Les tirs de roquettes palestiniens contre les villes israéliennes et les tirs de l’artillerie israélienne à proximité de zones habitées dans le nord de Gaza ont fait des centaines de victimes civiles depuis septembre 2005 et constituent de graves violations des lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui.

Le rapport de 146 pages, « Indiscriminate Fire: Palestinian Rocket Attacks on Israel and Israeli Artillery Shelling in the Gaza Strip » (« Tirs indiscriminés : tirs de roquettes palestiniens contre Israël et tirs d’artillerie israéliens dans la Bande de Gaza »), constate que les groupes armés palestiniens aussi bien que les Forces de défense d’Israël (IDF) n’ont pas fait preuve d’un respect suffisant à l’égard des vies civiles. Les groupes armés palestiniens, à savoir le Hamas, le Djihad islamique, les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa ainsi que les Comités de résistance populaire, ont dit que les attaques délibérées contre des civils avec des roquettes artisanales et très imprécises, dénommées Qassams, sont des représailles pour des actions israéliennes ; mais les représailles contre des civils sont toujours illégales. Une directive qu’aurait émis l’IDF pour réduire la « zone de sécurité » entre les cibles de l’artillerie et les zones civiles à Gaza, ainsi qu’une brusque escalade des bombardements en avril 2006 à la suite de la prise de contrôle politique de l’Autorité palestinienne par le Hamas, ont entraîné une forte hausse du nombre de victimes civiles.

« Les exactions commises en guise de coup pour coup ne peuvent pas se justifier en invoquant que l’autre côté a violé la loi en premier : les lois de la guerre ont pour but de protéger les civils, quelles que soient les raisons », a insisté Joe Stork, directeur adjoint de la division Moyen-Orient à Human Rights Watch. « Sinon, le cycle de violence échappe à tout contrôle, comme cela s’est produit à Gaza et en Israël. »

Le rapport de Human Rights Watch paraît à la veille d’une audition le 2 juillet devant la Haute Cour de Justice sur une directive de l’IDF qui aurait réduit la « zone de sécurité » entre les cibles de l’artillerie et les zones civiles de 300 à 100 mètres en avril 2006. Human Rights Watch a constaté que tous les décès et tous les cas de blessures sauf huit, survenus à la suite de tirs d’artillerie effectués entre septembre 2005 et mai 2007, et qualifiés d’autodéfense par Israël, ont eu lieu après ce changement de politique.

Au milieu des combats factieux en cours à Gaza entre le Hamas et le Fatah, les groupes armés palestiniens continuent à tirer des roquettes en direction d’Israël. En mai 2007, des roquettes ont tué deux civils israéliens à Sderot et en ont blessé 22 autres. Le 20 juin, des roquettes ont blessé trois civils dans une attaque revendiquée par le Djihad islamique.

Israël n’a pas lancé de tirs d’artillerie sur Gaza depuis une attaque du 8 novembre 2006 qui a tué 23 civils palestiniens. Malgré cette suspension, l’IDF déclare considérer toujours les tirs d’artillerie comme une réponse légitime aux tirs de roquettes palestiniens « soumise aux limitations du droit international. »

« Il existe une opportunité de mettre un terme à ce terrible mépris des vies civiles si les deux parties tirent les leçons des deux années précédentes », a déclaré Stork. « Les autorités du Hamas à Gaza devraient faire cesser les tirs de roquettes de tous les groupes sur les villes israéliennes, tandis qu’Israël devrait maintenir sa suspension des tirs d’artillerie sur Gaza, ou au moins ne pas bombarder à proximité de zones peuplées. » Le Hamas devrait aussi garantir qu’aucune attaque d’aucune sorte n’est lancée depuis une zone habitée.

Dans « Tirs indiscriminés », Human Rights Watch examine l’utilisation de roquettes et de l’artillerie après le retrait d’Israël de Gaza en septembre 2005.

De septembre 2005 à mai 2007, les groupes armés palestiniens ont tiré près de 2 700 roquettes artisanales en direction d’Israël. Ils ont tué quatre civils israéliens et en ont blessé 75 autres. En mai 2007, de nombreux habitants de Sderot, la ville la plus durement frappée, sont partis vers d’autres régions du pays. Les roquettes palestiniennes ont aussi blessé ou causé la mort d’au moins 23 Palestiniens, en tombant avant la frontière. Les tirs de roquettes entre mi 2004 et septembre 2005 ont tué six autres civils israéliens.

Au cours de la même période, de septembre 2005 à mai 2007, l’IDF a tiré plus de 14 600 obus d’artillerie de 155mm sur Gaza. Les obus tirés près des zones peuplées ont tué 59 personnes et en ont blessé 270 autres, la plupart sinon toutes étant des civils.

Le rapport de Human Rights Watch révèle que les groupes armés palestiniens ont pris délibérément pour cible et attaqué de façon indiscriminée des civils israéliens en violation des lois de la guerre. Les attaques ont non seulement fait des victimes, mais aussi causé des dommages matériels et créé un climat général de peur dans les communautés israéliennes touchées.

