(New York) - Des centaines de milliers de Rwandais ont participé, à l'échelle nationale et par voie de scrutin, aux élections des administrateurs locaux le 6 mars; mais pour beaucoup le choix au cours de ce scrutin comptait pour peu, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch. Près de 45 pour cent des compétitions avaient un candidat unique. Plus de cent des 4,650 places, n'avaient pas de candidat du tout, selon les statistiques du gouvernement rwandais.

"Ce processus a comporté des défauts dès le départ, et ceux-ci sont de loin plus graves que les quelques irrégularités observées le jour du scrutin," a confié Peter Takirambudde, Directeur de la Division africaine de Human Rights Watch. "Une compétition sans opposition n'en est pas une."
Dans certains secteurs où il y avait plus d'un candidat, le scrutin devait confirmer les choix qui avaient été dictés à l'avance par les autorités supérieures.

L'opération organisée d'une façon très serrée s'est poursuivie hier, 8 mars, et une partie de ceux venant d'être élus se sont joints aux autres choisis il y a deux ans afin d'élire un maire et un conseil exécutif pour les 106 districts du pays.

Plus de 90 pour cent des personnes éligibles pour voter s'étaient fait inscrire, et grand nombre d'entre elles se sont présentées aux urnes. Cependant, certains électeurs ont affirmé à Human Rights Watch qu'ils s'étaient exécutés par peur d'encourir une amende ou d'autres punitions. Une vielle femme provenant de la campagne a précisé à Human Rights Watch qu'elle trouvait son bulletin insignifiant mais qu'elle croyait que voter est obligatoire. D'autres électeurs ont expliqué que le système indirect dans les élections des maires accordait trop d'importance aux voix des responsables choisis il y a deux ans et donc a diminué l'importance de leurs voix. Certains se sont rappelé des élections des années 1960 quand on a élu par vote direct les chefs des districts alors appelés communes.

Dans certains endroits où les autorités se sont retrouvées sans assez de candidats, elles ont exercé la pression sur les citoyens pour qu'ils posent leurs candidatures. Plusieurs fonctionnaires de l'Etat ont confié à Human Rights Watch qu'ils avaient accepté de contester des postes communautaires à temps partiel de peur de se voir démis de leurs fonctions.

Les autorités auraient découragé certains candidats qu'elles jugeaient indésirables. L'un d'entre eux a retiré sa candidature après avoir été visité par des soldats et un autre après avoir subi, par téléphone, des menaces d'arrestation. Trois autres, un à l'Est et deux au centre du pays, qui voulaient se porter candidats, auraient été arrêtés.

Les partis politiques ont été empêchés d'exercer quelque activité électorale que ce soit, mais en certains endroits les leaders du Front Patriotique Rwandais, le parti dominant dans le gouvernement, ont indiqué leur préférence pour l'un ou l'autre candidat. La campagne était limitée à une période de quinze jours et ne pouvait se dérouler que dans le strict respect des conditions fixées par la commission électorale. Par endroits, les candidats se sont adressés au public une fois seulement et très brièvement. Quiconque violait les règles, en mentionnant l'appartenance à un parti politique par exemple, était passible d'une lourde amende et d'un emprisonnement allant de trois à cinq ans.

Depuis 1994, le Front Patriotique Rwandais (FPR) et les autres partis dans le gouvernement pluripartiste ont convenu de s'abstenir des activités politiques locales pendant la période actuelle de transition jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement national. Mais en effet le FPR recrute - activement et quelquefois agressivement - des membres et tente de s'organiser d'autres manières dans beaucoup de communautés. Un haut fonctionnaire du FPR a reconnu que beaucoup de nouveaux membres ont été inscrits avant les élections. Il a dit à Human Rights Watch que le processus d'inscription avait été initié par les nouveaux membres plutôt que par le parti lui-même. Il a aussi fait valoir que leur refuser de s'inscrire aurait constitué un viol au droit d'expression politique. Commentant ce point de vue, Takirambudde a affirmé: "C'est malheureux que les Rwandais qui auraient souhaité adhérer à d'autres partis n'ont pas eu la même liberté."

Dans une province du Nord, Gisenyi, on a fait état des incidents mineurs. En un endroit, un membre de la Force de Défense Locale, une milice organisée par le gouvernement, a battu les électeurs sur la ligne des urnes et une femme a dû être hospitalisée. Dans d'autres cas, les membres de la Force de Défense Locale surveillaient de très près les électeurs en train de voter dans des isoloirs eux-mêmes partiellement ouverts au regard scrutateur du public. A plusieurs stations de vote, les officiels n'ont pas suivi le règlement établi pour éviter la fraude; dans la totalisation des bulletins à la fin du scrutin par exemple.

Les observateurs locaux et étrangers ont été invités pour contrôler le scrutin, mais les pièces leur ont été remises tard, le soir précédant les élections, avec pour résultat l'impossibilité d'observer les activités pré-électorales telles que les inscriptions ou les campagnes. Il a été difficile pour certains d'arriver à temps aux stations de vote éloignées avant le début des élections le jour suivant.