Le gouvernement de Djibouti devrait immédiatement libérer le journaliste et leader de l'opposition, Daher Ahmed Farah, qui est sous les verrous, annuler l'amende lui imposée et lui permettre de reprendre la publication de son journal, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

" La condamnation de Farah viole la loi internationale de protection de la liberté d'expression, " a précisé Peter Takirambudde, directeur de Human Rights Watch pour l'Afrique. " C'est decevant qu'un pays qui a si récemment promis de faire respecter les normes internationales les ait violées de façon si flagrante. "

Djibouti a adhéré à l'Accord International sur les Droits Civils et Politiques qui protègent la liberté d'expression en février 2003.

Farah est en prison depuis le mois d'avril pour avoir publié un article qui critiquait le chef d'Etat-major de l'armée. Il est détenu en isolement dans une cellule de 8 sur 5 pieds, presque sans ration d'eau, et sous des températures qui dépassent 40 degrés Celsius (104 degrés Fahrenheit).

Il a été acquitté d'une accusation de diffamation lors d'un procès, mais le verdict a été renversé en appel. En plus de sa peine de prison, la cour d'appel a ordonné à Farah de payer en dommages et intérêts 13 millions de francs djiboutiens (environ 74.00 dollars américains) et une amende criminelle de 1 million de francs djiboutiens (environ 5.500 dollars américains).

C'est là d'énormes sommes dans un pays où le revenu moyen par individu est de moins de 800 dollars américains.

Farah est président du Mouvement pour le Renouveau Démocratique et le Développement, un parti politique d'opposition. Il est également éditeur et patron de le Renouveau, un hebdomadaire qui est un des rares débouchés dans le monde médiatique au Djibouti qui n'appartiennent pas au gouvernement ou à ses alliés et qui ne soient pas sous leur contrôle. Etant donné que le gouvernement et ses alliés occupent tous les sièges à l'assemblée nationale, le peu de journaux indépendants constituent le seul forum d'expression disponible à l'opposant politique.

Human Rights Watch a envoyé aujourd'hui une lettre au président de Djibouti, Ismaël Omar Guelleh, appellant à la libération immédiate et sans condition de Farah et à l'abrogation de la loi du pays de la Corne de l'Afrique, sur la diffamation. Human Rights Watch déclare que la condamnation de Farah, les conditions de sa détention et l'interdiction de son journal " non seulement violent la loi internationale, mais aussi ne servent qu'à détruire les idéaux démocratiques repris dans la Constitution de Djibouti et à menacer la légitimité des institutions de l'Etat. "