Les groupes armés palestiniens mettent aussi parfois en danger les civils en plaçant leurs lance-roquettes très mobiles près des zones résidentielles à Gaza. De tels actes violent le devoir de prendre toutes les précautions possibles pour minimiser les victimes civiles.

Les Israéliens quant à eux n’ont pas non plus pris toutes les précautions possibles pour minimiser les victimes civiles causées par les tirs d’artillerie et, dans un cas au moins, leurs tirs étaient indiscriminés. Dans d’autres cas, les témoignages ont suggéré que les attaques étaient disproportionnées, causant des pertes civiles prévisibles qui étaient excessives par rapport à tout avantage militaire anticipé. De nombreux obus d’artillerie tirés par Israël sur Gaza sont tombés près de zones peuplées et ont frappé parfois directement des habitations, causant de sérieux dégâts, des morts et des dommages structurels.

Israël a justifié ses attaques comme étant de la légitime défense, et certains officiers de l’IDF ont prétendu que les tirs de roquettes palestiniens étaient devenus moins précis après que les tirs d’artillerie aient repoussé les sites de lancement plus loin de la frontière. Mais les attaques de l’artillerie de l’IDF ne semblent pas avoir diminué l’incidence globale des attaques de roquettes destructrices, ni affecté sensiblement la capacité des groupes palestiniens à lancer des attaques.

« Si l’IDF reprend les bombardements sur Gaza, ce ne devrait être qu’à des endroits où il est possible de distinguer entre civils et combattants », a insisté Stork.

Le rapport est basé sur deux missions de terrain à Israël et Gaza, au cours desquelles les chercheurs de Human Rights Watch ont mené plus de 100 entretiens avec des victimes, des témoins et d’autres personnes, et évalué des preuves matérielles. Les chercheurs ont aussi rencontré des responsables gouvernementaux et militaires israéliens et palestiniens.

« Tirs indiscriminés » contient deux études de cas détaillées sur les tirs d’artillerie de l’IDF ayant fait des morts. La première présente les résultats de l’enquête de Human Rights Watch sur une explosion survenue le 9 juin 2006 sur une plage de Gaza, qui a tué sept civils et en a blessé des douzaines d’autres. Human Rights Watch a déterminé qu’un obus d’artillerie israélien de 155mm – soit un obus tiré ce jour-là, soit un obus n’ayant pas explosé précédemment mais ayant été déclenché par les tirs à proximité ce jour-là – avait causé l’explosion. Human Rights Watch a aussi constaté qu’une enquête israélienne sur l’incident n’avait pas pris en compte les témoignages provenant de sources autres que l’IDF, démontrant ainsi un manque d’intérêt pour obtenir la vérité sur ce qui s’était produit.

La deuxième étude de cas examine une série d’attaques de l’artillerie de l’IDF pendant la semaine du 24 juillet 2006, lesquelles en six occasions au moins ont frappé le complexe résidentiel de Nada très peuplé, près d’une vaste zone découverte à partir de laquelle les Palestiniens tiraient des roquettes. Les tirs de l’IDF ont tué quatre civils dont deux enfants, ont fait 14 blessés et forcé des centaines de familles à prendre la fuite.

« L’incident des Appartements Nada montre comment les actions des Palestiniens tout comme celles des Israéliens se sont avérées fatales aux civils », a déclaré Stork. « Il semble que les Palestiniens déplaçaient les sites de lancement plus près des appartements, mettant les habitants en danger, tandis que l’IDF a frappé directement les appartements, malgré les avertissements en temps réel selon lesquels des civils étaient en train d’être tués. Ces deux pratiques violent le droit humanitaire international. »

Human Rights Watch a appelé Israël à conduire des enquêtes complètes et indépendantes sur les tirs qui ont frappé la plage en juin et les Appartements Nada en juillet, ainsi que sur l’attaque de novembre 2006 qui a mené à la suspension des bombardements. Human Rights Watch a déclaré qu’Israël devrait enquêter et, le cas échéant, punir ou poursuivre les individus pouvant être responsables des attaques d’artillerie constituant une grave violation des lois de la guerre.

Human Rights Watch a appelé l’Autorité palestinienne et les dirigeants des factions politiques à condamner et à proscrire les tirs de roquettes dirigés vers les populations civiles ou ne pouvant pas faire la distinction entre civils et combattants. L’Autorité palestinienne devrait prendre des mesures concrètes pour empêcher que de telles attaques soient lancées depuis le territoire se trouvant sous sa juridiction, et enquêter sur les responsables de ces attaques et les poursuivre, a insisté Human Rights Watch. Le Hamas, qui a récemment pris le contrôle de Gaza, doit adopter des mesures similaires pour empêcher des attaques comme celle du 20 juin 2007.