Une habitante de la ville de Baga, dans le nord du Nigeria, passe devant une maison calcinée le 21 avril 2013, quelques jours après un raid mené par l’armée au cours duquel de nombreuses maisons ont été détruites et mises à feu.

© 2013 Reuters

(Johannesburg, le 1er mai 2013) - Des images satellite révèlent la destruction massive de biens civils lors d’un raid mené par l’armée les 16 et 17 avril dans la ville de Baga, dans le nord du Nigeria, et contredisent l’affirmation par l'armée que seulement 30 maisons ont été détruites, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Le gouvernement nigérian devrait ordonner l’ouverture d’une enquête approfondie et impartiale sur les allégations selon lesquelles des soldats ont commis des actes de destruction à grande échelle et de nombreux meurtres à Baga.

Des habitants de Baga ont indiqué à Human Rights Watch que des soldats ont saccagé la ville après que  le groupe islamiste armé Boko Haram eut attaqué une patrouille militaire et tué un soldat. Des chefs de communautés locales ont précisé que tout de suite après l'attaque, ils ont dénombré 183 corps de victimes et près de 2.000 maisons incendiées. Les images satellites analysées par Human Rights Watch corroborent ces témoignages et permettent de dénombrer 2 275 bâtiments détruits, dont une grande majorité d’habitations,  ainsi que 125 autres immeubles gravement endommagés.

« L'armée nigériane est tenue de protéger la population ainsi que ses propres soldats contre les attaques lancées par Boko Haram, mais les éléments de preuve indiquent qu’à Baga il s’est agi davantage de destruction que de protection », a observé Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. « Les divergences flagrantes entre les faits sur le terrain et les déclarations de hauts responsables militaires laissent redouter une tentative de dissimulation des abus commis par l’armée. »

Baga, Nigeria (Zone endommagée 1)

Veuillez déplacer le curseur pour comparer les images avant et après les attaques.

Before: Baga (Main Damage Area 1)
After: Baga (Main Damage Area 1)
 

Baga, Nigeria (Zone endommagée 2)
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Before: Baga (Main Damage Area 2)
After: Baga (Main Damage Area 2)

 En raison du grand nombre de bâtiments détruits par le feu ainsi que leur répartition à travers la ville, Human Rights Watch estime que ces incendies ont été provoqués de manière intentionnelle et non déclenchés par inadvertance lors de l'explosion de grenades tirées par des lance-roquettes, ou d'engins explosifs improvisés.

« La destruction et les meurtres commis par des soldats à Baga sont des violations graves des droits humains », a souligné Daniel Bekele. « Le gouvernement devrait enquêter et poursuivre les auteurs de ces exactions, quel que soit leur grade. »

Alors que les informations sur l'attaque de Baga ont commencé à filtrer, le président Goodluck Jonathan a ordonné l’ouverture une « enquête exhaustive sur les informations faisant état d’un nombre élevé de victimes civiles ».

Le Bureau du Procureur de la Cour pénale internationale, qui a ouvert en 2010 une procédure d’« examen préliminaire » de la situation au Nigeria, a indiqué que certains crimes commis par des membres de Boko Haram pourraient constituer des crimes contre l'humanité, et que des membres des forces de sécurité nigérianes pourraient également avoir commis de graves violations des droits humains dans le cadre de leurs opérations contre Boko Haram. L’incident de Baga devrait selon Human Rights Watch être intégré dans l'examen préliminaire du Nigeria par le Procureur de la CPI.

Pour lire l’intégralité de ce communiqué en anglais, veuillez cliquer ici.

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Interview d'Eric Guttschuss, chercheur à HRW (en anglais) :