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Yémen : L’attaque des Houthis contre une route de Taïz met des vies en danger

Le deploiement d’explosifs sur une route indispensable à la survie des civils pourrait constituer un crime de guerre

La route de Hayjat al-Abd, une voie vitale qui relie Aden à la ville de Taïz , au Yémen, photographiée le 26 septembre 2026, avant les attaques menées par les Houthis.  © 2026 Photo by AFP via Getty Images

(Beyrouth) – Le 18 octobre, le groupe armé houthi a utilisé des explosifs pour endommager gravement une route essentielle menant à la ville assiégée de Taïz, au Yémen, mettant davantage en danger la vie et les moyens de subsistance des civils, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. 

La route de Hayjat al-Abd constitue la principale voie d’acheminement de nourriture, de médicaments et de carburant vers les habitants de la ville de Taïz, assiégée par les Houthis depuis 2015. Les combats dans cette zone opposent principalement les Houthis aux forces alignées sur le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale. La destruction délibérée de tronçons de cette route par les Houthis, si elle visait à mettre hors d’état de fonctionner des infrastructures indispensables à la survie des civils, constituerait une violation du droit de la guerre et équivaudrait à un crime de guerre. Cette attaque pourrait également avoir causé des dommages disproportionnés à la population civile.  

« L’attaque des Houthis contre la dernière voie d’approvisionnement commerciale menant à la ville de Taïz, assiégée, met encore davantage en danger les civils qui souffrent déjà de graves pénuries de nourriture, d’eau, de médicaments et de carburant », a déclaré Niku Jafarnia, chercheuse sur le Yémen et Bahreïn à Human Rights Watch. « Si l’accès des habitants de Taïz à cette voie vitale est coupé pendant une période prolongée, leur vie et leur santé pourraient être exposés à des risques encore plus graves. » 

En octobre, Human Rights Watch a mené des entretiens avec huit sources bien informées au sujet de deux attaques survenues sur cette route et de leurs conséquences, notamment des activistes de la société civile et un proche d’un témoin de l’attaque du 18 octobre. Human Rights Watch a également analysé des images satellites et vérifié des photographies ainsi qu’une vidéo provenant de sources ou publiées sur les réseaux sociaux. En 2024, Human Rights Watch s’était entretenu avec six habitants de Taïz au sujet de la difficulté à subvenir à leurs besoins fondamentaux pendant le siège imposé par les Houthis. 

Le 21 octobre, Human Rights Watch a écrit aux Houthis au sujet des attaques contre cette route, mais n’a pas reçu de réponse.

Le contrôle de Taïz est partagé depuis 2015, date à laquelle les forces houthistes ont pénétré dans le gouvernorat et encerclé sa capitale, la ville de Taïz, troisième plus grande ville du Yémen. La ville est restée sous le contrôle du gouvernement yéménite, mais les Houthis ont coupé les routes vitales qui la relient au reste du pays, notamment à la ville portuaire d’Aden, actuelle capitale du gouvernement yéménite. t

Si le droit de la guerre n’interdit pas les sièges visant des objectifs militaires, il est toutefois interdit aux forces assiégeantes d’utiliser la famine des civils comme méthode de guerre et elles doivent autoriser et faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire. Human Rights Watch a constaté que le blocage par les Houthis des routes menant à Taïz a sévèrement restreint la capacité des civils à entrer et sortir de la ville et a entravé l’acheminement de biens essentiels, notamment l’eau, ainsi que l’accès humanitaire à la population civile. 

Attaques contre la route de Hayjat al-Abd, gouvernorat de Taïz
Sites de deux attaques menées par les Houthis contre la route de Hayjat al-Abd (gouvernorat de Taïz) au Yémen, en octobre 2026. © 2026 Human Rights Watch (graphisme)

Vers 4 h du matin, le 18 octobre, les forces houthistes ont fait exploser des engins explosifs sur la route de Hayjat al-Abd, dans la localité d’al-Turba, endommageant considérablement une partie de la chaussée. Des habitants de la région ainsi que deux autres sources bien informées ont indiqué que les Houthis contrôlaient al-Turba, située à environ 75 kilomètres au sud de la ville de Taïz, depuis le 4 octobre. Depuis lors, aucun combat terrestre n’avait eu lieu dans la région, y compris la nuit de l’attaque. Rien n’indiquait non plus que les forces gouvernementales ou d’autres groupes armés tentaient de reprendre le contrôle de la zone, ce qui laisse supposer qu’aucun autre groupe n’aurait pu mener cette attaque. 

Une autre source a rapporté que l’un de ses proches lui avait dit : « C’était une explosion massive et terrifiante, tout le monde s’est réveillé. Des débris ont atterri jusqu’à ma maison. » 

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé quatre photographies et une vidéo provenant de sources montrant un ponceau endommagé sur les lacets de la route de Hayjat al-Abd. Les dégâts correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. 

