(Bruxelles) - Toutes les parties impliquées dans les nouveaux combats qui ont eclaté à l’est de la République démocratique du Congo doivent protéger les civils en danger, a declaré Human Rights Watch aujourd’hui. Human Rights Watch a également demandé aux Casques bleus deployés dans la région de renforcer leurs efforts de protection des civils.

Dans la province du Nord Kivu, à l’est du pays, l’armée congolaise a lancé la semaine dernière une large offensive militaire contre les forces dissidentes du général rebelle Laurent Nkunda. Les troupes gouvernementales se sont approchées de la ville de Kirolirwe, l’un des bastions de Nkunda sur le territoire Masisi, à environ 35 kilomètres au nord-ouest de Goma, la capitale provinciale. D’après certaines données de l’ONU, environ 45 000 civils vivent dans Kirolirwe, dont la majorité appartient à l’ethnie Tutsi.

Lui-même Tutsi, Nkunda dit vouloir protéger les populations tutsis contre les attaques à motivation ethnique d’autres groupes congolais et d’une force d’opposition rwandaise appelée Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), dont certains leaders ont participé au génocide anti-Tutsis au Rwanda en 1994.

Ces derniers jours, les troupes de Nkunda ont opposé une forte résistance et, aux dernières nouvelles, ont repoussé les troupes gouvernementales de positions acquises plus tôt vers des positions proches de la ville de Sake, lieu de nombreux combats précédents.

« En vertu du droit de la guerre, les forces gouvernementales et rebelles doivent toutes deux protéger les civils lors d’opérations militaires”, a declaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior sur le Congo pour Human Rights Watch. “ Mais pratiquement à chaque fois que les belligérants se sont combattus, ils ont tué, violé et pillé des civils. Ces abus doivent cesser. »

Le 7 décembre dernier, les autorités provinciales et des responsables militaires ont exhorté les résidents de Kirolirwe à fuir vers des zones sous contrôle gouvernemental, mais ils n’ont pas fourni d’information sur les procédures d’évacuation ou même garanti de moyens pour répondre aux besoins humanitaires des civils deplacés. Dimanche dernier, une mission humanitaire des Nations Unies s’est rendue à Kirolirwe pour envisager d’éventuelles alternatives, mais à ce jour aucune solution n’a été trouvée.

Le droit de la guerre exhorte toutes les parties impliquées dans un conflit à prévenir à l’avance et efficacement les populations civils qui pourraient être affectées par les attaques. Les parties belligérantes doivent prendre toutes les mesures faisables pour minimiser les dommages à l’encontre des civils, et elles doivent également protéger les civils sous leur contrôle contre les conséquences des attaques. Elles doivent permettre et faciliter l’apport d’aide humanitare aux civils qui sont dans le besoin.

Les civils, dont de nombreux ont deja fui les hostilités dans leur zone d’habitation pour se rendre dans le sud, craignent que s’ils fuient Kirolirwe, ville protegée par les forces de Nkunda, ils seront attaqués, ainsi que leur bétail, par des milices locales congolaises hutus appelées Patriotes résistants du Congo (PARECO) ou par les FDLR. On rapporte que les combattants des PARECO et des FDLR se seraient joints aux opérations menées par les troupes gouvernementales congolaises contre les forces de Nkunda.

Loin des lignes de front, les groupes armés continuent d’abuser de la population en toute impunité. Un hôpital à Masisi a signalé l’arrivée quotidienne de civils ayant été victimes d’attaques violentes, y compris des femmes et des filles qui ont été violées. Par exemple, près de Chamarambo, une jeune fille de 13 ans a été victime d’un viol collectif sous la menace d’une arme par trois combattants qu’elle a identifiés comme étant des membres des PARECO. Dans la même zone, trois femmes ont été violées avant d’être blessées par balle, dont l’une mortellement. Près de Mianja, un homme a été blessé par balle aux jambes par des hommes armés non identifiés pour avoir refusé de donner une chèvre.

Toutes les parties impliquées dans le conflit au Nord Kivu – y compris l’armée congolaise, les troupes commandées par Nkunda, et les combattants des FDLR et PARECO – ont commis des crimes graves à l’encontre des civils, y compris des meurtres, des viols, des déplacements forcés, des pillages et le recours à des enfants soldats. Dans un rapport detaillé paru en octobre, Human Rights Watch fait état d’abus à l’encontre de civils durant les 18 mois de conflit armé (https://www.hrw.org/french/reports/2007/drc1007).

Les récents combats ont accru le sentiment d’hostilité locale à l’égard des populations congolaises tutsis, percues par d’autres groupes comme les principaux défenseurs de Nkunda. Des civils tutsis ont aussi souffert de privations et d’abus, y compris de la part de ceux qui prétendent les proteger.

Depuis fin 2006, le conflit au Nord Kivu a déplacé près de 400 000 personnes, rendant plus difficile encore le travail des agences humanitaires qui tentent déjà de porter assistance aux centaines de milliers d’autres personnes déplacées lors de précédents combats. L’insécurité grandissante et les pluies importantes de ces dernières semaines ont rendu le travail d’assistance des agences humanitaires plus difficile et ont ralenti les échanges commerciaux entre les centres urbains des territoires Masisi et Rutshuru. Ce qui a eu pour effet d’augmenter les prix et d’accroître encore un peu plus la vulnérbilité de la population.

Les Casques bleus disposent d’une base mobile à Kirolirwe, en plus de bases situées dans d’autres localités du Nord Kivu, et affirment qu’ils y resteront tant que les civils sont en danger. Il y a pour l’instant plus de 17 000 Casques bleus au Congo, dont 4500 sont basés au Nord Kivu. Il n’y pas si longtemps, les soldats des Nations Unies se sont retirés des zones de combat au Nord Kivu lorsqu’ils ont estimé que leur propre vie était en danger.

Les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies discuteront cette semaine du renouvellement du mandat de la mission de l’ONU au Congo, connu sous le nom de MONUC (Mission de l’ONU en RD Congo). Son mandat expire en principe le 31 décembre.

« Les membres du Conseil de sécurité doivent s’assurer que les Casques bleus deployés au Congo disposent d’un mandat fort pour protéger les civils vulnérables et de moyens pour y parvenir », a ajouté Van Woudenberg. « Ceux qui ont tant souffert durant ces années de guerre ne doivent pas être abandonnés lorsque les combats se rapprochent. »