Le président de la Guinée équatoriale Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à la tribune de l'Assemblée générale des Nations Unies à New York, le 21 septembre 2011.

© 2011 UN Photo

(New York) – Le gouvernement de la Guinée équatoriale, coorganisateur de la Coupe d’Afrique des Nations qui commencera le 21 janvier 2012, réprime les opposants politiques, intimide les journalistes et ne respecte pas la régularité des procédures, ont déclaré aujourd’hui Human Rights Watch et le Comité pour la protection des journalistes (en anglais, Committee to Protect Journalists, CPJ). Des journalistes qui se sont rendus dans le pays et ont tenté de rendre compte de la situation en Guinée équatoriale au cours de l’année écoulée ont été détenus, interrogés, censurés et expulsés.

Ces incidents ne sont pas de bon augure pour les journalistes sportifs devant assister à la cérémonie d’ouverture de ce tournoi de football, prévue dans la ville de Bata le 21 janvier, ainsi qu’à d’autres matches à Bata et à Malabo, la capitale. Le Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo a déclaré le 3 janvier qu’il considère les jeux comme une opportunité de « vendre l’image du pays. »

« Accueillir des événements internationaux est une façon de séduire les visiteurs étrangers et d’essayer d’impressionner les médias, mais c’est là une manœuvre superficielle qui ne résiste pas à l’examen », a remarqué Daniel Bekele, directeur de la division Afrique au sein de Human Rights Watch. « La seule façon pour le Président Obiang d’améliorer réellement sa réputation est de rejeter ses décennies de mauvaise gouvernance et de permettre de véritables améliorations en matière de droits humains. »

Une campagne d'intimidation et détention contre la presse
Au cours d’un incident qui pourrait présager des difficultés pour la couverture de la toute proche Coupe d’Afrique des Nations, une équipe de journalistes de la chaîne allemande de télévision ZDF qui réalisaient en juin 2011 un reportage sur le football féminin et d’autres sujets en Guinée équatoriale ont été arrêtés, longuement interrogés, soumis à la censure et expulsés.

Comme le décrit un article de la productrice de l’équipe de ZDF, des agents de sécurité ont saisi leurs pellicules, ordonnant de supprimer toute image « négative » ou bien les confisquant. Parmi ces prises de vue, figuraient des images d’enfants jouant au football dans l’un des bidonvilles de Malabo, ainsi que des interviews de l’unique membre du parlement appartenant à l’opposition politique et d’un avocat des droits humains. Le lendemain matin, les journalistes ont été escortés à l’aéroport afin qu’ils quittent le pays. L’équipe de ZDF avait travaillé avec un visa officiel et le soutien de ministres du gouvernement.

Des journalistes étrangers qui se sont rendus en Guinée équatoriale avant et pendant le sommet de l’Union africaine (UA) qui s’est tenu en juin 2011 à Malabo, ont fait état auprès de Human Rights Watch d’incidents au cours desquels ils ont été brièvement détenus et forcés de supprimer des photographies, alors même qu’ils avaient obtenu des accréditations de presse de la part du gouvernement.

Une photographe d’Associated Press a été conduite au poste de police pour avoir pris des photos sur un marché public à Malabo et elle a reçu l’ordre de supprimer les images de son appareil, n’étant relâchée qu’après l’avoir fait. Un photographe travaillant pour la société étatsunienne de relations publiques engagée par le gouvernement pour améliorer sa réputation a lui-même été brièvement détenu après avoir pris une photo du bâtiment où se tenait le sommet de l’UA, selon ce qu’ont rapporté des journalistes.

Au mois de mars, l’invité d’un programme de la radio publique a été congédié après avoir mentionné la Libye durant une émission, en violation d’un embargo temporaire imposé par le gouvernement en février sur les manifestations du Printemps arabe en faveur de la démocratie, a indiqué CPJ.

