(Bruxelles, le 5 janvier 2007) – A la veille du cinquième anniversaire de l’ouverture du centre de détention de Guantanamo Bay, Human Rights Watch a dénoncé les détentions qui y sont pratiquées actuellement, les qualifiant d’atteinte scandaleuse au respect des droits humain par les Etats-Unis. L’organisation de défense des droits humains a appelé l’Union européenne à exercer des pressions sur les Etats-Unis pour que ces derniers engagent des poursuites judiciaires ou libèrent les quelque 400 détenus, et pour qu’ils rétablissent le droit de ces derniers à accéder aux tribunaux.

C’est le 11 janvier 2002 que les 20 premiers détenus sont arrivés à Guantanamo Bay (Cuba), encapuchonnés et enchaînés. Aujourd’hui, près de 400 hommes y sont retenus, sans avoir le droit de contester la légalité de leur détention devant des tribunaux américains.

« L’emprisonnement de centaines d’hommes à Guantanamo sans inculpation est un désastre politique et juridique aux proportions historiques », a déclaré Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Il est temps de mettre un terme à l’expérience de Guantanamo. L’Union européenne peut aider Washington en ce sens ».

En juillet, les gouvernements de l’Union européenne ont, pour la première fois, lancé un appel collectif à la fermeture de Guantanamo. L’UE devrait à présent conjuguer assistance et pressions afin d’inciter les Etats-Unis à fermer le centre de détention, a souligné Human Rights Watch.

Actuellement, le feu vert a été donné pour libérer deux douzaines de détenus environ – dont 16 Ouïghours chinois –, les Etats-Unis ayant conclu que ces derniers ne représentaient aucun risque pour eux ou leurs alliés. Mais ces personnes n’ont nulle part où aller. Les USA ont également estimé – à juste titre – qu’ils ne pouvaient pas renvoyer ces personnes dans leurs pays d’origine en raison du risque réel de torture ou d’exactions auquel elles seraient exposées. Elles sont toujours emprisonnées à Guantanamo, certaines cinq ans après avoir été arrêtées et placées en détention.

Pour des raisons pragmatiques et humanitaires, l’UE devrait aider à la réinstallation d’une partie de ces hommes, a déclaré Human Rights Watch.

Un certain nombre de résidents de l’UE – notamment du Royaume-Uni et de l’Italie – sont toujours détenus à Guantanamo. L’UE devrait insister pour qu’ils soient libérés et elle devrait aider à la réinstallation de ces personnes, estime Human Rights Watch.

« Les Etats-Unis ont créé le problème et il leur incombe aujourd’hui de le résoudre. L’UE devrait toutefois apporter son concours en accueillant certains détenus », a déclaré Roth.

Aider Washington à réinstaller certains détenus fournirait par ailleurs à l’UE un moyen de pression supplémentaire pour pousser les Etats-Unis à inculper ou libérer les détenus restants et à appliquer les normes de procès équitable à ceux qu’ils envisagent de poursuivre en justice. L’UE devrait exiger que les Etats-Unis jugent les détenus accusés de délits selon des procédures transparentes et équitables qui respectent les normes internationales en la matière, a fait valoir Human Rights Watch.

L’UE devrait insister pour que Washington restitue aux détenus le droit de mettre en question le bien-fondé de leur détention devant un tribunal. L’automne dernier, le congrès américain sortant a adopté une loi qui prive les détenus de tout accès à des tribunaux pour contester la légalité de leur détention ou du traitement qui leur est infligé, même dans le cas de tortures et même après leur libération. Ce déni d’un droit fondamental constitue un dangereux précédent – lequel pourrait revenir hanter l’UE et les Etats-Unis si d’autres se prenaient à jouer les imitateurs.

L’UE devrait en outre inciter la Maison Blanche à engager des poursuites à l’encontre de tous les militaires et tous les civils responsables d’exactions sur des détenus, notamment ceux se trouvant au somment de la chaîne de commandement. L’Allemagne pourrait tout particulièrement encourager ces actions si la justice allemande autorisait à donner suite à une plainte déposée contre l’ex-secrétaire à la défense, Donald Rumsfeld, et d’autres responsables politiques américains pour les présumés crimes de guerre commis à Guantanamo et en Irak à Abou Ghraïb.

La dernière fois que de telles plaintes ont été déposées, il y a deux ans, les tribunaux allemands les ont rejetées au motif que l’on pouvait s’en remettre aux Etats-Unis pour juger leurs propres criminels de guerre. Le refus de l’Administration Bush d’approuver un examen indépendant des actions de ses hauts responsables montre que de tels égards ne se justifient plus.

« Si une enquête est réellement ouverte en Allemagne à propos de ces allégations, la gêne qu’elle engendrera poussera peut-être les Etats-Unis à mettre eux-mêmes ces dossiers à l’instruction judiciaire », a conclu Roth.