un fusil, et je suis tombé à terre, » a raconté Ali. Les hommes sont ensuite entrés chez lui et l’ont frappé à coups de poings et de pieds, l’accusant d’être membre du groupe islamiste radical l’Etat islamique. Ils ont fouillé sa maison pour trouver des armes, mais n’en ont découvert aucune. Ils lui ont ensuite tiré dessus avec un fusil à pompe, et l’ont touché au côté:

Ensuite ils m’ont emmené ailleurs en voiture. Là-bas, ils m’ont accusé de les avoir agressés, de vendre de la drogue, et d’autres choses. Rien de tout ça n’était vrai. Ils m’ont fait signer un « engagement » disant que je quitterai le secteur avant la fin du mois, et que je n’ai plus le droit de revenir dans le quartier. Je ne l’ai pas lu, parce que je souffrais terriblement et perdait beaucoup de sang. Ils m’ont juste dit de signer et je l’ai fait, parce qu’ils étaient armés.

Ali pense que ses agresseurs étaient des membres du parti politique le mouvement Amal, parce qu’un drapeau d’Amal et un portait de Nabih Berri, le leader du mouvement, étaient accrochés au mur du bureau où on l’a obligé à signer l’acte d’engagement. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de vérifier cette piste de façon indépendante. Ali affirme que les hommes l’ont ensuite déposé chez un ami. Quelques heures plus tard, il est allé à l’hôpital où il a reçu des soins médicaux. « Le médecin m’a dit que s’ils m’avaient tiré dessus de plus près, je serais mort, » a-t-il raconté.

« Pendant que j’étais à l’hôpital avec mon frère, j’ai reçu un appel d’un numéro privé, » a-t-il ajouté. « Ils m’ont dit que si on déposait plainte contre eux, ils nous retrouveraient, et qu’on savait ce qu’ils nous feraient alors. »

Zeïna a raconté à Human Rights Watch que lorsqu’elle s’est rendue chez Ali pour rassembler ses affaires pour lui, après l’agression, des hommes sont entrés dans la maison et se sont mis à la harceler: « L’un des types a commencé à m’insulter parce que j’étais syrienne, et puis il m’a poussée au front et je suis tombée sur le lit. Ils m’ont dit que j’étais syrienne et que je ne devrais jamais revenir. Les femmes libanaises qui étaient présentes sont intervenues en ma faveur. Je ne sais pas ce qui se serait passé si ces femmes ne les avaient pas arrêtées. Mon corps est faible, et j’ai 56 ans. »

Elle a affirmé qu’en allant à l’hôpital rendre visite à son fils, elle a parlé avec une autre femme dont le fils avait été agressé à Jnah par des gens qu’il ne connaissait pas : « J’ai vu ses jambes, elles étaient couvertes d’hématomes. J’ai demandé ce qui s’était passé à la femme, et elle m’a dit que son fils avait été agressé dans le quartier, uniquement parce qu’il était syrien. »

Mar Mikhael, sud de Beyrouth. 20 septembre
Khalid, un réfugié kurde de Syrie, a raconté que des hommes libanais l’ont agressé le 20 septembre. Il avait pris le bus pour se rendre dans un quartier proche de Mar Mikhael, dans la banlieue de Beyrouth, avec sa femme et son enfant, pour rendre visite à des gens. Mais quand ils sont descendus du bus, un Libanais lui a demandé où il allait. « Les Libanais du quartier ont reconnu mon accent syrien et se sont mis à me frapper, » a-t-il raconté. « Ils m’ont frappé moi, ma femme, et mon enfant, à coups de poings, de pieds, et de bâtons … j’ai toujours l’œil rouge à cause des coups. » Il affirme qu’aucun passant n’est intervenu, et que pendant qu’il était à Mar Mikhael, il a vu des Libanais sortir plusieurs autres Syriens d’un bus, et les passer à tabac. Sa famille et lui en ont réchappé en s’enfuyant en courant au milieu de la foule.

