(New York, le 10 décembre 2004)— L'Union africaine doit accélérer le déploiement de ses troupes au Darfour et chercher à étendre leur mandat afin de protéger les civils, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui dans une lettre adressée au Président nigérian Olusegun Obasanjo, l'actuel président de l'UA. Tout accord entre le gouvernement soudanais et les groupes rebelles du Darfour, qui doivent reprendre les pourparlers de paix vendredi dans la capitale nigériane, Abuja, doit contenir des dispositions sur les droits humains.

Les civils vivant dans les zones rurales du Darfour, loin des bases actuelles de l'Union africaine, continuent d'être en butte à des attaques alors que les forces gouvernementales soudanaises et leurs milices janjawids mènent une campagne visant à consolider le nettoyage ethnique et à empêcher les paysans de retrouver leur autosuffisance. L'Union africaine devrait demander au Conseil de Sécurité des Nations Unies les pleins pouvoirs pour protéger les civils. Human Rights Watch a également appelé l'Union africaine à déployer sans délai au Darfour sa force de supervision élargie de 3.500 hommes et à faire pression sur la communauté internationale pour bénéficier d'une aide accrue afin d'y parvenir.

“L'Union africaine n'a encore que 900 hommes et observateurs sur le terrain au Darfour et le mandat de ces forces n'inclut pas la protection des centaines de milliers de civils qui risquent toujours de faire l'objet d'attaques” a expliqué Peter Takirambudde, directeur à la Division Afrique de Human Rights Watch. “Il faut qu'elles garantissent la sécurité des zones rurales du Darfour dans les plus brefs délais afin qu'1,8 million de personnes puissent retourner chez elles volontairement et sans danger.”

Alors que, sous les auspices de l'Union africaine, le gouvernement soudanais reprend à Abuja les négociations avec deux groupes rebelles du Darfour, il doit par ailleurs veiller à respecter la date-butoir du 31 décembre fixée par le Conseil de Sécurité de l'ONU pour finaliser les accords de Naivasha avec le mouvement rebelle du sud afin de mettre un terme à une guerre civile de 21 ans. La non-inclusion dans les accords de Naivasha de dispositions visant à poursuivre les responsables des crimes perpétrés au cours de cette guerre, menée en grande partie dans le sud, fait en sorte que les dirigeants politiques et militaires soudanais responsables de ces atrocités seront à l'abri de tout châtiment, ce qui encourage davantage encore les exactions qu'ils commettent au Darfour, a déclaré Human Rights Watch.

“Une nouvelle fois, le gouvernement soudanais arme et dirige des milices ethniques pour qu'elles pratiquent au Darfour la même politique de la terre brûlée et de déplacements massifs que celle employée de manière implacable dans le sud,” a dénoncé Takirambudde. “Si la communauté internationale ne veille pas à ce que les autorités soudanaises répondent des crimes commis au Darfour, leurs atrocités se poursuivront.”

Le gouvernement soudanais continue à utiliser des hélicoptères de combat et des avions Antonov pour attaquer les civils au Darfour et il n'a pris aucune mesure pour “neutraliser et désarmer les milices armées/janjawids,” en violation du Protocole de sécurité signé le 9 novembre entre Khartoum et deux groupes rebelles darfouriens. Pendant ce temps, tant les rebelles que le gouvernement ont, à maintes reprises, violé le cessez-le-feu négocié sous l'arbitrage de l'UA, sans que cela ne porte vraiment à conséquence.

Etant donné que le gouvernement soudanais n'a pas respecté les résolutions de l'Union africaine et du Conseil de Sécurité prévoyant de désarmer et de traduire en justice les milices janjawids, étant donné aussi qu'il a refusé de suspendre son soutien à leurs pillages et de protéger plutôt les civils, Human Rights Watch a appelé le Président Obasanjo à recommander de priver le Soudan de son droit de vote au sein de l'Union africaine. Cette dernière devrait également revenir sur sa décision d'organiser sa 5e Assemblée des Chefs d'Etat et de Gouvernement à Khartoum en juillet 2005 et empêcher ainsi le Soudan d'assumer pendant un an la présidence de cet important organe régional émergent.

“L'Union africaine doit démontrer qu'elle ne tolérera pas le mépris persistant qu'affiche Khartoum à l'égard des principes et idéaux sur lesquels l'Union africaine a été fondée,” a ajouté Takirambudde. “Le sort des habitants du Darfour est en jeu. La crédibilité de l'Union africaine l'est aussi.”