« Le gouvernement du Président Teodoro Obiang invite régulièrement des journalistes dans le pays, mais seulement pour limiter leurs mouvements dans un effort persistant pour tromper le monde et promouvoir une image immaculée », a déclaré Mohamed Keita, coordinateur de plaidoyer pour l’Afrique au sein du Committee to Protect Journalists. « Les journalistes assurant la couverture de la Coupe d’Afrique des Nations devraient pouvoir regarder librement derrière la façade et sans avoir à craindre de représailles. »

Tendance persistante à la répression
Début janvier, les médias publics ont signalé que le Président Obiang avait souligné la nécessité « de la sécurité et du contrôle des immigrants » à l’approche des jeux de la Coupe d’Afrique des Nations. Ce commentaire faisait écho aux déclarations du gouvernement au cours des semaines précédant le sommet de l’UA, où des migrants à Bata ont été ramassés par la police et maltraités en détention, dans le cadre d’une vague de répression en divers lieux du pays.

Ce type de répression a été la marque du règne du Président Obiang, selon Human Rights Watch. Les opposants politiques sont soumis à des arrestations arbitraires et des actes de harcèlement. Le système judiciaire manque d’indépendance et les normes fondamentales de procès équitable ne sont pas respectées. En dépit d’une loi interdisant la torture, cette pratique demeure un grave problème et ceux qui s’en rendent coupables jouissent d’une impunité quasi-totale.

Le Président Obiang, qui est déjà le dirigeant d’Afrique au pouvoir depuis le plus longtemps, a fait pression pour introduire des changements constitutionnels au mois de novembre qui ont encore renforcé son emprise quasiment absolue sur le pouvoir. Le référendum visant à approuver ces changements a été discrédité par de graves irrégularités. Le gouvernement a prétendu que 97,7 pour cent des électeurs avaient approuvé les mesures. Le Président Obiang a revendiqué sa réélection avec des résultats tout aussi élevés.

Priorités de dépenses biaisées
Le gouvernement d’Obiang a entrepris une débauche massive de constructions, financée par les revenus pétroliers. Une grande partie des constructions est destinée aux plaisirs de la minuscule élite du pays et de ses invités étrangers, a expliqué Human Rights Watch. Les dépenses illimitées offrent peu d’avantages apparents à la majorité de la population, qui vit dans la misère.

Le gouvernement n’a pas fait connaître le montant de ses dépenses pour accueillir la Coupe d’Afrique des Nations, mais certaines des améliorations connues concernent la construction ou l’extension de stades et autres installations sportives à Malabo et Bata. Il a aussi procédé à l’embellissement de ces villes en vue des jeux, apparemment pour un coût considérable. Le gouvernement décrit la Tour de la liberté illuminée, couverte de granite, qui possède un restaurant tournant au sommet, comme la « couronne » d’une nouvelle promenade du front de mer à Bata et « l’une des images urbaines les plus spectaculaires d’Afrique. »

On compte parmi les exemples récents de projets très coûteux du gouvernement :

  • Une maison d’invités présidentielle « correspondant aux normes des hôtels 5 étoiles » devant être construite à Mongomo, dans l’intérieur du pays, pour un coût de 77 millions de dollars, selon la compagnie qui a obtenu le contrat.
  • Un centre de conférences et complexe de loisirs de 830 millions de dollars construit par le gouvernement à Sipopo, aux abords de Malabo, pour accueillir le sommet de l’Union africaine en juin 2011. Il a également été utilisé pour accueillir le sommet Afrique-Amérique du Sud en novembre et est susceptible d’accueillir d’autres réunions. Entre autres aménagements extravagants, le complexe de Sipopo comprend 52 villas luxueuses qui donnent sur une plage artificielle d’un kilomètre et demi.

Le Président Obiang a récemment désigné ceux qui accusent son gouvernement de dilapider les richesses pétrolières du pays comme ses « ennemis ».

« Le Président Obiang ne rechigne à aucune dépense pour construire des bâtiments luxueux, des monuments et des projets d’infrastructures de grande envergure », a conclu Daniel Bekele. « Mais toutes ces nouvelles constructions étincelantes ne peuvent faire oublier la dure réalité de répression et de misère écrasante en Guinée équatoriale sous son règne. »