Nabaa, Beyrouth. 21 septembre
Karim a raconté que quatre hommes l’ont agressé le 21 septembre dans le quartier de Nabaa, à Beyrouth, alors qu’il rentrait à pied du travail: « Ils m’ont donné des claques dans le cou, et puis des coups de pied dans le dos. “Tu es syrien, tu n’as pas le droit d’être ici,” ils ont dit. Des policiers étaient dans le coin mais ils n’ont rien fait du tout. Je suis tombé au sol, dans la rue. Je ne peux pas me plaindre auprès de la police, parce qu’ici je n’ai pas de papiers. Si j’y vais, ils se contenteront de m’arrêter. »

Geitawi, Beyrouth. 6 septembre
Basile a déclaré que sept ou huit Libanais l’avaient agressé le 6 septembre dans le quartier de Geitawi, à Beyrouth. Basile est né en Syrie et a obtenu la nationalité libanaise après s’être installé au Liban il y a de nombreuses années. Il quittait la maison d’un ami quand il a décidé de fumer une cigarette dans le parc:

Soudain, sept ou huit hommes sont apparus, se sont présentés comme étant de la Sécurité générale, et ont demandé mes papiers. Je leur ai demandé de me montrer d’abord leurs pièces d’identité, pour prouver qu’ils appartenaient à la Sécurité générale. Je savais qu’ils n’en étaient pas vraiment, et que c’était juste des types du quartier. Et puis ils se sont mis à me frapper. Ils ont sorti ma carte d’identité libanaise et ont vu que j’étais né à Damas et que je n’étais devenu citoyen libanais que plus tard dans ma vie. « Qui t’a donné cette nationalité ? » Ils ont demandé. Ils ont continué à me frapper et m’ont dit qu’ils cherchaient de la drogue et des armes. Et puis ils m’ont menacé, « Tu dois partir tout de suite, ou sinon tu n’arriveras pas entier chez toi. »

Il a pris un taxi pour rentrer chez lui. « L’incident m’a laissé couvert de bleus sur tout le corps, mes yeux étaient tellement gonflés qu’ils ne s’ouvraient plus, et j’ai eu besoin de deux points de suture derrière la tête, » a-t-il raconté. Le lendemain, il est allé au commissariat de police pour déposer plainte. « Pendant que je remplissais les formulaires, l’agent m’a juste dit que la prochaine fois je devrais faire plus attention, et que je ne devrais pas accorder autant d’importance aux choses. »

Fern el Shebak, Beyrouth. 13 septembre
Tariq, un Syrien, a raconté comment cinq Libanais environ l'ont agressé le 13 septembre vers 22h30, dans le quartier de Fern el Shebak à Beyrouth, alors qu'il allait dîner avec un ami. Ils ont remarqué une voiture avec cinq hommes à bord, qui les suivait au pas. Les hommes ont demandé à Tariq et à son ami où ils vivaient, et ils ont répondu que c'était juste un peu plus loin dans cette rue: « Ils nous ont alors dit qu'on avait trois secondes pour courir jusqu’à chez nous. Au lieu de ça, ils sont sortis de la voiture et se sont mis à nous bousculer. Ils ont attrapé mon ami et l'ont frappé: »

Je connais les types qui nous ont battus. Ils sont du quartier, et on les voit très souvent. Des gens s'étaient mis à écrire des choses sur les murs, disant que les Syriens devaient s'en aller. Apparemment, un couvre-feu avait été imposé par les habitants du quartier, et aucun Syrien n'était autorisé à sortir après 20h00. Les gars du quartier s'organisent en groupes d'autodéfense pour contrôler la présence des Syriens dans la zone, et parfois pour les agresser.

