Le gouvernement de transition en République Démocratique du Congo doit traduire en justice le seigneur de guerre Maï Maï qui s’est récemment rendu. Connu sous le nom de Gédéon, cet homme est accusé de crimes de guerre dans la province du Katanga, au Sud-Est du pays, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Kyungu Mutanga, alias Gédéon, s’est rendu vendredi aux soldats de la force de maintien de la paix des Nations Unies, la MONUC mais il n’a pas encore été inculpé. Human Rights Watch a encouragé la force de maintien de la paix des Nations Unies à veiller à ce que Gédéon soit traduit en justice pour crimes de guerre, suite à des meurtres et des actes de torture sur des dizaines de personnes.

« La reddition de Gédéon est une bonne nouvelle pour les victimes des atrocités commises par les Maï Maï au Katanga, » a déclaré Alison Des Forges, conseillère à la division Afrique de Human Rights Watch. « Il doit maintenant être jugé pour les très nombreux crimes de guerre qu’il est soupçonné d’avoir commis. Ceci représenterait une excellente nouvelle pour la justice dans tout le Congo. »

En avril, des témoins au Katanga ont raconté aux chercheurs de Human Rights Watch comment les combattants, sous commandement de Gédéon et d’autres responsables Maï Maï, avaient tué, violé et commis d’autres types d’abus contre des civils depuis 2002. Dans certains cas, les Maï Maï ont publiquement torturé des victimes avant de les tuer lors de cérémonies publiques censées terroriser les populations locales.

Le 12 mai, Gédéon s’est rendu a la MONUC à Mitwaba, dans la province du Katanga central, accompagné par un groupe de plus de 150 combattants, la plupart étant des enfants soldats. Il aurait refusé de se rendre directement aux autorités militaires congolaises par crainte d’être tué ou torturé. Human Rights Watch a appelé la MONUC à fournir à Gédéon un lieu de détention sûr pendant la durée de son procès.

« Les Nations Unies ne devraient pas remettre Gédéon aux autorités militaires congolaises si on peut légitimement craindre torture et mauvais traitements, » a déclaré Des Forges. « La justice ne profite pas des nouveaux abus qui seraient commis contre une personne elle-même responsable d’abus. Les autorités congolaises doivent veiller à ce que Gédéon et les autres combattants Maï Maï bénéficient d’un procès équitable. »

Les Maï Maï au Katanga forment une force de défense locale soutenue par le gouvernement congolais lorsqu’il s’est engagé dans un conflit armé avec le Rwanda, l’Ouganda et d’autres belligérants. Après la guerre, le gouvernement national a cherché à intégrer les Maï Maï dans une armée nationale mais n’y est pas parvenu. De plus en plus hostiles au gouvernement, les responsables Maï Maï ont pris le contrôle de vastes régions du Katanga central et ont commencé à s’opposer à leur ancien allié, l’armée congolaise.

Initialement populaires parce que perçus comme étant responsables de la résistance locale aux étrangers, Gédéon et d’autres Maï Maï sont maintenant considérés par les civils du Katanga comme des oppresseurs prenant pour cibles les personnes qui s’opposent à leur contrôle notamment les chefs traditionnels, les responsables du gouvernement, les femmes soi-disant douées de pouvoirs surnaturels et plus récemment, les personnes s’étant inscrites pour voter lors des prochaines élections nationales congolaises.

Fin novembre, par exemple, un groupe de Maï Maï associé à Gédéon est entré dans le village de Masombwe au centre du Katanga et a rassemblé les personnes disposant de cartes d’électeurs en les accusant d’être des traîtres. Après avoir publiquement détruit leurs cartes, les combattants Maï Maï ont sélectionné un groupe de dix hommes, les ont éloignés du village et les ont exécutés.

L’année dernière, face à l’hostilité croissante de la population et par crainte des soldats de l’armée, Gédéon a ordonné à des milliers de personnes du centre du Katanga de quitter leurs villages pour se rendre dans la forêt. Les combattants Maï Maï ont alors brûlé leurs maisons et ont forcé des centaines d’hommes jeunes et adultes à rejoindre le mouvement. Les Maï Maï ont non seulement recours aux menaces et à la force mais ils exploitent également les peurs que suscite localement la sorcellerie en prétendant disposer de pouvoirs spéciaux, faisant ainsi plier les gens.

En novembre, l’armée congolaise a lancé des opérations contre les Maï Maï, contribuant à intensifier le mouvement de fuite des civils. Les Nations unies estiment qu’environ 165000 personnes ont été déplacées dans le centre du Katanga, beaucoup n’ayant ni accès à la nourriture ni à une aide médicale.

Les autorités congolaises ont nommé à des postes de généraux dans l’armée nationale d’anciens seigneurs de guerre originaires d’autres régions du Congo comme l’Ituri et les Kivus. Par ce geste, le gouvernement congolais a ignoré des informations dignes de foi qui faisaient état de l’implication de ces seigneurs de guerre dans des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En 2004, Gédéon et d’autres responsables Maï Maï ont exigé des postes militaires de haut rang en échange de leur reddition. Certains responsables Maï Maï de moindre importance au Katanga qui se sont depuis lors rendus ont été nommés colonels et majors dans l’armée nationale.

« La pratique consistant à nommer des seigneurs de guerre à des postes de haut rang dans l’armée récompense les responsables de crimes de guerre, » a déclaré Des Forges. « L’arrestation et le procès équitable de Gédéon montreront au contraire que les crimes de guerre vont être punis. Ce sera une leçon très utile pour le Congo et la région. »