(New York, le 6 octobre 2008) -- Le gouvernement vietnamien doit libérer immédiatement les catholiques qui ont été arrêtés pour avoir manifesté en priant silencieusement à Hanoi et faire en sorte que la police et les autres personnes responsables des attaques contre ces paroissiens catholiques rendent compte de leurs actes, a dit Human Rights Watch aujourd'hui. Les manifestants demandaient la restitution des propriétés de l'église confisquées par le gouvernement.

Human Rights Watch a aussi pressé le gouvernement de mettre fin aux harcèlements, menaces et restrictions de mouvement dont est frappé l'archevêque de Hanoi, Joseph Ngo Quang Kiet, qui a publiquement défendu les droits des manifestants catholiques et qui a rendu visite aux familles des paroissiens arrêtés.  
 
« Il s'agit des mesures les plus sévères prises à l'encontre des catholiques au Vietnam depuis des décennies », a dit Elaine Pearson, la directrice adjointe responsable de l'Asie à Human Rights Watch. « Malheureusement, la répression religieuse et les mesures violentes prises par les autorités vietnamiennes à l'encontre de manifestants pacifiques ne constituent pas un phénomène nouveau ».  
 
Le Vietnam n'avait pas connu de si grandes manifestations publiques catholiques depuis les années 1950, et le gouvernement n'avait pas non plus répondu aux catholiques de façon aussi violente au cours de ces dernières décennies.  
 
Les autorités vietnamiennes ont récemment utilisé du gaz lacrymogène et des matraques électriques pour démanteler les manifestations catholiques sous la forme de prières silencieuses à Hanoi. Les autorités vietnamiennes ont également détruit au bulldozer les propriétés sacrées aux yeux des catholiques vietnamiens. Des centaines de voyous non identifiés, certains portant les chemises bleues de la Ligue de la Jeunesse Communiste, ont harcelé, injurié, et craché sur les paroissiens et détruit les statues religieuses. Le 19 septembre 2008, les autorités ont arrêté et battu un journaliste américain qui couvrait ces événements. Au moins huit paroissiens catholiques ont été arrêtés pour avoir participé aux manifestations depuis le début des dernières vagues de protestation mi-août.  
 
« Faire taire les voix des paroissiens catholiques en les frappant, les harcelant et les arrêtant est encore une autre preuve de l'intolérance du Vietnam de la dissidence et de la liberté de religion », a indiqué Elaine Pearson. « Même les figures religieuses importantes d'églises officiellement reconnues sont harcelées sévèrement ».  
 
Les deux propriétés de Hanoi qui sont contestées sont le terrain de l'ancienne Nonciature (la mission diplomatique du Vatican), et l'église de la rédemption Thai Ha, toutes les deux confisquées au milieu des années 1950. Des ouvriers du bâtiment, soutenus par des centaines de policiers, ont rasé au bulldozer les bâtiments de l'église près de la Nonciature le 19 septembre 2008.  
 
Du Delta du Mékong aux terres montagneuses du nord du Vietnam, de plus en plus de manifestations publiques de griefs concernant la terre se font entendre, et les dirigeants religieux et leurs fidèles s'engagent souvent dans des protestations pacifiques.  
 
Les manifestations silencieuses menées en décembre 2007 et en janvier 2008 par les paroissiens catholiques à Hanoi pour réclamer la restitution des propriétés faisant l'objet de litiges se sont éteintes au début de cette année au moment où les autorités gouvernementales auraient promis de restituer les propriétés. Cependant, des mois se sont écoulés sans qu'il ne se passe rien, ce qui a amené des milliers de catholiques à se joindre aux nouvelles manifestations pacifiques en août et en septembre pour réclamer la restitution des terres de l'église confisquées par le gouvernement.  
 
Le 21 septembre 2008, 10 000 catholiques se sont rassemblés pour prier à l'extérieur de la principale cathédrale de Hanoi, Saint Joseph, pour protester contre la démolition des bâtiments de l'église attenants à la Nonciature. Il s'agissait de la plus grande manifestation publique de catholiques depuis 1954.  
 
Après qu'il ait publiquement défendu les manifestations silencieuses, les autorités de Hanoi ont pris pour cible de leur harcèlement l'archevêque Kiet. Des sources catholiques au Vietnam indiquent que les autorités vietnamiennes ont placé des caméras de surveillance à l'extérieur de sa résidence et surveillent sa ligne téléphonique. Des manifestations orchestrées par le gouvernement se sont assemblée devant chez lui et la foule a hurlé des slogans anti-catholiques et réclamé qu'il soit démis de ses fonctions. L'archevêque a dû limiter ses activités à l'extérieur de sa résidence pour des raisons de sécurité.  
 
Le gouvernement s'est également lancé dans une vaste campagne de diffamation à l'encontre de l'archevêque Kiet dans les médias contrôlés par l'Etat, prétendant qu'il a commis des actes illégaux et antipatriotiques en « incitant les paroissiens à semer la discorde », à travers les manifestations qui, selon le gouvernement, constituent des menaces pour la sûreté publique et l'unité nationale.  
 
