(Paris)- Les troupes gouvernementales, notamment la Garde présidentielle d’élite, ont tué illégalement des centaines de personnes et incendié des milliers d’habitations civiles depuis la mi-2005 dans le cadre de leur campagne de contre-insurrection dans le nord de la République centrafricaine (RCA), a dénoncé Human Rights Watch dans un nouveau rapport.

Le nouveau rapport de 116 pages, publié aujourd’hui et intitulé « État d’anarchie : Rébellion et exactions contre la population civile », est basé sur le résultat de trois semaines de recherches effectuées sur le terrain. Il expose en détail les atteintes aux droits humains et les violations des lois de la guerre perpétrées dans le nord de la RCA par les groupes rebelles et les forces gouvernementales. Il décrit également les attaques commises dans le nord-ouest par des groupes de bandits connus sous le nom de zaraguinas, lesquels enlèvent souvent des enfants pour les échanger contre une rançon.

« Juste de l’autre côté de la frontière avec le Darfour, l’armée de la République centrafricaine a tué des centaines de civils innocents et en a forcé des dizaines de milliers d’autres à fuir leurs villages », a déclaré Peter Takirambudde, directeur à la Division Afrique de Human Rights Watch. « Les incendies d’habitations auxquels se livrent massivement les forces de sécurité gouvernementales constituent l’exaction la plus marquante du conflit. »

Depuis le début du conflit à la mi-2005, les forces de sécurité centrafricaines se sont rendues responsables des violations les plus graves commises pendant le conflit, dont de multiples exécutions sommaires et tueries, des incendies d’habitations civiles à grande échelle, et le déplacement forcé de centaines de milliers de civils. Les recherches de Human Rights Watch ont révélé qu’une grande partie des morts et des incendies de villages sont à imputer à une seule unité de la Garde présidentielle d’élite, basée dans la ville de Bossangoa. Les forces de sécurité ont souvent tué des dizaines de civils en une seule journée, et certaines des personnes ont été massacrées avec une brutalité inouïe. Le 11 février 2006, par exemple, une unité de la Garde présidentielle a tué au moins 30 civils. La même unité a décapité un enseignant le 22 mars 2006 à Bémal. Les tueries n’avaient toujours pas cessé le mois dernier, des soldats dévalisant et tuant quatre civils tchadiens et en blessant quatre autres, dont deux femmes, dans la ville frontière de Kabo en août 2007.

Les forces armées centrafricaines ont également attaqué et réduit en cendres des centaines de villages civils dans le nord de la RCA, détruisant quelque 10 000 habitations et provoquant une catastrophe humanitaire de grande ampleur. Dans une seule petite zone affectée par les incendies de villages – la zone Batangafo-Kabo-Ouandago-Kaga Bandoro –, les chercheurs de Human Rights Watch ont dénombré un total de 2 923 habitations incendiées, dont plus de 1 000 uniquement dans le gros bourg de Ouandago. Des destructions similaires peuvent être constatées à travers tout le territoire nord-ouest de la RCA, région qui s’étend sur des centaines de kilomètres carrés.

Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU, au moins 102 000 civils ont été forcés de quitter leurs domiciles en raison des attaques menées contre leurs villages dans le cadre de la campagne de contre-insurrection.

Human Rights Watch a déclaré que pas un seul soldat ni officier n’a dû répondre des atrocités perpétrées en RCA, et a appelé les autorités centrafricaines à prendre des mesures immédiates pour mettre fin à cette impunité et à mettre en place des mécanismes efficaces de protection des civils dans le nord.

« Le fait est malheureusement que les auteurs de violences et d’exactions, dont la majorité sont des soldats gouvernementaux, ont à ce jour joui d’une impunité totale pour des actes qui incluent des crimes de guerre », a souligné Takirambudde.

Les forces rebelles ont également commis de graves exactions, mais pas de l’ampleur de celles perpétrées par les forces gouvernementales. Les rebelles de l’Armée populaire pour la restauration de la République et la démocratie (APRD), composée principalement de fidèles du président destitué Félix Patassé et de formations locales d’autodéfense, se sont livrés massivement à des extorsions et à la perception forcée d’impôts, à des pillages de bétail, des enlèvements en vue de réclamer une rançon, des passages à tabac de civils, et le meurtre d’un civil et d’une travailleuse humanitaire internationale leur a également été imputée.

Les rebelles de l’Union des forces démocratiques pour le rassemblement (UFDR), une coalition de membres de l’ethnie locale gula et de rebelles autrefois associés au Président actuel Bozizé mais déçus par son régime, ont également perpétrés de graves exactions, notamment des attaques aveugles contre les civils, des tueries et exécutions sommaires, ainsi que de vastes pillages de la population civile. Des allégations de viol ont visé des rebelles de l’UFDR, mais Human Rights Watch n’a été en mesure de corroborer qu’un seul de ces cas. Tant l’APRD que l’UFDR comptent dans leurs rangs un grand nombre d’enfants soldats mais les deux groupes sont en discussion avec l’UNICEF au sujet de la démobilisation de ces enfants.

Human Rights Watch a par ailleurs appelé les Nations Unies et l’Union européenne, qui envisagent actuellement de déployer une force de protection des civils en RCA et au Tchad, de veiller à ce que ladite force ait le mandat et la capacité de procurer une réelle protection aux civils en RCA.

Human Rights Watch a appelé la France, l’ancienne puissance coloniale qui continue de fournir une assistance militaire à la RCA et a déployé des soldats afin d’aider le gouvernement à combattre les forces rebelles, à dénoncer les exactions de l’armée et à exiger que les auteurs de ces crimes répondent de leurs actes.

« La France, qui est le principal soutien du gouvernement centrafricain et dispose de troupes sur le terrain, pourrait en faire bien davantage pour inciter les autorités de la RCA à mettre un terme aux exécutions et aux incendies », a ajouté Takirambudde.