(Genève, le 14 octobre 2008) - L'Union européenne (UE) devrait mettre en avant le droit pour tous les habitants à revenir dans leurs maisons en Géorgie lors des discussions qui auront lieu cette semaine sur le récent conflit à propos de l'Ossétie du Sud, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui. Human Rights Watch a aussi appelé l'UE à élargir le mandat de sa mission d'observation en Géorgie de façon à inclure la protection des civils.

Les discussions internationales sur la sécurité et la stabilité dans la région après le conflit armé qui a éclaté au mois d'août entre la Russie et la Géorgie doivent se dérouler à partir du 15 octobre à Genève, sous l'égide de l'Union européenne, des Nations Unies et de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Human Rights Watch a déclaré que ces discussions devraient mettre en avant la protection des civils et les comptes à rendre par les deux camps pour leurs atteintes aux droits humains et leurs violations des lois de la guerre.  

« Les civils ont supporté le poids le plus lourd de ce conflit », a déclaré Rachel Denber, directrice pour l'Europe et l'Asie centrale à Human Rights Watch. « Des dizaines de milliers de civils ont dû fuir, et maintenant ils ont besoin de conditions stables et sécurisées pour pouvoir rentrer chez eux. »  

Dans une lettre aux ministres des Affaires étrangères de l'UE, Human Rights Watch a souligné la situation critique des habitants d'origine géorgienne des villages situés au nord et à l'est de la capitale de l'Ossétie du Sud, Tskhinvali, qui ont été systématiquement pillés et incendiés par les milices ossètes après la fin du conflit. La lettre a expliqué que les villageois n'ont plus de foyers vers lesquels retourner et aucune garantie de protection et de sécurité s'ils tentaient de revenir et de reconstruire.  

« Les autorités en Ossétie du Sud ont envoyé des messages mitigés sur le droit des habitants d'origine géorgienne de ces villages à rentrer chez eux, et le message de la Russie n'est pas clair », a ajouté Denber. « L'UE devrait s'assurer que toutes les parties reconnaissent sans équivoque le droit au retour et insister pour qu'elles aident les gens à rentrer chez eux. »  

Selon l'organisation russe des droits humains Memorial, la plupart des Ossètes qui ont fui en Russie pour échapper aux combats qui se déroulaient en Ossétie du Sud sont revenus chez eux, pour retrouver beaucoup de maisons endommagées ou détruites.  

Human Rights Watch a aussi affirmé que les forces géorgiennes, russes et ossètes ont commis des violations du droit international humanitaire et des droits humains. Human Rights Watch a exhorté l'UE à faire pression sur toutes les parties pour mener des enquêtes fiables et transparentes sur les graves violations commises par les forces et les groupes se trouvant sous leur contrôle, ou dans des zones sous leur contrôle, et pour exiger que les responsables rendent compte de leurs actes.  

Human Rights Watch a aussi appelé l'UE à ajouter la protection des civils au mandat de la Mission d'observation de l'Union européenne en Géorgie (MSUE), de sorte que les observateurs de la mission puissent assurer la sécurité tandis que les personnes déplacées à cause du conflit reviennent chez elles dans le district de Gori en Géorgie, qui est adjacent à l'Ossétie du Sud et a été occupé par les forces russes. Pendant presque deux mois, les forces russes ont contrôlé cette zone et elles n'ont pas assuré la protection des civils, créant un vide sécuritaire qui a permis aux milices ossètes et à des éléments criminels d'agresser les gens en toute liberté. De ce fait, des milliers d'autres personnes ont fui même après la fin des combats. Après que les forces russes ont achevé leur retrait des territoires adjacents le 9 octobre 2008, les personnes déplacées ont commencé à revenir depuis d'autres régions de la Géorgie.  

Le mandat de la mission de l'UE est d'observer et de rendre compte de la situation en Géorgie afin d'encourager le rétablissement de la confiance, la stabilisation et la normalisation. Les observateurs de l'UE sont déployés dans toutes les régions de la Géorgie affectées par le conflit, mais ils n'ont pas accès à l'Ossétie du Sud ni à l'Abkhazie, du fait des objections de la Russie.  

« Le déploiement des observateurs de l'UE dans la ‘zone tampon' améliore les perspectives pour la sécurité des citoyens ordinaires », a reconnu Denber. « Toutefois, la situation reste très fragile, et la tâche du rétablissement du droit et de l'ordre est énorme. Un mandat élargi de l'UE est la meilleure façon d'assurer la protection des civils qui rentrent chez eux. »  

Human Rights Watch a souligné l'importance d'accorder aux observateurs de l'UE l'accès à l'Ossétie du Sud, afin d'y garantir la protection des personnes d'origine géorgienne et d'aider à créer les conditions sécuritaires qui favoriseront le retour de tous ceux qui ont fui.