Le 23 septembre 2008, le président du Comité du Peuple de Hanoi (autorité gouvernementale qui répond de ses actes auprès du Parti Communiste Vietnamien) a envoyé une lettre à la Conférence des Evêques Catholiques du Vietnam demandant la « punition sévère » et le transfert de l'Archevêque Kiet. Dans la même lettre, l'Archevêque Kiet et quatre autres prêtres de paroisse de Thai Ha sont accusés « d'inciter aux émeutes, d'accuser le gouvernement à tort, de manquer de respect à la nation, de transgresser et de ridiculiser la loi et d'inciter d'autres personnes à la violer ».  
 
En réponse, la Conférence des Evêques du Vietnam à publié des déclarations pour défendre l'archevêque et les prêtres, et exprimant des inquiétudes par rapport à la liberté religieuse, au droit à la propriété, au monopole du gouvernement sur les médias, et d'autres problèmes de droits de l'homme au Vietnam.  
 
« Le gouvernement devrait promouvoir la tolérance religieuse et le droit de réunion pacifique au lieu d'utiliser les médias comme outil de diffamation à l'encontre des leaders religieux et présenter les manifestants religieux pacifiques comme une menace publique » a déclaré Elaine Pearson.  
 
Chronologie des attaques, arrestations et destructions de propriétés depuis le mois d'Août 2008  

  • 28 Août : la police arrête au moins huit manifestants pacifiques dans le parc de l'église de la rédemption Thai Ha. La police a ensuite battu avec des matraques électriques les manifestants venus réclamer la libération des détenus.  
  • 31 Août : un policier en uniforme vaporise du gaz lacrymogène sur un groupe de catholiques qui priaient lors d'une manifestation silencieuse sur les terres de l'église Thai Ha. Cet affrontement s'est soldé par l'hospitalisation d'au moins 20 paroissiens.  
  • 19 septembre : La police et une équipe de démolisseurs détruisent au bulldozer des bâtiments appartenant à l'Eglise près de l'ancienne Nonciature, apparemment dans le but de transformer le terrain en parc et la Nonciature en bibliothèque publique.  
  • 19 septembre : La police arrête et bat un journaliste Américain, Ben Stocking, directeur du bureau d'Associated Press à Hanoi, pour avoir photographié les manifestants pendant la démolition de la Nonciature. Les autorités l'ont libéré après deux heures de détention. Il réapparaît avec une entaille derrière la tête, causée par la police, qui nécessite quatre points de suture.  
  • 21 septembre : 10 000 catholiques prient aux portes de la Cathédrale Saint Joseph à Hanoi. Ce soir-là, des centaines d'hommes, certains portant l'uniforme de la Jeunesse Communiste, attaquent l'église Thai Ha et harcèlent et crachent sur les curés et leurs paroissiens.  
  • 25 Septembre : une foule favorable au gouvernement est acheminée sur le site de la Nonciature dans des cars appartenant à l'Etat et attaque les manifestants catholiques et dénonce l'Archevêque Kiet. La police reste spectatrice lorsque la foule s'en prend aux paroissiens, détruit une croix en fer érigée dans les jardins de la Nonciature et prend une statue sacrée de la Pietà.  


Le même jour, plus de 5000 catholiques se réunissent pour une prière silencieuse à Ho Chi Minh Ville en signe de soutien aux paroissiens de Hanoi.  
 
Human Rights Watch demande au gouvernement Vietnamien de respecter le droit de réunion et le droit de religion des catholiques. Ces droits sont garantis par le Pacte International des Droits Civils et Politiques, ratifié par le Vietnam en 1992.  
 
Human Rights Watch soutient aussi la Commission Américaine sur la liberté religieuse internationale, qui demande aux Etats-Unis de réintégrer le Vietnam à sa liste noire des pays qui violent le droit à la liberté religieuse.  
 
Contexte  
 
Le catholicisme est l'une des six religions officiellement reconnues au Vietnam. Avec plus de 6 millions de fidèles, le catholicisme est la deuxième religion la plus représentée au Vietnam après le bouddhisme. Après la prise du pouvoir par les communistes au Vietnam du Nord en 1954, le gouvernement a saisi de nombreuses propriétés privées, des pagodes et des églises, y compris appartenant à l'Eglise catholique.  
 
Les liens entre le gouvernement Vietnamien et le Vatican ont été coupés en 1975 au moment de la réunification du Vietnam. Alors que les relations diplomatiques n'ont toujours pas repris, le Premier ministre vietnamien a rencontré le Pape à Rome en janvier 2007. En juin 2008, une équipe Vatican - Vietnam a été établie pour améliorer les relations entre les deux états.  
 
Le gouvernement vietnamien suit de très près les organisations religieuses et limite les activités de celles qui choisissent d'agir indépendamment ou de ne pas s'affilier avec les organisations religieuses officiellement autorisées, sous le contrôle du gouvernement. Des centaines de Vietnamiens sont en prison pour des activités religieuses ou politiques pacifiques.  
 
Parmi ces personnes se trouve le prêtre catholique Nguyen Van Ly, fondateur du groupe démocratique connu au Vietnam sous le nom de Bloc 8406. Il a été condamné à huit ans de prison en mars 2007, en vertu de l'article 88 du code pénal, pour avoir fait de la propagande contre le gouvernement.