Deux sœurs de la ville d’Agoumar enlevées dans leur ferme par la LRA le 27 février 2012. Elles ont été relâchées, mais leur frère et leur neveu sont toujours portés disparus.

© 2012 Ida Sawyer/Human Rights Watch

16 groupes de la société civile, de défense des droits humains, et de groupes religieux au nord du Congo et en République centrafricaine lancent un appel à la solidarité avec les populations de l’Afrique centrale victimes des exactions de l’Armée de résistance du seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA). Dans leur appel, ils expliquent la situation et les étapes à suivre pour mettre fin au problème de la LRA.

Human Rights Watch n’est pas signataire de cette lettre, mais nous estimons qu’elle est très touchante, surtout en tenant compte des abus importants de la LRA au cours des dernières années qui s’étendent dans le nord du Congo, dans l’est de la République centrafricaine, et le Soudan du Sud.

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Nous, organisations de la société civile de la République démocratique du Congo et de la République centrafricaine, appelons les gouvernements africains, l’Union Africaine, les Nations Unies, les défenseurs des droits humains et d’autres personnes de bonne volonté, de près et de loin, d’être solidaires avec les populations de l’Afrique centrale touchées par l’Armée de résistance du Seigneur (Lord’s Resistance Army, LRA). Nous sommes décimés ; joignez-vous à nous.

Le problème de la LRA exige une approche multidimensionnelle. Tout d’abord, les populations et les gouvernements de notre région doivent accorder la priorité à la recherche d’une solution durable et définitive à ce problème. En fait, cela devrait être la priorité numéro un des gouvernements de la RDC, de la RCA, du Soudan du Sud et de l’Ouganda cette année. Nous demandons l’implication de la communauté internationale conformément aux principes internationaux sur l’assistance des personnes en danger et la protection des civiles, pour dissoudre la LRA et réunifiez nos communautés. Nous vous invitons à l’écoute active des avis et propos des populations victimes. Collaborez avec nous, et nous pourrons construire ensemble une paix durable.

Nous avons vu et nous vivons les atrocités de la LRA : leurs attaques marquées par les enlèvements, les mutilations, les incendies des villages, les pillages, les sacrilèges des objets, des lieux et des personnes sacrées, les meurtres, les viols des femmes, etc. Les forces de la LRA ont dévasté nos communautés. Mais comment Joseph Kony et ses combattants réussissent-ils et continuent-ils leurs exactions ? Obtiennent-ils de l’aide d’une main invisible ? Nous demandons à la communauté internationale de nous aider à étudier ces questions, et d’exiger des comptes de ceux qui auraient offert un soutien quelconque à la LRA.

Malgré les efforts déployés par nos gouvernements, nous déplorons le fait que pour le moment, certains gouvernements minimisent le dossier LRA, d’autres sont indifférents et d’autres encore refusent même de coopérer pour mettre fin au phénomène et mouvement LRA. Agissent-ils ainsi pour obtenir un gain politique ? Est-il plus facile de ne rien faire que de prendre des mesures efficaces pour éradiquer le phénomène de la LRA ? Nos gouvernements doivent comprendre les risques à long terme s’ils ne mettent pas fin à la crise de la LRA maintenant, non seulement pour la sécurité de leurs populations mais aussi pour le développement et l’intégrité de notre région victime. Nous leur demandons de cibler le noyau du problème en mettant de côté des enjeux politiques. Nous voulons voir la fin de ces atrocités, et la renaissance d’une paix durable.

Le travail d’un seul pays ne peut pas mettre fin à cette crise. Nous saluons l’initiative de l’Union Africaine pour encourager la coopération et nous lui demandons de mener des actions effectives et efficaces pour sauver des vies humaines. Toutefois, l’Union Africaine devrait coordonner, faciliter et servir d’intermédiaire entre les gouvernements régionaux, et collaborer avec les sociétés civiles locales par le plein appui de la communauté internationale. Nous encourageons les efforts et systèmes que l’Union Africaine est en train de mettre sur pied tout en lui proposant de collaborer avec les structures membres de sociétés civiles locales des communautés victimes pour être plus efficace.

Les soldats de notre région ont été chargés de poursuivre la LRA, mais pour accomplir leur mission ils ont besoin de devenir plus professionnels et responsables. Les forces armées de la République démocratique du Congo, de la République centrafricaine, du Soudan du Sud et de l’Ouganda doivent agir en tant que protecteurs de civils, et non en tant que prédateurs.

Nous appelons tous les pays et les organes capables d’aider à améliorer la qualité de nos forces régionales et à les soutenir dans leur mission de mettre fin aux affres de la LRA. Et tous les soldats de la région qui se sont engagés à arrêter la LRA doivent être traités équitablement. Cela permettra d’éviter les affrontements et d’améliorer la coopération et l’efficacité de la mission. Il faut que le nécessaire soit fait pour que les soldats reçoivent leurs soldes, une alimentation adéquate, de l’équipement durable et performent, des moyens de transport et de communication afin que leur priorité reste la traque de la LRA, et non pas la recherche de leur propre survie. Les États-Unis ont formé une unité efficace en RDC et des efforts similaires devraient se poursuivre et s’étendre sur toute la région victime. Nous avons besoin de forces armées responsables et professionnelles qui sont engagées à protéger nos collectivités.

