(New York, le 19 février 2011) - La répression par les forces de sécurité koweïtiennes de manifestations de résidents apatrides dénommés « Bidouns » le 18 février a fait des dizaines de blessés, tandis que des dizaines d'autres manifestants ont été arrêtés, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a appelé les autorités koweïtiennes à soit libérer les manifestants détenus, soit les inculper formellement d'une infraction pénale afin de les déférer immédiatement devant un juge indépendant.

Le gouvernement du Koweït a au cours des derniers mois émis de nombreux avertissements proscrivant des rassemblements publics, malgré l'engagement de ce pays, en vertu du droit international, à respecter le droit de réunion pacifique. Ce droit est protégé par l'article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP), ratifié par le Koweït en 1996.

« Les autorités koweïtiennes devraient comprendre en voyant ce qui se passe dans les pays voisins que réprimer violemment des manifestations pacifiques ne fait que mettre le feu au poudres », a commenté Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Le gouvernement devrait respecter le droit des manifestants de s'exprimer et de se réunir librement et pacifiquement. »

Selon des sources locales, entre 300 et 500 Bidouns sont descendues dans la rue le vendredi 18 février dans les régions de Taima'a, de Sulaibiyya et d'Ahmedi pour réclamer la résolution de leur statut d'apatrides et revendiquer le droit à la citoyenneté koweïtienne. Les témoins du principal rassemblement qui a eu lieu à Taima'a ont indiqué à Human Rights Watch que celui-ci a débuté de façon pacifique avant l'intervention des forces de sécurité qui ont utilisé des canons à eau, des gaz lacrymogènes, des bombes fumigènes et des grenades à concussion (bombes sonores) pour disperser la manifestation. Des manifestants ont ensuite riposté en lançant des pierres contre les agents de sécurité,

Selon des militants bidouns et koweïtiens des droits humains, les autorités ont arrêté au moins 120 personnes vendredi, et près de 30 manifestants ont été blessés.

Le ministre de l'Intérieur Ahmad al-Hamoud al-Sabah a quant à lui affirmé à Human Rights Watch que ses forces n'avaient arrêté que 42 personnes. Il a ajouté que les manifestations avaient eu lieu sans autorisation préalable. Toutefois une telle autorisation n'aurait manifestement pas été accordée, puisqu'au cours des six derniers mois les autorités koweïtiennes ont rappelé à plusieurs reprises l'interdiction de toute forme de rassemblement public pour des raisons de « sécurité intérieure ».

Plus de 106 000 Bidouns vivent actuellement au Koweït, qui compte 2,5 millions de résidents dont seulement 1 million de citoyens. Les Bidouns sont des personnes apatrides, essentiellement d'origine bédouine ou nomadique, qui revendiquent la nationalité koweïtienne et les droits liés à cette nationalité. Leur statut apatride est lié au fait que la majorité n'a pas brigué la nationalité koweitienne quand l'émirat, devenu un protectorat britannique en 1914, a accédé à l'indépendance en 1961.

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