(New York, le 5 novembre 2004) – Le 9 novembre prochain, Human Rights Watch rendra un grand hommage à Maître Honoré Musoko, un courageux avocat des droits de l'homme dont le travail a mis au jour les violations massives des droits humains commises en Ituri, dans le nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC).

Maître Musoko est directeur de Justice Plus, l'une des rares organisations des droits humains encore actives en Ituri. Justice Plus surveille les violations des droits de l'homme, organise des programmes d'éducation aux droits humains et intervient directement dans les cas individuels pour mettre un terme aux exactions lorsque cela s'avère possible.

Lors de ses recherches sur les crimes de guerre et les crimes contre l'humanité en Ituri, Human Rights Watch a travaillé en étroite collaboration avec Justice Plus et Maître Musoko, lequel a fait preuve d'un courage hors du commun lorsqu'il a dénoncé les massacres ethniques, les viols et les tortures qui ont marqué le conflit au Congo.

“Seule la voix de Maître Musoko s'est élevée pour dénoncer les terribles atrocités perpétrées en Ituri,” a déclaré Anneke Van Woudenberg, chargée de recherche à la Division Afrique de Human Rights Watch. “Sa détermination à parler ouvertement en dépit des menaces pesant sur sa personne a contribué à faire connaître les exactions commises contre les civils, qui autrement seraient passées inaperçues.”

Au péril de sa vie, Maître Musoko s'est souvent dressé contre les exactions généralisées perpétrées par les groupes armés en Ituri. En septembre 2002, il a été arrêté et emprisonné pendant quatre jours après avoir accordé un entretien à la radio à propos des massacres ethniques ayant lieu en Ituri. Il a été forcé de fuir la région en février 2003 lorsqu'il a été menacé pour avoir défendu des civils emprisonnés pour des motifs fallacieux. Le bureau de Justice Plus, l'organisation des droits humains qu'il a cofondée, a été saccagé et ses collègues sur place ont dû se cacher.

En raison des menaces de mort proférées à son égard, Maître Musoko a dû partir en exil en 2003 et il vit actuellement à l'étranger. Ses collègues sur place poursuivent son courageux travail et sont confrontés à des menaces similaires. Le 29 septembre, deux militants de Justice Plus ont été arrêtés et emprisonnés pour avoir publié un rapport critiquant les exactions commises par les responsables judiciaires locaux. Les deux militants ont été libérés le jour suivant après une intervention de Human Rights Watch et d'autres organisations.

Human Rights Watch a déclaré que l'Ituri était l'une des régions les plus durement touchées par la guerre qui dévaste le Congo depuis cinq ans. Des groupes armés rivaux ont perpétré des massacres ethniques, des viols et des tortures dans cette région du Congo riche en minerais. Selon les estimations des Nations Unies, le conflit local opposant les groupes ethniques Hema et Lendu alliés à des groupes rebelles nationaux et appuyés par l'étranger, notamment l'Ouganda et le Rwanda, a coûté la vie à 60.000 personnes depuis 1999.

Justice Plus est également active dans des programmes de gestion de conflits qui aident les citoyens locaux à faire pression pour que justice soit faite. En janvier, les tribunaux locaux ont repris leur travail après avoir été fermés en mai 2003 lorsque les juges avaient dû fuir en raison d'une détérioration des conditions de sécurité.

Au cours des huit derniers mois, les combats ont diminué dans la région mais les violations des droits humains persistent. Le mois passé, des milices armées ont torturé 24 civils dans une ville, en tuant six d'entre eux. La violence sexuelle et le recrutement d'enfants soldats sont courants.

Le 23 juin, la Cour Pénale Internationale (CPI) a commencé à enquêter sur les crimes de guerre en RDC. Le procureur de la CPI a déclaré l'année dernière que l'Ituri constituait une région prioritaire pour la Cour.

“L'Ituri a désespérément besoin de justice,” a souligné Van Woudenberg. “Grâce au travail de Maître Musoko et de ses valeureux collègues de Justice Plus, une lueur d'espoir brille, celle que les auteurs des exactions pourront être appelés à répondre de leurs actes.”