Les Casques bleus des Nations Unies ont une présence dans des grandes agglomérations au nord du Congo. Par contre, nous constatons qu’ils sont quasiment absents de certains villages et cités où leur présence est très nécessaire. Il faut qu’ils soient déployés dans les zones les plus vulnérables : au Bas-Uélé en RDC, et à l’est de la République centrafricaine. Rendez-les responsables et capables d’accomplir leur mission régalienne. Nous demandons à la mission de maintien de la paix des Nations Unies au Congo (MONUSCO) qu’elle se base sur le chapitre 7 de son mandat afin de protéger les civils. Actuellement, les Casques bleus ne quittent pas les routes principales, alors que les attaques se produisent souvent dans la brousse. Il y a même des attaques et incidents qui sont perpétrés par la LRA près des bases MONUSCO sans qu’ils n’interviennent pour protéger les civiles. Utilisez toutes les forces dont vous disposez afin de nous protéger et de pourchasser ces inciviques agresseurs.

Notre région est enclavée, éloignée des grandes villes, avec des communautés disparates, ce qui permet à la LRA de trop facilement attaquer nos communautés et s’échapper dans les espaces difficiles. En attendant que les radiophonies à haute fréquence soient installer dans toute la zone, il est indispensable que d’autres agences de communication viennent en urgence dans la zone pour améliorer et faciliter le système de communication moderne comme ailleurs (Airtel, TIGO, CCT) et le rendre accessible à toute la population. Cela va aider à la transmission immédiate des messages d’attaques ou de tentatives d’attaques de la LRA. Nous nous réjouissons de l’engagement de l’USAID à l’installation de tours de téléphonie mobile dans certaines de nos communautés, mais il semble que ce projet traine. Débloquez-le et accélérez le processus.

Aidez-nous à réhabiliter nos routes, ce qui améliorera la protection et l’assistance aux communautés victimes des exactions commises par la LRA. Cela permettra également à l’ONU et aux forces armées régionales de déployer rapidement une force de réaction rapide pour répondre à des incidents ou attaques en cas de nécessité.

Nous souhaiterions des efforts concertés et renforcés pour encourager les combattants de la LRA et les captifs à faire défection et évasion. Des messages diffusés à la radio FM sont utiles, tout comme les efforts de DDRRR pour les accueillir et leur fournir une assistance immédiate. L’expertise DDRRR serait utile dans la région pour la réinsertion psychologique et socio-économique des évadés et combattants LRA en défection. Pour tous les efforts, il faut analyser les risques et les avantages, et le faire en collaboration avec les organisations de la société civile locale. Par-dessus tout, travaillez avec les organisations des sociétés civiles locales afin de sensibiliser le plus grand nombre de communautés locales que possible pour encourager les rescapés et les accueillir en toute sécurité.

Joseph Kony et la LRA ont capturé des milliers des personnes au cours des ans, et bon nombre de ces victimes ont besoin à la fois d’une aide immédiate et à long terme. Il faut renforcer les capacités des structures locales de la société civile en formation, en infrastructure et équipement pour qu’elles réhabilitent les membres de nos communautés, avec l’aide psychosociale, la médiation familiale, et de l’éducation et aide socio-économique. La première expérience d’un centre pilote de réhabilitation est en cours de construction au nord de la RD Congo, et d’autres existent en Ouganda et au Soudan du Sud. Mais nous signalons haut et fort qu’à l’heure actuelle, il y a peu d’efforts de réhabilitation et aucun centre de réhabilitation à l’est de la République centrafricaine.

Nous, organisations membres de la société civile de la région affectée, remercions anticipativement toutes les personnes éprises de bonne volonté, les gouvernements africains, l’Union Africaine, les Nations Unies, les défenseurs des droits humains, et autres, qui répondront à cet appel à la solidarité pour sauver des vies humaines et compatir avec les communautés victimes des affres que commettent la LRA.

Pour les organisations de la société civile de la région victime

  1. Action d’Identification et de Développement des Efforts de Reconstruction / AIDER (RDC)
  2. Association des Agriculteurs du Haut-Uélé / ASSAHU (RDC)
  3. Association des Personnes Vivant avec Handicap / APVH (RDC)
  4. Association des Victimes de la LRA (RCA)
  5. Commission Diocésaine Justice et Paix / CDJP – Dungu-Doruma (RDC)
  6. Commission Paroissiale Justice et Paix / CPJP – Ango (RDC)
  7. Commission Paroissiale Justice et Paix / CPJP – Bangadi (RDC)
  8. Conscience (RDC)
  9. Dynamique Femmes pour la Paix (RDC)
  10. Jeunesse Unie pour la Protection de l’Environnement et le Développement Communautaire / JUPEDEC (RCA), en association avec 55 organisations partenaires
  11. Maman Bongisa / MABO (RDC)
  12. Organisation Centrafricaine de Droits de l’Homme / OCDH (RCA)
  13. Société Civile de la Chefferie Mopoy / SOCICOMO (RDC)
  14. Solidarité et Assistance Intégrale aux Personnes Démunies / SAIPED (RDC)
  15. Solidarité pour l’Entraide et le Développement Communautaire / SEDEC (RDC)
  16. Union pour l’Assistance aux Orphelins de Zemio / UAOZ (RCA)