Des proches de victimes des massacres de Sabra et de Chatila perpétrés au Liban en septembre 1982, lors d’une cérémonie commémorant le 18e anniversaire des massacres, le 15.09.00.

© 2000 Reuters

(Jérusalem, le 11 janvier 2014) - Ariel Sharon est décédé sans avoir eu à répondre devant la justice de son rôle dans les massacres de centaines, voire de milliers de civils par des milices libanaises dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila au Liban en 1982, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui . Or il s'est manifestement agi de crimes de guerre, voire de crimes contre l’humanité.

Sharon a aussi échappé à la justice en ce qui concerne d’autres allégations d’abus, y compris son rôle dans l'expansion des colonies dans le territoire palestinien occupé, pratique pouvant dans certains cas également être qualifiée de crime de guerre. Sharon a ordonné le retrait de tous les colons israéliens de la bande de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie en 2005, mais le nombre total de colons dans les territoires occupés a augmenté de manière significative au cours de son mandat de Premier ministre.

« Il est regrettable que Sharon soit décédé sans avoir dû répondre devant la justice de son rôle dans les massacres de Sabra et Chatila et par rapport à d'autres abus », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Sa disparition est un triste rappel que des années d'impunité n'ont rien fait pour faire avancer la paix entre Israéliens et Palestiniens. »

En tant que ministre de la Défense d'Israël en 1982, Sharon portait la responsabilité des actions des Forces de défense israéliennes, qui contrôlait la zone dans laquelle se situaient les camps de Sabra et de Chatila. Une commission d'enquête israélienne a évoqué dans son rapport sur le massacre la « responsabilité personnelle » de Sharon, citant son ordre daté du 15 septembre 1982 selon lequel des milices phalangistes  « doivent être envoyées » dans les camps pour y mener des opérations du 16 au 18 septembre malgré le risque posé pour la population civile. Les milices ont tué entre 700 et 800 personnes, selon les estimations des services de renseignement militaire israélien ; selon d'autres estimations, le nombre de victimes a été beaucoup plus élevé. Parmi les victimes figuraient des bébés, des enfants, des femmes enceintes et des personnes âgées ; les corps de certaines victimes avaient été mutilés.

Selon le rapport publié en février 1983 par la Commission Kahane, mis en place par le gouvernement israélien, le  « risque grave » selon lequel « les phalangistes étaient susceptibles de commettre des atrocités ... n’avait nullement été une source de préoccupation » pour Sharon. La commission a ajouté que le « refus [de Sharon] de prendre en compte le risque d'un massacre » était « impossible à justifier », et a recommandé son limogeage en tant que ministre de la défense. Suite à sa destitution, Sharon a toutefois conservé un rôle dans le gouvernement israélien en tant que ministre sans portefeuille, avant de devenir Premier ministre en 2001. Il a occupé ce poste jusqu'en son accident vasculaire cérébral survenu en janvier 2006.

Durant le mandat de Sharon en tant que Premier ministre, les forces israéliennes ont tué plus de 1 430 civils palestiniens, tandis que des combattants palestiniens ont tué 640 civils israéliens, selon l’organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem. Les forces israéliennes ont également démoli illégalement des centaines de domiciles en Cisjordanie et dans la bande de Gaza .

« Pour les milliers de victimes d’abus, le décès de Sharon sans qu’il ait comparu devant la justice ne fait qu’amplifier leur tragédie », a commenté Sarah Leah Whitson.

Pour lire le communiqué intégral en anglais, veuillez cliquer ici.