Barbir, Beyrouth. 14 septembre
Bachar, un réfugié syrien, a affirmé que cinq hommes l'avait agressé le 14 septembre, vers 20h00 ou 21h00, dans le quartier Barbir à Beyrouth, alors qu'il était sorti acheter à manger dans une boutique du coin. Un groupe de cinq hommes l'a abordé, a-t-il raconté, dont un armé d'un couteau, et lui ont demandé s'il était syrien. Bachar a répondu que oui, et les hommes l'ont alors bousculé et insulté. « Ils se sont mis à me hurler dessus en disant “dégage de notre pays, sale chien” et “vous êtes tous de Daesh [EIIL],” » selon Bachar. Un habitant du quartier est intervenu, et Bachar a couru se réfugier chez lui. « Je ne peux plus supporter les insultes, » a-t-il ajouté. « Je ne peux déposer aucune plainte à ce sujet auprès de la police. Si j'y vais, ils vont juste me répondre, “Pourquoi portes-tu plainte contre mes frères libanais ?” J'ai l'impression qu'ici, il n'y a pas de lois. »

Bourj Hammoud, Beyrouth. 9 septembre
Le 9 septembre, des jeunes du quartier ont fait passer un tract dans le secteur Bourj Hammoud, à Beyrouth, qui, selon les médias locaux, ordonnait aux Syriens de partir après l'exécution de deux soldats libanais kidnappés en Syrie par l'EIIL. « Nous demandons aux citoyens syriens qui vivent à Bourj Hammoud d'évacuer la zone à compter de mardi 9 septembre, à 18h00, et [cette décision est prise] en signe de solidarité avec les martyrs de l'Armée Libanaise, » proclamait ce tract.

Nadia a raconté comment l'armée est entrée à Bourj Hammoud le jour même, et comment les gens ont commencé à dire aux Syriens de s'en aller. Ceux-ci ont se sont mis à fermer leurs boutiques, et des tracts ont circulé, exigeant le départ des Syriens, selon elle. « Ils [l'armée] ont bouclé le quartier pendant un moment, et ne laissaient personne rentrer. Ils ont dit que les Syriens devaient être partis avant 18h00. » « Un libanais en civil a descendu notre rue avec un fusil en hurlant, “Où sont les Syriens?” » a-t-elle ajouté. « Les forces de sécurité libanaises étaient présentes, mais n'ont rien fait pour arrêter ça. Je me suis cachée chez moi, avec mon enfant terrifié. »

Mustapha a déclaré avoir été agressé dans le square municipal de Bourj Hammoud vers 20h00, ce jour-là, alors qu'il se promenait avec sa famille:

Soudain sept ou huit types libanais m'ont abordé et ont commencé à me frapper à coups de poings et de pieds. Les policiers ont vu ce qui se passait, mais n'ont rien fait. Si ma femme et mon jeune enfant n'avait pas été avec moi, j'aurais été battu plus sévèrement. J'ai vu beaucoup d'autres Syriens roués de coups dans la rue, ce jour-là. Ils veulent qu'on retourne en Syrie. Mais où pourrais-je bien aller ? Ma maison a été détruite par des bombes à sous-munitions, et je suis recherchée par le régime [syrien].

Rawda, Baabda. Mont-Liban. 23 septembre
Human Rights Watch s'est entrenu avec Salim, dont l'ami Bassam lui a raconté avoir été agressé le 23 septembre par deux personnes à Rawda, dans le district de Baabda, au Liban, vers 22h00. Salim n'était pas avec Bassam quand il a été agressé, mais l'a accompagné à l'hôpital cette nuit-là pour faire soigner ses blessures. Avec l'accord de Bassam, Salim a envoyé à Human Rights Watch des copies de ses rapports médicaux, et une photographie de lui en train de rendre visite à son ami à l'hôpital.

Il affirme que Bassam a été pris pour cible par plusieurs Libanais qui faisait respecter un couvre-feu dans la zone. « Des Libanais l'ont arrêté et lui ont dit, tu n'as pas le droit de sortir le soir, » a raconté Salim. Quand Bassam leur a répondu qu'il allait juste au magasin, ils l'ont poignardé trois fois, dont une dans la poitrine. « Il a souffert de blessures graves, il avait un poumon perforé, » a déclaré Salim. « Il a besoin de chirurgie de toute urgence, mais nous n'avons pas assez d'argent.... Il n'a pas de famille au Liban et il est tout seul ici. » Human Rights Watch n'a pas pu parler à Bassam directement en raison de la gravité de ses blessures. Selon Salim, les deux hommes qui auraient poignardé Bassam ont été arrêtés, mais ce dernier n'a fait aucune déclaration à la police.

