(Dakar, le 17 janvier 2007) – Une grève nationale continue en Guinée cette semaine, marquée par des tensions et des violences. Human Rights Watch a appelé aux forces de sécurité de faire preuve de retenue en ripostant aux manifestations et de respecter le droit fondamental à la vie, ainsi que les libertés d’expression et de réunion. Dans le passé, les forces de sécurité guinéennes ont riposté en tuant des manifestants non armés et en attaquant des observateurs.

Durant des conflits violents le 15 janvier entre les manifestants d’un côté et la police et les gendarmes de l’autre, quelques manifestants ont brûlé des pneus, jeté des pierres, brisé des fenêtres de voitures, et selon la police, auraient essayé de s’introduire dans un commissariat de police. Les forces de sécurité ont tiré en l’air, utilisé du gaz lacrymogène, et détenu et battu de nombreux manifestants. Selon des sources de Human Rights Watch, les forces de sécurité ont aussi volé aux manifestants et aux habitants. Au cours du week-end, le gouvernement a interdit toute manifestation, marche et assemblée dans la ville capitale de Conakry, et la police a brièvement détenu 12 membres d’une organisation de la société civile aidant à organiser la grève.

“Les forces de sécurité de la Guinée ont un mauvais parcours quand il s’agit de gérer des manifestations,” a dit Peter Takirambudde, directeur de la division Afrique à Human Rights Watch. “Le gouvernement doit assurer que les forces de sécurité guinéennes n’abusent pas des manifestants.”

Cette grève, qui est la troisième grève à avoir lieu en un an, a commencé le 10 janvier, fermant les écoles, les magasins, et les marchés à travers tout le pays. Les deux syndicats les plus puissants du pays ont appelé à la grève pour récuser les conditions économiques qui se dégradent, y inclus l’inflation galopante et le problème de la corruption. Dans une réunion avec le président de santé précaire Lansana Conté le 15 janvier, les dirigeants des syndicats ont présenté Conté avec un ultimatum : nommer un nouveau premier ministre et céder le pouvoir, ou se trouver face à des grèves généralisées.

Depuis 2005 il y a eu plusieurs incidents où les forces de sécurité guinéennes ont tiré sur des manifestants non armés. Plus récemment, en juin 2006, les forces de sécurité ont tiré sur au moins 13 manifestants non armés dans une répression sauvage de manifestations contre les prix grimpants. Des douzaines de guinéens, dont beaucoup n’étaient que des simples observateurs, ont été sévèrement battus, volés, et dans quelques cas, violés par les forces de sécurité.

Le gouvernement guinéen est tenu d’honorer les obligations légales qui lui incombent en vertu de plusieurs traités internationaux et africains relatifs aux droits humains – notamment le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples. Ces obligations exigent que le gouvernement respecte le droit à la vie et les libertés d’expression et de réunion. Human Rights Watch a appelé le gouvernement à rester vigilant et de faire preuve de retenue afin d’assurer le respect de ces obligations.

Human Rights Watch a également appelé les forces de sécurité guinéennes à respecter les Principes de base des Nations unies sur le recours à la force et l'utilisation des armes à feu par les responsables de l'application des lois lorsqu’elles accomplissent des tâches de police lors de démonstrations. Ces principes exigent que les responsables de l’application des lois, dans l'accomplissement de leurs fonctions, aient recours autant que possible à des moyens non violents avant de faire usage de la force. Lorsque l'usage légitime de la force est inévitable, les responsables de l'application des lois doivent en user avec modération et leur action doit être proportionnelle à la gravité de l'infraction.