Des Libyens célèbrent l'annonce de la mort de Mouammar Kadhafi sur la place des Martyrs à Tripoli, le 20 octobre 2011.

© 2011 Reuters

(Syrte, le 20 octobre 2011) - La fin des 42 ans de règne de Mouammar Kadhafi en Libye offre au pays une occasion unique de tourner la page après une longue ère marquée par de multiples atteintes aux droits humains, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Ainsi que de nombreux médias l’ont rapporté, Kadhafi a été blessé dans sa ville natale de Syrte le 20 octobre, lors d’une attaque par les forces du Conseil national de transition (CNT) ou lors d’une frappe aérienne de l'OTAN. Il est décédé peu de temps après, selon ces sources.

« Maintenant que l’ère Kadhafi a pris fin, le peuple libyen peut enfin espérer obtenir justice pour les nombreux crimes commis sous son règne brutal », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Durant plus de quatre décennies, les Libyens ont dû affronter la terreur et la répression. La mort de Kadhafi n’atténue pas l’importance pour eux de connaitre toute la vérité sur les abus commis durant ces décennies, et de voir d'autres responsables de haut niveau impliqués dans ces abus traduits en justice. »

Les 42 ans de l'ère Kadhafi ont été marqués par un effroyable bilan en matière de droits humains, tant sur le plan de la politique intérieure que sur celui de la politique étrangère. Les nouvelles autorités devraient mener des enquêtes rigoureuses et indépendantes sur les crimes les plus graves commis durant cette période. Le massacre d’environ 1 200 détenus dans la prison d’Abou Salimen 1996 est un épisode particulièrement notoire dans cette longue liste de violations des droits humains. Parmi les autres violations figurent depuis 1969 des disparitions forcées, des arrestations basées sur des motifs politiques, le recours à la torture, ainsi que la suppression quasi-totale de la liberté d'expression et d'association.

La Libye de Kadhafi était l’un des États policiers les plus répressifs de la région. Dans le cadre du système politique unique qu'il a créé (Jamahiriya, ou « État des masses »), il a empêché la tenue d’élections crédibles. Celles-ci seront requises dans une nouvelle Libye démocratique. En matière de politique étrangère, Kadhafi était surtout connu pour son implication présumée dans l'attentat à la bombe perpétré en 1988 contre le vol Pan Am 103, qui a explosé au-dessus de la ville écossaise de Lockerbie, tuant 270 personnes.

Les nouveaux dirigeants de la Libye auront une opportunité unique de donner l'exemple en matière de droits humains, notamment grâce à l’élaboration d’une nouvelle constitution qui protège les droits fondamentaux, la révision en profondeur du Code pénal et des lois restreignant la liberté d’association et d’expression, ainsi que la ratification et mise en œuvre de divers traités internationaux relatifs aux droits humains.

Le gouvernement de transition devrait également coopérer avec la Cour pénale internationale (CPI), en accord avec la résolution 1970 adoptée le 26 février par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La CPI avait émis le 27 juin des mandats d'arrêt visant Mouammar Kadhafi, son fils Seif al-Islam Kadhafi, et Abdullah Sanussi, le chef du renseignement et de la Libye, après que les trois hommes eurent été accusés de crimes contre l'humanité. Seif al-Islam Kadhafi et Abdullah Sanussi sont toujours recherchés par la CPI.

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