Un quartier de la ville libyenne de Tawergha, désertée par la plupart des habitants alors que des groupes armés de la ville voisine de Misrata arrivaient à Tawergha. Photo prise le 4 septembre 2011.

(New York, le 30 octobre 2011) - Des milices de la ville de Misrata terrorisent leurs concitoyens originaires de la ville voisine de Tawergha, les accusant d'avoir commis des atrocités avec les forces de Mouammar Kadhafi à Misrata, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. La ville de Tawergha, dont la population s’élevait à 30.000 habitants, est aujourd’hui abandonnée, certains quartiers ayant été saccagés et mis à feu. Des commandants des brigades de Misrata ont averti que les anciens résidents de Tawergha ne devront jamais y revenir.

Human Rights Watch a mené dans plusieurs villes du pays des entretiens avec des dizaines de Libyens originaires de Tawergha, dont 26 personnes actuellement détenues à Misrata et aux environs, ainsi que 35 personnes déplacées qui se trouvent actuellement à Tripoli, à Heisha, et à Hun. Ces personnes ont fourni des témoignages crédibles sur les actions de milices de Misrata qui ont tiré sur Tawerghans non armés, sur des arrestations arbitraires, ainsi que sur les passages à tabac de détenus, entraînant leur mort dans certains cas.

« Les actes de vengeance visant les habitants de Tawergha, quelles que soient les accusations portées contre eux, ne font que nuire à l'objectif même de la révolution libyenne », a observé Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Dans la nouvelle Libye, les résidents de Tawergha accusés d'actes répréhensibles devraient être poursuivis devant un tribunal selon la loi, et non soumis à une espèce de justice autoproclamée. »

Le Conseil national de transition (CNT) devrait soumettre la centaine de groupes armés originaires de Misrata à un système centralisé de commandement et de contrôle, et au devoir de rendre des comptes devant la justice, selon Human Rights Watch dit. Tout individu qui comment des exactions à l’encontre d’un ancien habitant de Tawergha, ou en empêche son retour dans cette ville, sen rend coupable d’une infraction pénale.

Recommandations

Les dirigeants civils et militaires de Misrata devraient aider à promouvoir la justice relative aux violations graves des droits humains commises pendant le conflit en Libye, et soutenir la primauté du droit, en prenant les mesures suivantes :

condamner publiquement les actes de vengeance contre les habitants de Tawergha et punir tout individu qui les harcèle ou attaque, ou les détient sans motif valable ;

donner des ordres fermes et clairs à tous les commandants militaires et aux responsables des centres de détention, interdisant tout mauvais traitement physique ou psychologique de prisonniers lors de leur arrestation ou pendant la période de leur détention, indiquant que de tels actes seront punis de façon appropriée, et précisant que les commandants seront tenus responsables ;

soumettre les nombreuses brigades militaires et milices locales à Misrata à une structure de commandement unifié dirigée par des autorités civiles;

clarifier qui précisément a l'autorité légale pour placer des personnes en détention, et qualifier de crime toute détention ordonnée ou effectuée par un individu ne disposant pas de l’autorité requise ;

transférer les prisonniers originaires de Tawergha actuellement détenus à Misrata, vers des centres de détention gérés par le CNT à Tripoli ou à Benghazi, où ils sont moins exposés au risque de mauvais traitements ; et

mettre en place un système de justice pénale approprié afin que toute personne accusée d'avoir commis des crimes graves puisse faire l’objet d’une enquête impartiale, suivi le cas échéant de poursuite judiciaires et d’un procès équitable.

Pour lire l’intégralité de ce communiqué en anglais, veuillez cliquer ici.