Incidents violents rapportés par des travailleurs humanitaires
 

Mar Elias, Bekaa. 5 août
Un travailleur humanitaire qui intervient dans la Bekaa a affirmé que le 5 août, quatre jeunes Libanais sont venus dans un campement de fortune de réfugiés de Mar Elias et ont agressé physiquement un groupe de réfugiés syriens, qu’ils ont aussi tenté de voler. L’organisation a rassemblé des informations sur cette agression lors de visites sur le terrain, et d’entretiens avec les victimes.

El Hosnieh, Akkar. 9 août

Une travailleuse humanitaire du Liban-Nord a déclaré qu’elle et ses collègues avaient interviewé des victimes, suite à l’attaque d’un campement de fortune du secteur El Hosnieh, à Akkar, le 9 août. « Des hommes armés appartenant à la communauté ont attaqué physiquement un campement de ce secteur le 9 août, qui abritait environ 400 réfugiés syriens. Ils ont agressé et insulté les réfugiés, et les ont menacé de revenir brûler leurs tentes, et dans certains cas, de tuer ceux qui n’auraient pas quitté la zone sous 12 heures », a affirmé la travailleuse humanitaire. Les réfugiés se sont dispersés en direction de Kuwaishare, Baabda et vers d’autres lieux inconnus.

Halba, Liban-Nord. 15 août
Une travailleuse humanitaire du Liban-Nord a raconté que ses collègues avaient enquêté sur l’agression violente de trois réfugiés syriens le 15 août, dans la rue à Halba, par des Libanais habitant dans le secteur. « Les réfugiés nous ont dit qu’ils avaient été individuellement pris pour cible, en raison de leur soutien politique présumé à l’opposition syrienne, » selon la travailleuse humanitaire. Les informations sur cette agression ont été rassemblées au cours de visites sur le terrain, et d’entretiens avec les victimes.

Bcharre, Liban-Nord. 12 et 13 août
Une travailleuse humanitaire du Liban-Nord a déclaré que ses collègues avaient interviewés deux réfugiés syriens vivant dans un campement de fortune, qui leur ont raconté comment, le 12 août entre 22h30 et minuit, des personnes portant des masques avaient attaqué 25 réfugiés syriens. Une des victimes était là en famille, les autres étaient des hommes célibataires. L’agression a été verbale et physique, avec couteaux, insultes, et des feux d’artifices que les agresseurs ont lancés dans les maisons par les fenêtres, a-t-elle raconté. Le but de l’attaque aurait été l’expulsion de tous les réfugiés syriens du secteur, selon la travailleuse humanitaire. Elle affirme que certains réfugiés syriens ont fui vers d’autres districts.

Wadi Jamous, Liban-Nord. 12 septembre
Un travailleur humanitaire du Liban-Nord a raconté qu’un groupe de jeunes a pénétré le 12 septembre dans un campement de fortune de réfugiés à Wadi Jamous, et s’est mis à jeter des pierres sur ceux qui y vivaient. Le travailleur humanitaire a rassemblé des informations sur cette attaque en interrogeant les victimes. Le 14 septembre, selon lui, environ 15 jeunes Libanais sont venus au campement, ont tiré des coups de feu et brûlé des tentes, obligeant les Syriens à partir. « Selon les témoignages de témoins oculaires, le chef de la municipalité n’est pas intervenu pour empêcher cette expulsion, » selon le travailleur humanitaire. Les informations sur cette attaque ont été rassemblées au cours de visites sur le terrain et d’entretiens avec les victimes.

Région de la Bekaa. 8-14 septembre
Un travailleur humanitaire d’une organisation qui intervient dans la Bekaa a raconté à Human Rights Watch que sa structure avait enregistré 16 incidents violents contre des réfugiés syriens en une seule semaine du mois de septembre, au cours de visites sur le terrain et d’entretiens avec les victimes. Cinq campements de réfugiés ont été incendiés, dont l’un a été entièrement réduit en cendres, a-t-il déclaré.