Deux semaines plus tôt, des forces apparemment houthistes avaient attaqué la route de Hayjat al-Abd, à environ 85 kilomètres au sud-est de la ville de Taïz. Un activiste de la société civile à Taïz, qui s’est entretenu avec plusieurs personnes bien informées sur l’attaque, a déclaré que dans la nuit et au petit matin du 30 septembre au 1er octobre, les forces houthistes et les forces alignées sur le gouvernement yéménite se sont affrontées sur plusieurs fronts autour de Taïz. Selon ces sources, les forces houthistes se seraient infiltrées et auraient atteint la route de Hayjat al-Abd, où elles auraient placé et fait exploser des explosifs dans un ponceau situé sous la route, juste après Souq al-Wahati, un marché local. Les forces houthistes se seraient ensuite retirées. 

Deux autres sources ont fourni des récits similaires, fondés sur des échanges avec des habitants de la région. Human Rights Watch n’a pas été en mesure de déterminer de manière concluante que les forces houthistes étaient à l’origine de cette attaque. 

Human Rights Watch a vérifié et géolocalisé deux autres photographies publiées sur les réseaux sociaux le 1er octobre, montrant un ponceau endommagé sur la route de Hayjat al-Abd, au niveau du village d’al-Muharraqah, là où la route commence à monter vers la ville de Taïz. Les dégâts observés sur le ponceau sur ces images correspondent à une détonation souterraine d’explosifs. Des images satellites prises à 6 h 57 le 1er octobre montrent que le ponceau a été endommagé sur toute la largeur de la route. 

Les forces gouvernementales ont rapidement repris le contrôle de la zone après la première attaque et ont ensuite comblé la partie détruite de la route avec de la terre afin de permettre le passage des véhicules. Deux sources ont indiqué que les autorités gouvernementales avaient en grande partie fermé la route pour éviter de nouvelles attaques contre les véhicules, bien que certains véhicules aient continué à circuler. 

Depuis l’attaque du 1er octobre, toutes les routes menant à Taïz et en sortant ont été en grande partie bloquées par les forces affiliées au gouvernement yéménite et les forces houthistes en raison des hostilités. Cependant, avant la deuxième attaque, certaines fournitures, notamment de la farine, avaient encore été acheminées vers la ville de Taïz par la route de Hayjat al-Abd, ont déclaré deux acteurs de la société civile présents dans la région.

Le 14 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) des Nations Unies a toutefois déclaré que ses employés n’avaient pas pu accéder aux « plus de 600 000 personnes de Taïz qui dépendent de l’aide humanitaire », ce qui était « particulièrement alarmant » puisque la plupart des districts de Taïz sont considérés comme étant en situation d’urgence alimentaire. Le PAM a également indiqué que « les stocks de farine de blé sont presque épuisés » dans la ville et que « les réserves alimentaires restantes sur les marchés locaux ne dureront peut-être que peu de temps si les restrictions d’accès persistent ».

En vertu du droit international humanitaire, les routes sont présumées être des biens de caractère civil qui deviennent des objectifs militaires si, de par leur nature, leur emplacement, leur destination ou leur utilisation, elles contribuent effectivement à l’action militaire et si leur destruction, leur capture ou leur neutralisation procure un avantage militaire certain à ce moment-là. Même si la route de Hayjat al-Abd pouvait être qualifiée d’objectif militaire, une attaque serait illégalement disproportionnée si les dommages collatéraux attendus à l’égard des civils étaient excessifs par rapport à l’avantage militaire concret et direct escompté. Compte tenu du rôle essentiel que joue cette route dans l’accès des civils de la ville de Taïz à la nourriture, à l’eau, aux médicaments et à d’autres besoins fondamentaux, l’évaluation devrait tenir compte des conséquences raisonnablement prévisibles de sa détérioration ou de sa fermeture. 

Les Houthis auraient dû savoir, compte tenu notamment des avertissements répétés de l’ONU, que les réserves à Taïz s’épuisaient et que de nouvelles fermetures après le 1er octobre, résultant d’attaques contre la route, pourraient avoir de graves conséquences pour les civils assiégés de Taïz qui dépendent de cette route pour subvenir à leurs besoins essentiels.

Le droit international humanitaire interdit également d’attaquer, de détruire ou de rendre inutilisables les biens indispensables à la survie d’une population civile. L’attaque du 18 octobre a perturbé la dernière voie d’approvisionnement commerciale majeure vers la ville de Taïz. La question de savoir si elle a enfreint cette interdiction dépend du fait qu’elle ait été menée dans le but de priver les civils de l’accès à des biens indispensables à leur survie. 

Les violations graves des lois de la guerre ordonnées ou commises avec une intention criminelle, c’est-à-dire délibérément ou par imprudence, constituent des crimes de guerre.

 « Les combats à Taïz pourraient avoir des conséquences désastreuses pour les centaines de milliers de civils qui ont besoin d’aide », a conclu Niku Jafarnia. « Toutes les parties belligérantes devraient veiller à protéger les civils au Yémen, qui ont déjà enduré d’énormes souffrances au cours de ces 12 années de conflit. » 

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