Des milliers de manifestants rassemblés sur la place Tahrir (« place de la Libération ») dans le centre du Caire écoutent le discours du président Hosni Moubarak, retransmis par des hauts-parleurs, dans la nuit du 10 février 2011.

© 2011 Reuters

(New York, le 10 février 2011) - Dans son discours à la nation prononcé le 10 février 2011, le président égyptien Hosni Moubarak a évité toute mention de la crise des droits humains qui alimente la vague de manifestations populaires, a observé Human Rights Watch aujourd'hui. Les partenaires internationaux de l'Égypte, dont les États-Unis et les membres de l'Union européenne, devraient indiquer clairement que la poursuite de l'aide fournie aux forces de sécurité égyptiennes dépendra d'initiatives immédiates vers une transition démocratique et le respect intégral des droits humains.

Dans son allocution télévisée prononcée ce soir, Moubarak a mentionné la délégation de certains pouvoirs non spécifiés au vice-président, mais il n'a annoncé aucun changement qui permettrait une véritable transition démocratique. Il a évoqué en termes vagues l'éventualité d'amendements de plusieurs dispositions répressives de la constitution, notamment des articles concernant la lutte contre le terrorisme et les pouvoirs d'exception institués depuis 1981, ainsi qu'un article qui limite fortement les candidatures à la présidence.

« Le discours du président Moubarak n'a pas signalé la rupture tant attendue avec les abus du pouvoir de ces trente dernières années », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Les modifications annoncées sont trop superficielles pour répondre aux aspirations du peuple égyptien quant à l'instauration de la démocratie et au respect des droits humains. Les États-Unis et les gouvernements de l'Union européenne doivent user de leur influence et de leur programme d'aide pour susciter une véritable réforme en Égypte. »

Un groupe de manifestants de la place Tahrir a réagi au discours en menaçant d'organiser une marche en direction des édifices gouvernementaux. Human Rights Watch a exhorté les forces de sécurité égyptiennes à faire preuve de retenue face à toute manifestation légitime et a averti que tout soldat ou policier ouvrant le feu sur des manifestants sans justification, ou donnant l'ordre de le faire, risque d'être poursuivi en justice.

Human Rights Watch a appelé les autorités égyptiennes à prendre plusieurs mesures concrètes pour résoudre la crise des droits humains en Égypte, et en particulier :

  • Lever l'état d'urgence en vigueur depuis trois décennies, et abroger les lois qui confèrent au ministère de l'Intérieur d'importants pouvoirs permettant l'arrestation et la mise en détention de personnes, tout en limitant les droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion pacifique ;
  • Démarrer un processus réel et légitime de transition démocratique, indépendant du gouvernement actuel, pour apporter les modifications légales et constitutionnelles nécessaires à la tenue d'élections libres, justes et auxquelles des candidats de divers bords politiques seront autorisés à participer;
  • Mettre fin aux attaques orchestrées ou tolérées par le gouvernement, aux détentions arbitraires, à la torture et autres mauvais traitements, et ouvrir des enquêtes crédibles sur les graves violations des droits à la liberté d'expression, d'association et de réunion.

Human Rights Watch a exhorté les États-Unis, les États membres de l'Union européenne, ainsi que les autres pays alliés du gouvernement du président Moubarak à faire pression sur les autorités égyptiennes pour qu'elles adoptent ces mesures de toute urgence.

Human Rights Watch a ajouté que l'armée égyptienne, qui depuis longtemps fait partie intégrante du gouvernement, a joué un rôle clé dans la création et dans le maintien du système répressif en place en Égypte. L'armée égyptienne va sans doute jouer un rôle important dans la perspective de futures élections. On relève la présence au sommet de l'État d'un certain nombre de personnalités issues des rangs des forces de sécurité, tels le vice-président, Omar Souleiman, lui-même un ancien officier de l'armée et, jusqu'au 29 janvier 2011, le chef du service des renseignements généraux de Égypte ; le maréchal Mohamed Hussein Tantawi, ministre de la défense, et le Premier ministre Ahmad Shafik, ancien chef de l'armée de l'air. Moubarak lui-même était à la tête de l'armée de l'air avant que le président égyptien d'alors, Anouar el-Sadate, le nomme vice-président.

Les États-Unis versent 1,3 milliard de dollars d'aide militaire chaque année à l'Égypte, en plus d'autres formes d'aide. Dans les premiers jours des manifestations pro-démocratie en Égypte, les membres du gouvernement du président Obama et plusieurs sénateurs ont déclaré que les États-Unis étaient en train de revoir la nature de leur aide à l'Égypte à la lumière du comportement du gouvernement égyptien.

Human Rights Watch observe que les dirigeants de l'Égypte, notamment le vice-président Souleiman, ont jusqu'à présent résisté aux appels pour des réformes significatives.

« Le vice-président Souleiman a non seulement rejeté les appels aux réformes les plus basiques, comme l'abrogation de la loi d'urgence, il a même publiquement affirmé que les Égyptiens n'étaient ‘pas prêts pour la démocratie' », a déclaré Kenneth Roth. « Il ne suffit pas pour le gouvernement égyptien de promettre des changements constitutionnels, il doit démanteler le système qui ne fait que perpétuer une forme de dictature. »