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Burkina Faso : Un groupe armé islamiste a ciblé des civils

Le GSIM a mené une attaque meurtrière contre un site minier, et a manifestement utilisé des engins explosifs interdits dans une province du nord

Une vue du département de Ouahigouya, au Burkina Faso, le 25 octobre 2021. © 2021 Nicolas Maeterlinck/Belga Mag/AFP via Getty Images
  • Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026.
  • Les attaques illégales menées sans relâche par le GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, et les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre.
  • Les autorités burkinabè devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables.

(Nairobi) – Un groupe armé lié à Al-Qaïda a tué au moins 27 civils lors de deux attaques menées dans la province du Yatenga, dans le nord du Burkina Faso, en septembre 2026, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Ces attaques ont violé le droit international humanitaire, et sont susceptibles de constituer des crimes de guerre.

Le 1er septembre, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin, JNIM) a attaqué un site d’extraction d’or à Soubo, dans le département de Ouahigouya, tuant 24 civils, en blessant au moins 20 autres et incendiant des biens. Le 5 septembre, trois civils à moto, dont un enfant, ont été tués par une arme explosive sur un chemin de terre près du village de Mera, également dans le département de Ouahigouya. Selon les habitants de la région, le GSIM y avait placé un engin explosif improvisé (EEI).

« Les attaques illégales menées sans relâche par le groupe armé GSIM exposent les civils à de graves risques à travers le Burkina Faso », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheuse senior sur le Sahel à Human Rights Watch. « Les autorités devraient d’urgence renforcer la protection des communautés menacées, enquêter sur les abus et juger les responsables lors de procès équitables. »

Graphique © 2026 Human Rights Watch.

En septembre et en octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens à distance avec 15 personnes, dont 4 témoins de l’attaque de Soubo et 3 témoins de l’attaque de Mera, ainsi que des défenseurs des droits humains et des journalistes. Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre vidéos mises en ligne montrant les conséquences de l’attaque de Soubo, et a analysé des images satellite et des données de détection d’incendies afin de corroborer les témoignages.

Le 1er septembre, vers 1 heure du matin, plus de 60 combattants du GSIM circulant à moto ont pris d’assaut un site d’exploitation artisanale d’or, situé à environ 1,5 kilomètre au nord-ouest du village de Soubo. Ils ont tiré sur les civils qui dormaient et travaillaient sur place, ainsi que sur ceux qui tentaient de s’enfuir.

« J’ai vu des dizaines de blessés, beaucoup par balles, d’autres qui sont tombés en fuyant et ont eu leurs jambes ou bras fracturés », a raconté un homme de 45 ans. Il a ajouté que les personnes blessées par balle avaient été soignées au centre hospitalier universitaire régional de Ouahigouya. Des témoins ont indiqué que l’attaque avait duré environ deux heures. Craignant de nouvelles attaques, les habitants sont restés éloignés du site minier pendant deux à trois jours.

Au cours de l’attaque, les combattants du GSIM ont détruit des centaines de structures temporaires, telles que des hangars et des huttes, ainsi que des motos et des outils d’exploitation minière.

Dans sa réponse du 30 septembre ( en anglais et en arabe) à un courrier de Human Rights Watch, le Comité chariatique du GSIM a reconnu que les forces du GSIM avaient attaqué Soubo, mais a affirmé que les victimes étaient des membres des milices alliées au gouvernement, connues sous le nom de Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), et « non des civils ». Cependant, des témoins ont indiqué à Human Rights Watch que les militaires et les VDP n’étaient pas présents pendant l’attaque ni stationnés sur le site, même s’ils patrouillaient parfois dans les environs.

Les sites miniers sont des sources de revenus lucratives pour le GSIM au Burkina Faso. Le groupe armé exploite les économies minières pour générer des revenus par la « taxation » et l’extorsion, recruter de nouveaux combattants, garantir l’approvisionnement en biens essentiels et étendre son contrôle territorial.

Des témoins ont expliqué que, selon eux, le GSIM, qui compte de nombreux Peuls parmi ses combattants, avait attaqué le site en représailles au ciblage des Peuls par l’armée depuis 2022. Des communautés peules, ont-ils précisé, avaient également travaillé sur ce site d’extraction d’or, mais elles avaient été tuées et victimes d’autres abus de la part des militaires et des VDP, qui les considéraient comme des collaborateurs du GSIM. Un homme de 45 ans a raconté que, alors qu’il se cachait dans une fosse pour éviter de se faire tirer dessus, il a entendu un combattant dire : « Vous nous avez chassés, mais vous n’exploiterez pas cet endroit. »

Le 5 septembre, vers 9 h 30, une arme explosive s’est déclenchée alors que des personnes circulaient à moto sur un chemin de terre situé à environ trois kilomètres du village de Mera, sur la route conduisant à Soubo et à Sissamba. Le conducteur, âgé de 40 ans, et ses deux passagers, une femme de 65 ans et un garçon de 5 ans, ont été tués. Mera se trouve près du site minier de Soubo, dans une zone où les combattants du GSIM mènent fréquemment des attaques.

