Un combattant masqué de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) brandit son fusil et le drapeau de l’EIIL dans une rue de Mossoul, en Irak, le 23 juin 2014.

(Duhok le 19 juillet 2014) – Le groupe armé « État islamique en Irak et au Levant » (EI ou EIIL) est en train de tuer, enlever et menacer des membres de minorités religieuses et ethniques à Mossoul, dans le nord de l’Irak, et dans les environs, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Depuis sa prise de contrôle de Mossoul le 10 juin, ce groupe extrémiste sunnite a enlevé au moins 200 Turkmènes, Shabaks et Yézidis, et a tué au moins onze d'entre eux. L’EIIL a également décrété que tous les chrétiens devront soit se convertir à l'islam et payer une somme d’argent en guise de « tribut », soit quitter Moussoul d’ici le 19 juillet.

Le 29 juin, l’EIIL a enlevé deux nonnes chrétiennes et trois orphelins chrétiens, et a retenu ces personnes en otage pendant 15 jours. Durant cette période, l’EIIL a émis des décrets interdisant aux employés yézidis, chrétiens ou kurdes du gouvernement municipal de Mossoul de reprendre leur travail, selon les témoignages de deux représentants du gouvernement régional et d’un prêtre recueillis par Human Rights Watch.

Presque tous les résidents turkmènes et shabaks - des dizaines de milliers de familles - ont dû fuir leurs villages à proximité de Mossoul à la suite d’attaques lors desquelles des combattants de l’EIIL ont enlevé des hommes et pillé des maisons ainsi que des lieux de culte, selon des résidents locaux. Les quelques familles chrétiennes qui se trouvaient toujours à Mossoul ont également dû fuir, selon les témoignages de prêtres locaux.

« L’EIIL devrait immédiatement mettre fin à sa campagne impitoyable contre les minorités à Mossoul et dans ses environs », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le simple fait d’être un Turkmène, un Shabak, un Yézidi, ou un chrétien dans la région contrôlée par l’EIIL peut signifier la perte d’un emploi, de la liberté ou même de la vie. »

Des membres de la communauté shabak et des chiites turkmènes ont indiqué à Human Rights Watch avoir reçu des informations sur l’exécution par l’EIIL de nombreux détenus. Human Rights Watch a précédemment publié des informations sur des exécutions sommaires de détenus chiites par L’EIIL, y compris le meurtre de soldats  à Tikrit peu après l’entrée du groupe armé dans cette ville le 11 juin. L’EIIL aurait tué au moins 40 chiites turkmènes - y compris des enfants - dans quatre localités proches de la ville de Kirkouk, à environ 100 kilomètres au sud-est de Mossoul, le 16 juin.

L’EIIL (qui s’est récemment rebaptisé « État islamique ») a également torturé certains détenus, selon les informations recueillies par Human Rights Watch. En juin, l’EIIL a capturé 28 gardes-frontières yézidis et les ont retenus en otages – dans certains cas pendant 25 jours - jusqu’à ce qu’une rançon soit payée. Deux d’entre eux ont affirmé après leur libération que les Yézidis avaient été battus avec des bâtons et des crosses d’armes à feu, et traités d’« infidèles ».

Les lois de la guerre interdisent à toutes les parties à un conflit de prendre pour cible, d’endommager délibérément, de saisir ou de détruire des biens religieux, culturels et historiques, pourvu qu’ils ne soient pas utilisés à des fins militaires. La liberté de croyance et de religion est en outre un droit humain fondamental qui en vertu du droit international, ne peut être abrogé ou même partiellement suspendu dans le cadre d’un conflit. Selon les lois de la guerre, les convictions et les pratiques religieuses des civils et de tous les détenus doivent être respectées. La discrimination fondée sur la religion est strictement interdite.

Le meurtre de civils, la prise d'otages, la torture ou l’exécution de détenus, y compris de combattants capturés, ainsi que les actes de pillage constituent des crimes de guerre.

Human Rights Watch a appelé l’EIIL à immédiatement mettre fin aux enlèvements, aux meurtres et à la saisie ou destruction de biens appartenant à des minorités religieuses. Les autorités régionales sunnites et des membres d'autres groupes armés sunnites alliés à l’EIIL devraient également presser ce groupe armé de cesser ses attaques contre des minorités religieuses et ses actes de profanation.

Communiqué intégral en anglais : http://www.hrw.org/node/127461