(New York, le 27 mars 2011) - L'Arabie saoudite devrait immédiatement libérer les manifestants et opposants arrêtés et mis en détention au cours des dernières semaines sans faire l'objet d'une inculpation formelle, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Plus de 100 personnes ont récemment été arrêtées dans le district de Qatif, et près de 45 dans le district d'al-Ahsa, deux régions à forte population chiite situées dans la province d'Ach-Charqiy (« Province orientale »). D'autres personnes ont été arrêtées dans les gouvernorats de Riyad et de Qasim.

Ces arrestations violent les droits des citoyens saoudiens à la liberté d'expression et de réunion pacifique, a souligné Human Rights Watch.

« Alors que le roi Abdallah a annoncé des dons financiers aux citoyens saoudiens, ses forces de police continuent d'arrêter des personnes qui demandent des changements plus significatifs », a commenté Christoph Wilcke, chercheur senior sur le Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Le nombre d'arrestations a augmenté de façon spectaculaire au cours des deux dernières semaines. »

Dans la foulée des soulèvements populaires qui ont renversé les présidents tunisien et égyptien, de nombreux manifestants saoudiens sont descendus dans la rue pour réclamer des réformes politiques dont l'élaboration d'une constitution, la tenue d'élections parlementaires et la libération des prisonniers politiques. Toutefois le gouvernement n'a pas répondu favorablement à ces demandes. Au lieu de cela, le roi Abdullah bin Abdul-Aziz a annoncé le 23 février l'octroi d'une aide financière  aux chômeurs à hauteur d'environ 35 milliards de dollars (près de 25 milliards d'euros) ainsi qu'une assistance financière  pour toute personne achetant pour la première fois un logement. Le 18 mars, le roi a annoncé une nouvelle aide totalisant 96 milliards de dollars (68 milliards d'euros) visant à financer des mesures similaires, ainsi que la création de 60 000 nouveaux emplois dans le secteur de la sécurité.

Toutefois les arrestations de manifestants se sont poursuivies ces dernières semaines. Par exemple, les forces de sécurité ont arrêté des dizaines de manifestants les 11, 17 et 18 mars dans la Province orientale. Ils ont ensuite arrêté quatre personnes le 25 mars lors de petites manifestations dans les villes d'al-Rabi'iyya et d'al-'Awwamiyya, situées dans le district de Qatif, selon le témoignage d'un militant local recueilli par Human Rights Watch.

Selon des témoignages locaux, plus d'une centaine de personnes, dont plus d'une dizaine d'enfants, ont été arrêtées dans cette région au cours des dernières semaines.

Le droit à la liberté d'expression et le droit de réunion pacifique sont garantis respectivement par l'article 19 et l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP). L'Arabie saoudite n'est pas partie à ce Pacte, mais a adhéré en 2009 à la Charte arabe des droits de l'homme, qui garantit également ces droits.

Par ailleurs l'Arabie saoudite est partie à la Convention relative aux droits de l'enfant, dont les articles 13 et 15 garantissent respectivement aux enfants la liberté d'expression ainsi que liberté d'association et de réunion pacifique. L'article 37 de cette Convention dispose que « l'arrestation, la détention ou l'emprisonnement d'un enfant doit être en conformité avec la loi, n'être qu'une mesure de dernier ressort, et être d'une durée aussi brève que possible ». En outre tout enfant privé de liberté doit être en principe « séparé des adultes » et « a le droit de rester en contact avec sa famille ».

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