Des témoins ont déclaré qu’ils n’avaient noté la présence d’aucun combattant du GSIM à proximité au moment de l’explosion, mais qu’ils avaient vu au moins quatre combattants circuler sur la piste à bord de deux motos la veille au soir.

Un motocycliste de 40 ans a raconté : « J’ai vu une [autre] moto devant moi avec trois personnes dessus et, soudain, il y a eu une explosion… La poussière s’est soulevée comme un tourbillon. J’ai entendu un grand boum qui m’a fait tomber [de la moto ]L’explosion a secoué le sol. »

Human Rights Watch n’a pas pu vérifier de manière indépendante le type d’arme explosive utilisée ni la manière dont elle a été déclenchée. Cependant, le GSIM a mené à plusieurs reprises des attaques au Burkina Faso à l’aide d’EEI.

Un rapport de 2025 d’International Campaign to Ban Landmines, une coalition mondiale d’organisations non gouvernementales, dont Human Rights Watch, qui se consacre à l’éradication des mines antipersonnel et des bombes à sous-munitions, a signalé l’utilisation d’EEI par le GSIM au Burkina Faso. En 2024, le Burkina Faso figurait parmi les pays ayant le taux de victimes le plus élevé – plus de 200 – dû aux mines antipersonnel et aux restes explosifs de guerre dans le monde.

Toutes les parties au conflit armé au Burkina Faso sont soumises à l’article 3 commun aux Conventions de Genève de 1949 et au droit international humanitaire coutumier. Le droit de la guerre interdit d’attaquer des civils, de piller et de détruire des biens civils. Les individus qui ordonnent, commettent ou aident à commettre des violations graves du droit de la guerre avec une intention criminelle peuvent faire l’objet de poursuites pour crimes de guerre. Le gouvernement burkinabè a l’obligation d’enquêter sur les crimes de guerre présumés commis sur son territoire et d’en poursuivre les responsables de manière appropriée.

« Les forces du GSIM devraient immédiatement cesser les attaques illégales contre les civils et sanctionner de manière appropriée les commandants responsables », a conclu Ilaria Allegrozzi. « Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence renforcer les efforts de déminage et accroître l’aide aux victimes d’attaques aux EEI. »

Informations complémentaires

Depuis le début de son insurrection au Burkina Faso en 2017, le GSIM a attaqué à plusieurs reprises des civils et déplacé de force des dizaines de milliers de personnes. Les forces armées du Burkina Faso et les VDP ont également commis de graves abus contre des civils, en particulier des Peuls, lors d’opérations menées contre des groupes armés islamistes. Dans un rapport publié en avril, Human Rights Watch a documenté le fait que l’armée burkinabè et les milices alliées ont ciblé les communautés peules en raison de leur soutien présumé aux groupes armés islamistes, conduisant au nettoyage ethnique de communautés entières.

L’organisation non gouvernementale Armed Conflict Location and Event Data (ACLED) a rapporté que le GSIM a mené 125 attaques au Burkina Faso entre janvier et août, entraînant la mort de 188 civils, dont au moins 16 dans des attaques aux EEI.

Les engins explosifs peuvent être conçus ou fabriqués pour être déclenchés par la présence, la proximité ou le contact d’une personne. Ces mines antipersonnel actionnées par la victime sont interdites au niveau international, qu’elles soient assemblées en usine ou improvisées à partir de matériaux disponibles localement. Elles peuvent également être déclenchées à distance par divers moyens peu complexes ou par un simple minuteur.

Les EEI actionnés par les victimes sont, par nature, des armes à effet indiscriminé et sont interdits par la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, que le Burkina Faso a ratifiée en 1988.

Soubo, province du Yatenga, 1er septembre

Des témoins ont déclaré avoir identifié les assaillants grâce à leurs vêtements, notamment des turbans et un drapeau blanc portant une inscription noire, caractéristique du GSIM.

« Ils portaient des armes et des turbans », a raconté un artisan minier et agriculteur de 40 ans. « Ils ont crié “Allah Akbar” et ont tiré sur les gens au hasard. » Il est avéré que le GSIM opère dans cette zone, et y mène des attaques contre les forces de sécurité gouvernementales et les civils.

