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Michel Djotodia, le commandant rebelle qui a pris le contrôle de la République centrafricaine (RCA), sera officiellement investi ce dimanche dans les fonctions de chef de l'État. Il est censé diriger le pays jusqu'à des élections prévues fin 2014.

En mars, son mouvement rebelle, connu sous le nom de Séléka, a renversé l'ex-président François Bozizé, dont le régime a été caractérisé par de graves violations des droits humains. Mais jusqu'à présent, la Séléka en viendrait presque à faire regretter  l'ère Bozizé aux Centrafricains  – un tour de force.

Les membres de la Séléka ont commis en toute impunité de graves violations des droits humains dont le reste du monde a généralement été le témoin résigné ou indifférent.

Que peuvent attendre les Centrafricains de Djotodia? Si l'on en juge par ses cinq premiers mois au pouvoir, ce sera davantage d'anarchie et de mauvaise gouvernance.
La prise de la capitale, Bangui, le 24 mars, a été marquée par une vague d'assassinats, de viols et de pillages. Human Rights Watch a rapporté des enlèvements et exécutions par des combattants de la Séléka de personnes soupçonnées d’appartenir à l'armée nationale. Les rebelles ont tué des enfants sous les yeux de leurs parents et assiégé et pillé des quartiers entiers. Les journalistes basés à Bangui continuent de recevoir des menaces de mort.

Hors de la capitale, la situation est encore pire. Human Rights Watch a décrit comment les combattants de la Séléka ont tué des civils qui fuyaient leurs habitations, détruit des villages, pillé des écoles et des centres médicaux, et volé des réserves de céréales. De nombreuses personnes se sont enfuies dans la brousse et meurent désormais en plus grand nombre de maladie, de faim et d'exposition aux éléments que sous les balles de la Séléka.Sur le plan humanitaire, la Centrafrique est au bord de la catastrophe. Le nombre de personnes déplacées à l'intérieur du pays et de réfugiés dans les pays voisins ne cesse d'augmenter.

Sur le plan administratif, l'État a été éviscéré et de nombreux documents officiels ont été détruits. Il est impossible d'imaginer que des élections crédibles puissent se tenir dans un peu plus d'un an.

La RCA a été longtemps ignorée par le reste du monde mais cette tendance est peut-être sur le point de s'inverser. Le 5 août, le Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé à mettre fin à l'impunité pour les violations graves des droits humains commises en Centrafrique, y compris en envisageant des sanctions. Le procureur de la Cour pénale internationale (CPI) a de nouveau prévenu en août que les crimes commis pourraient relever de la compétence de la Cour, soulignant que son bureau engagerait des poursuites si nécessaire.