Des membres du bataillon indien de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) lors d'un atterrissage en 2008 à Goma, capitale de la province du Nord-Kivu dans l'est du pays.

© 2008 ONU/Marie Frechon

(New York) - Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, devrait veiller à ce que les forces de maintien de la paix des Nations Unies au Congo se concentrent sur la protection des civils et évitent de participer aux opérations de l'armée congolaise au cours desquelles des lois de la guerre sont violées, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.  Il est prévu que le Conseil de sécurité adopte le 23 décembre 2009 une nouvelle résolution sur le mandat de cette mission de maintien de la paix.

« Le tribut payé par la population civile lors des opérations militaires en cours à l'est du Congo est d'une ampleur catastrophique », a déploré Georgette Gagnon, directrice de la division Afrique au sein de Human Rights Watch. « Le Secrétaire général doit s'assurer que le nouveau mandat de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) est appliqué de sorte à proscrire tout soutien des Casques bleus à des forces qui commettent des crimes de guerre. »

Human Rights Watch a vivement recommandé que la politique de la MONUC relative aux conditions du soutien des Casques bleus aux unités de l'armée congolaise inclue la radiation des commandants de l'armée congolaise dont la participation à de graves violations des droits humains a été établie. 

Dans la nouvelle résolution qui prolonge le mandat de la MONUC jusqu'au 31 mai 2010, avec la possibilité d'une nouvelle prolongation pour une période supplémentaire de douze mois, le Conseil de sécurité demande au Secrétaire général d'établir un « mécanisme  approprié » qui sera chargé d'évaluer la politique relative aux conditions d'appui des Casques bleus à l'armée congolaise.

Human Rights Watch a ainsi appelé le Secrétaire général à déployer d'urgence un groupe d'experts indépendants en protection civile à l'est du Congo afin d'examiner l'application de la politique d'intervention de la MONUC. Leur envoi serait conforme à la résolution 1894 du Conseil de sécurité des Nations Unies visant à renforcer et à garantir la protection des civils, ainsi qu'aux recommandations formulées par le Secrétaire général lui-même dans son rapport présenté en mars 2009 au Conseil de sécurité des Nations Unies.

Human Rights Watch a également recommandé que le groupe d'experts indépendants présente un rapport au Conseil de sécurité sur les attaques de grande envergure perpétrées contre la population civile au cours de l'année écoulée dans l'est du Congo, ainsi qu'une évaluation de toute la stratégie et de tout le système de protection des civils avant la fin du mandat de la MONUC en mai 2010.

Le groupe d'experts devrait aussi examiner l'application ou non de la politique d'intervention dans le cadre du soutien des Casques bleus aux opérations militaires en 2009, proposer des recommandations concrètes sur les modalités d'intervention, à savoir quand et comment la mission de maintien de la paix peut d'une part soutenir les opérations militaires de l'armée congolaise, et d'autre part exercer efficacement son influence tout en respectant ses obligations légales et ses principales priorités dans la protection de la population civile.

Contexte

Le rapport de 202 pages intitulé « 'Vous serez punis' : Attaques contre les civils dans l'est du Congo », publié la semaine dernière par Human Rights Watch, documente en détail le massacre délibéré de plus de 1 400 civils entre janvier et septembre 2009 au cours de deux opérations successives de l'armée congolaise contre une milice hutue rwandaise, les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Depuis mars, la MONUC soutient l'armée congolaise dans la seconde opération connue sous le nom de Kimia II. Elle lui a ainsi fourni un appui logistique et de l'aide dans le renseignement, la planification, le transport et dans bien d'autres opérations telles que celles d'appui-feu, de frappes aériennes, de patrouilles conjointes et d'évacuations médicales.

Au cours des opérations, les forces gouvernementales et les forces rebelles ont délibérément attaqué des civils pour les « punir ». Elles ont tué et mutilé à coups de machette des personnes, abattu celles qui tentaient de fuir et incendié leurs maisons. Des milliers de femmes et de filles ont été violées et certaines de façon si violente qu'elles ont succombé à leurs blessures. Plus de 9 500 maisons et d'autres structures ont été réduites en cendres, et d'après les estimations quelque 900 000 personnes ont fui pour sauver leur vie.

Dans un discours prononcé la semaine dernière devant le Conseil de sécurité, Alan Doss, le chef de la MONUC, a annoncé que l'opération Kimia II prendrait fin le 31 décembre. Il a également indiqué que le commandant de la MONUC et le chef d'état-major de l'armée congolaise ont signé une nouvelle directive concernant le lancement d'une nouvelle phase des opérations, axée sur le maintien des positions reprises aux FDLR, la prévention des attaques contre des civils dans les zones où ceux-ci sont exposés, et sur des opérations ciblant les postes de commandement et de contrôle des FDLR.