« Les assaillants ont commencé en tirant partout, puis ils sont passés de hangar en hangar », a relaté la propriétaire d’un restaurant âgée de 37 ans. « Je me suis couchée dans mon restaurant et ils sont venus me trouver. […] Ils ont tiré à bout portant sur deux de mes clients, qui sont tombés devant moi. » Elle a ajouté que, lorsque les combattants du GSIM ont incendié son restaurant, elle a dû se lever pour échapper aux flammes. Un combattant a voulu la tuer, mais un autre lui a dit de la laisser partir parce qu’elle était une femme. « Ils m’ont dit : “Dis à vos maris de ne plus venir ici. Ces lieux sont pour nous.” »

Lorsque les habitants qui avaient fui le lieu de l’attaque sont revenus, ils ont retrouvé les corps des victimes gisant au sol ou à l’intérieur des fosses de la mine. « Je suis retourné sur le site trois jours plus tard et j’ai constaté les énormes dégâts, un site couvert de cendres », a décrit un orpailleur de 40 ans. « J’ai vu au moins 20 corps. Ils étaient gonflés et il en émanait une odeur nauséabonde. J’ai aidé à ramasser les corps et à les transporter pour les enterrer. » Des habitants ont indiqué que les corps ont été enterrés dans les cimetières des villages voisins de Soubo, Pirgo et Sissamba.

En juin, le ministre de l’Administration territoriale du Burkina Faso avait publié un décret suspendant les activités d’exploitation minière artisanale dans le département de Ouahigouya du 1er juillet au 30 septembre, afin de protéger les mineurs « des risques d’éboulements élevés pendant la période hivernale ». Cependant, selon les habitants, environ un millier de personnes – principalement des artisans miniers, mais aussi des commerçants, des propriétaires de petits restaurants et des enfants – se trouvaient sur le site au moment de l’attaque. Ils ont expliqué que les personnes avaient continué à travailler malgré le décret de suspension des autorités, car les fonctionnaires ne s’étaient jamais rendus sur le site pour faire appliquer la suspension ou vérifier que les activités avaient bien cessé.

« Les terroristes ont incendié de nombreux biens : des hangars abritant de petits restaurants, des motos, de petites maisons en paille, des moulins, des pompes à eau et d’autres équipements », a déploré l’orpailleur de 40 ans. « Le feu s’est propagé d’un hangar à l’autre. Mon fût et mon hangar ont également été incendiés. »

Human Rights Watch a analysé les données satellite de la NASA et a trouvé des signes de nombreux incendies sur le site minier de Soubo le 1er septembre 2026, à 1 h 11, heure locale, ce qui corrobore les témoignages.

Human Rights Watch a également vérifié et géolocalisé quatre vidéos publiées sur TikTok les 2 et 4 septembre, montrant les destructions sur le site minier. Cependant, on ne voit sur les vidéos qu’une petite partie des destructions observables sur les images satellite. Sur les images enregistrées le 10 octobre, des centaines de structures sont détruites ou ne sont plus visibles, avec des traces d’incendie sur et autour des structures partiellement endommagées, tandis que d’autres sont complètement détruites. Les images satellite enregistrées avant l’attaque, le 26 août, montrent que le site comptait au moins 800 structures, ce qui concorde avec les témoignages selon lesquels au moins 1 000 personnes se trouvaient sur le site.

Image satellite enregistrée le 10 octobre 2026, montrant des centaines de structures détruites ou n’étant plus visibles sur le site de la mine d’or de Soubo, à la suite de l’attaque menée par le GSIM le 1er septembre 2026.  Image satellite © 2026 Planet Labs PBC. Analyse et graphique © 2026 Human Rights Watch.

Human Rights Watch a examiné une liste fournie par des habitants avec les noms de 24 victimes, toutes des civils, dont trois femmes, âgées de 31, 36 et 37 ans, et 21 hommes, âgés de 27 à 45 ans.

Mera, province du Yatenga, 5 septembre

Un agriculteur de 43 ans, qui travaillait dans un champ avec d’autres hommes près de la route, a expliqué qu’il s’est précipité sur les lieux après avoir entendu l’explosion. « Arrivés, nous avons constaté un grand trou d’au moins un mètre de profondeur », a-t-il raconté. « Quelques morceaux des restes de la femme n’étaient pas loin du trou ; il ne restait plus rien du corps de la femme. L’homme avait été projeté loin du trou, près des buissons, tout comme l’enfant, qui avait perdu ses membres inférieurs. »

« L’explosion m’a coupé le souffle, la poussière m’a rempli la gorge et je ne voyais plus rien », a déclaré un homme de 37 ans. « Les débris sont montés très haut avant de retomber un peu partout. J’ai senti une odeur âcre et piquante, comme du soufre. » Il a ajouté qu’avec d’autres personnes, ils ont « pris des bâches en plastique, ramassé les corps et les parties de corps, et procédé à l’enterrement le jour même, juste après 14 heures, dans le village de Yaoua ».

Des témoins ont indiqué qu’après l’explosion, des soldats sont arrivés sur les lieux. L’agriculteur a raconté : « Les militaires sont intervenus après l’explosion pour sécuriser la zone, ont cherché d’autres engins explosifs improvisés et en ont désamorcé trois, afin que nous puissions ramasser les corps en toute sécurité et les enterrer. »

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