(Jérusalem) - Israël continue de faire obstruction aux enquêtes indépendantes sur les violations des lois de la guerre dont sont accusées les Forces de Défense Israéliennes (FDI) et les forces militaires du Hamas à Gaza en empêchant les organisations de défense des droits humains indépendantes d'entrer à Gaza, ont déclaré aujourd'hui Human Rights Watch et B'Tselem. Ces organisations ont déposé des demandes d'autorisation d'entrée par le point de passage d'Erez en janvier 2009, mais les unités des FDI chargées de traiter ces demandes en ont systématiquement retardé l'examen. En février, les FDI ont indiqué à Human Rights Watch que sa demande avait été rejetée. Les militaires israéliens ont refusé la première demande de B'Tselem d'entrer à Gaza, et n'ont pas donné suite à la seconde.

« Le refus d'Israël d'autoriser à des organisations de défense des droits humains l'accès à Gaza incite à penser qu'il y a des choses qu'Israël ne veut pas que nous voyions ou que le monde sache à propos de ses opérations militaires dans ce territoire », a déclaré Sarah Leah Whitson, Directrice pour le Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Si les Israéliens n'ont rien à cacher, pourquoi ne nous permettent-ils pas d'entrer à Gaza ? »

Human Rights Watch a déposé une demande d'autorisation d'entrée à Gaza le 5 janvier. Après des semaines d'attente, les FDI ont rejeté cette demande le 9 février, sous prétexte que Human Rights Watch ne serait « pas enregistré auprès du Ministère [israélien] des Affaires Sociales ». Toutes les fois précédentes, y compris plusieurs fois en 2008, les autorités israéliennes avaient autorisé le personnel de Human Rights Watch à entrer et sortir de Gaza par le point de passage d'Erez. Les FDI n'avaient jamais auparavant mentionné une telle condition pour accéder à Gaza, et Human Rights Watch n'a pas connaissance d'une telle loi ou régulation israélienne. Les FDI n'ont pas répondu aux demandes de clarification de Human Rights Watch.

Israël ne permet pas aux citoyens juifs d'Israël, autres que les forces de sécurité, d'entrer dans Gaza sous prétexte que leur sécurité serait menacée. B'Tselem, le centre israélien d'information sur les droits humains dans les territoires occupés, a déposé le 20 janvier une demande d'autorisation auprès des FDI pour permettre au directeur des opérations de terrain de l'organisation (un palestinien citoyen d'Israël) d'entrer à Gaza. Les FDI ont refusé la demande neuf jours plus tard. B'Tselem a soumis une autre demande d'autorisation d'entrée le 29 janvier pour trois de ses employés et un consultant international. L'armée israélienne n'a pas répondu à cette requête.

Human Rights Watch et d'autres groupes internationaux de défense des droits humains ont pu entrer à Gaza via l'Egypte fin janvier pour y conduire des enquêtes préliminaires. Les chercheurs internationaux ont quitté Gaza juste avant le 5 février, quand l'Egypte a annoncé qu'elle fermerait le point de passage de Rafah. Les FDI ont déclaré à Human Rights Watch que, parce qu'ils étaient entrés par Rafah, ils ne permettraient pas aux chercheurs de sortir par Erez.

B'Tselem n'a pas réussi à obtenir d'autorisation d'entrée pour son personnel israélien, de Cisjordanie, ou pour des consultants internationaux. Seuls les deux chercheurs de terrain de l'organisation, qui résident dans la bande de Gaza, ont pu conduire des recherches sur le terrain.

« Israël se met lui-même dans la même catégorie que la Birmanie, la Corée du Nord et la Syrie en écartant les organisations de défense des droits humains indépendantes, » a dit Jessica Montell, Directrice exécutive de B'Tselem. « Le peuple d'Israël a le droit de savoir comment nos forces se sont conduites à Gaza. C'est aussi dans l'intérêt d'Israël qu'un panorama complet soit dressé. »

Les FDI ont empêché les journalistes d'entrer à Gaza pendant les 22 jours de l'opération militaire appelée « Opération Plomb Durci », même après qu'une décision de la cour suprême israélienne du 2 janvier eut ordonné au gouvernement de permettre l'entrée aux membres de la Foreign Press Association (association britannique de la presse étrangère).

Depuis l'escalade des violences à Gaza le 27 décembre 2008, Human Rights Watch et B'Tselem ont fait état de graves violations du droit international humanitaire par Israël et le Hamas. Le 10 janvier, Human Rights Watch a révélé l'utilisation illégale par Israël de phosphore blanc dans des zones civiles, une accusation que les FDI ont tout d'abord niée mais sur laquelle elles prétendent maintenant avoir ouvert une enquête. B'Tselem a exprimé son inquiétude face aux violations des principes de proportionnalité et de distinction, y compris le fait de viser de façon délibérée des installations civiles telles que des ministères ou le Conseil législatif palestinien. Les deux organisations ont, depuis plus de vingt ans, rapporté les violations du droit international des droits humains et du droit humanitaire en Israël et dans les territoires palestiniens occupés.

L'article 6 de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'homme reconnait que chacun a le droit, individuellement et en association avec d'autres, « détenir, rechercher, obtenir, recevoir et conserver des informations sur tous les droits de l'Homme et toutes les libertés fondamentales ».

De plus, l'apparent déni total d'accès à Gaza pour les organisations de défense des droits humains viole le droit à la liberté de mouvement. Bien que le droit international permette les restrictions de mouvements pour des raisons de sécurité, ces restrictions doivent avoir une base légale claire, dans la limite de ce qui est nécessaire et être proportionnelles à la menace.