Réunion de sept ministres des Affaires étrangères africains, dans le cadre de la conférence sur la sécurité et le développement du Sahel qui s'est tenue à Alger le 16 mars 2010.

© 2010 Reuters

(Dakar, le 16 mars 2010) - L'organisation Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQIM) a intensifié ces derniers mois ses attaques contre des touristes et des travailleurs humanitaires, les prenant pour cible de meurtres et d'enlèvements au Mali, au Niger et en Mauritanie, a indiqué Human Rights Watch aujourd'hui. AQIM devrait immédiatement et inconditionnellement libérer les personnes retenues en otage et cesser de s'en prendre aux civils, a ajouté  Human Rights Watch.

L'organisation a aussi appelé les ministres des Affaires étrangères de l'Algérie, du Burkina Faso, de la Libye, du Mali, de la Mauritanie, du Niger et du Tchad, réunis aujourd'hui en Algérie, à dénoncer catégoriquement les attaques d'AQIM contre les civils, ainsi qu'une menace faite par AQIM dans une déclaration du 11 mars au quotidien espagnol El Pais, dans laquelle le groupe soulignait sa volonté de s'en prendre aux civils. La menace suggérait que l'Espagne aurait « la monnaie de sa pièce » dans « une guerre qui ne fait pas la différence entre civils et militants ».

« Les crimes d'Al-Qaïda au Maghreb islamique contre les touristes et les travailleurs humanitaires devraient galvaniser les gouvernements et les pousser à agir pour protéger les civils », a indiqué Corinne Dufka, chercheuse senior pour l'Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. « AQIM devrait libérer ses otages et mettre un terme à ces attaques. Par ailleurs, les ministres des Affaires étrangères de la région devraient insister pour que les individus responsables soient traduits en justice. »

La déclaration faite par AQIM au journal El Pais fait aussi référence aux « exigences » adressées au gouvernement espagnol pour garantir la libération de deux travailleurs humanitaires espagnols que l'organisation admet avoir kidnappés en Mauritanie le 29 novembre. Le communiqué ne spécifie pas quelles sont ces exigences. Une troisième travailleuse humanitaire espagnole enlevée en même temps, Alicia Gamez, a été relâchée par AQIM le 10 mars.

Tout d'abord connu sous l'appellation de Groupe salafiste pour la prédication et le combat, le groupe s'est affilié au réseau d'Al-Qaïda en janvier 2007 et a depuis élargi ses opérations depuis l'Algérie à d'autres États d'Afrique du Nord et du Sahel.

AQIM a été impliqué dans le meurtre d'un grand nombre de civils, notamment celui de quatre touristes saoudiens au Niger le 28 décembre 2009, celui d'un missionnaire américain en Mauritanie le 23 juin 2009, celui d'un touriste britannique le 31 mai 2009, celui de quatre touristes français en Mauritanie en décembre 2007 et les attentats à la bombe contre les bureaux des Nations unies et un tribunal à Alger qui ont fait 41 morts en décembre 2007.

En plus de l'enlèvement en novembre des trois travailleurs humanitaires espagnols, AQIM a enlevé deux touristes italiens en Mauritanie le 18 décembre 2009. Un travailleur humanitaire français kidnappé au Niger le 25 novembre 2009 a été relâché le 23 février 2010.

« Les actes criminels d'AQIM contre des civils démontrent un mépris absolu de la vie humaine », a conclu Corinne Dufka. « Ces militants devraient immédiatement renoncer à commettre de tels crimes. »