Bosco Ntaganda à Goma, RD Congo, le 5 octobre 2010.

© 2010 Reuters

« Je m’appelle Bosco Ntaganda. Je suis né le 5 novembre 1973 au Rwanda et j'étais commandant dans l'armée avant d'arriver ici. » Ces mots ont eu une résonance particulière ce matin pour les victimes d'atrocités venues de l'est de la République Démocratique du Congo, qui attendaient ce jour– le jour où le tristement célèbre chef rebelle affronte finalement la justice - depuis plusieurs années.

L'audience préliminaire de Bosco Ntaganda devant la Cour pénale internationale (CPI) s'est ouverte à La Haye, près de huit ans après que la CPI ait émis son premier mandat d'arrêt à son encontre.  

Au tribunal, Bosco Ntaganda portait un costume sombre et s'est exprimé à voix basse. Il a baissé les yeux en gardant le silence quand la procureure de la CPI, Fatou Bensouda, a répété les mots d'une de ses victimes présumées : « Des milliers de civils appartenant à l'ethnie Lendu ont fui Mongbwalu. Nous avons souffert de la faim et des maladies. Bosco a donné l'ordre de rechercher ceux qui se cachaient et de les tuer. » Dans l'après-midi, quand l'accusation a diffusé une vidéo réalisée par un journaliste ougandais, montrant Bosco Ntaganda à Mongbwalu pendant l'attaque de cette ville, il s'est montré nerveux et s'est mis à prendre des notes.

Bosco Ntaganda a été inculpé pour meurtre, viol et esclavage sexuel, et persécution ainsi que pour l’enrôlement et la conscription d'enfants soldats. Ces crimes auraient été commis par l'un des groupes armés dirigés par Bosco Ntaganda, l'Union des Patriotes Congolais (UPC), dans le district congolais de l'Ituri en 2002-2003.

Les avocats représentant les victimes ont exprimé la frustration de leurs clients devant le temps qu'il aura fallu pour finalement traduire Ntaganda devant un tribunal, ainsi que leurs espoirs de voir bientôt justice rendue. L'avocat représentant les enfants enlevés et enrôlés de force en tant que soldats par Bosco Ntaganda a insisté sur le sort particulier réservé aux jeunes filles : beaucoup d'entre elles ont été violées à de multiples reprises, certaines envoyées en première ligne, et d'autres sont devenues mères de bébés non désirés et ont été rejetées par leurs familles.

Au cours de ces dix dernières années, Human Rights Watch a enquêté sur les atrocités commises par les groupes armés et les forces gouvernementales sous le commandement de Bosco Ntaganda, d'abord en Ituri et plus tard dans la province du Nord Kivu.

Les chefs d'accusations retenus par la CPI contre Ntaganda ne concernent que les crimes présumés commis en Ituri. La procureure de la CPI devrait aller plus loin et enquêter également sur les crimes commis dans la province du Nord Kivu. Selon les preuves disponibles, le tribunal devrait également poursuivre ceux qui ont armé, formé et financé les milices congolaises, parmi lesquelles les combattants de Bosco Ntaganda. Cependant, voir ce dernier assis sur le banc des accusés de la CPI aujourd'hui constitue déjà une victoire en soi, et représente un pas de plus vers la justice pour les victimes d'exactions.