(La Haye) - Un an près que la Cour pénale internationale (CPI) ait émis des mandats d'arrêt contre deux suspects de crimes de guerre au Darfour, des organisations de droits de l'homme du monde entier se joignent pour lancer une campagne intitulée "Justice pour le Darfour", appelant à l'arrestation des deux suspects. 
 
Les organisations derrière cette campagne, dont Amnesty International, Cairo Institute for Human Rights Studies, Coalition pour la Cour pénale internationale, Human Rights First, Human Rights Watch et Sudan Organization Against Torture, ont joint leurs efforts pour appeler le Conseil de sécurité des Nations unies, les organisations régionales et les gouvernements à faire pression sur le Soudan pour qu'il coopère avec la CPI.  
 
La CPI mène des enquêtes sur les crimes commis dans la région suite à une décision, trois ans plus tôt, du Conseil de sécurité de l'ONU de déférer la situation au Darfour à la CPI. Cela fait un an aujourd'hui - depuis le 27 avril 2007 - que la CPI a émis deux mandats d'arrêt contre l'ancien ministre d'Etat de l'Intérieur Ahmad Harun et le chef Janjaweed Ali Kushayb pour 51 chefs de crimes de guerre et crimes contre l'humanité. Actuellement, ces deux personnes - qui sont accusées de persécution, viols, et meurtres de civils dans quatre villages de l'Ouest Darfour - circulent en toute liberté.  
 
"Les milliers de personnes qui ont subi meurtres, viols et persécution au Darfour méritent que justice soit faite," a déclaré Dismas Nkunda, co-président de Darfur Consortium, un groupe d'ONG d'Afrique et du Moyen Orient. "Mais tout ce qu'ils ont eu c'est du mépris de la part de leur propre gouvernement, et des paroles vides de la communauté internationale. Il est temps que cela change."  
 
Le gouvernement soudanais a refusé publiquement et à plusieurs reprises de remettre Ali Kushayb ou Ahmad Harun à la Cour. Au contraire, Ahmad Harun a été promu ministre d'Etat aux Affaires humanitaires au Darfour, responsable de l'assistance des victimes des mêmes crimes qui lui sont reprochés. En plus de l'important pouvoir dont il dispose sur les opérations humanitaires, il est responsable de la liaison entre le gouvernement soudanais et la force internationale de maintien de la paix, UNAMID, chargée de protéger les civils de tels crimes. L'autre suspect, Ali Kushayb, était en détention au Soudan pour des crimes autres que ceux figurant sur les mandats d'arrêt de la CPI. Toutefois, en octobre, le gouvernement a annoncé l'avoir remis en liberté, semble-t-il, par "manque de preuve."  
 
"Le gouvernement soudanais a fait preuve d'une indifférence totale envers l'autorité du Conseil de sécurité et pour les victimes de sa brutalité", a déclaré Richard Dicker, directeur du programme de justice internationale à Human Rights Watch. "Jusqu'ici, le Soudan n'a subi aucune conséquence de son indifférence effrontée envers la Cour et le Conseil de sécurité".  
 
Les membres de "Justice pour le Darfour" exhortent le Conseil de sécurité de l'ONU à adopter une résolution appelant le Soudan à coopérer pleinement avec la CPI et à arrêter immédiatement Ahmad Harun et Ali Kushayb et les remettre à la Cour.  
 
"Il est maintenant temps pour le Conseil de sécurité d'agir afin d'assurer que ces suspects soient arrêtées et remises à la CPI sans plus attendre. C'est une première étape essentielle pour mettre fin à l'impunité des crimes atroces commis à grande échelle au Darfour" a déclaré Christopher Hall, haut conseiller juridique pour le projet de justice internationale à Amnesty International.  
 
Le groupe a également appelé l'Union européenne, un partisan important de la Cour qui a joué un rôle clé dans le renvoi de la situation au Darfour au Procureur de la CPI, à faire pression sur le Soudan pour qu'il coopère avec la CPI et exécute les mandats d'arrêt. Le groupe appelle également les autres Etats et organisations régionales à faire de même.  
 
« Avec la campagne "Justice pour le Darfour", les organisations travailleront ensemble pour faire le plus de pression possible sur la communauté internationale pour qu'elle honore son engagement à la justice pour les victimes de ces crimes", a expliqué Moataz El Fegiery, directeur exécutif de l'Institut du Caire pour les Etudes des Droits de l'Homme (CIHRS).  
 
Les organisations suivantes ont rejoint la campagne "Justice pour le Darfour":  
Action des chrétiens pour l'abolition de la torture - France  
Aegis Trust  
Amnesty International  
Arab Center for the Independence of the Judiciary and the Legal Profession  
Bahrain Centre for Human Rights  
Bahrain Human Rights Society  
Cairo Institute for Human Rights Studies  
Center for Peace, Legal Advice and Psychosocial Assistance - Vukovar  
Civil Resource Development and Documentation Centre - Nigeria  
Coalition for the International Criminal Court  
Collectif Urgence Darfour  
Darfur Consortium  
Darfur Union UK  
Fédération Internationale des ligues des Droits de l'Homme  
Human Rights First  
Human Rights Watch  
International Criminal Court Student Network UK  
Kalangala District NGO Forum  
Land Center for Human Rights  
League of Human Rights  
Prepared society Kenya  
Recherches et Documentation Juridiques Africaines  
Save Darfur Canada  
Society for Threatened Peoples International  
Socio-Economic Rights & Accountability Project  
Students Taking Action Now: Darfur - Canada  
Sudan organization against Torture  
UN Watch  
Waging Peace