(Beyrouth, 14 octobre 2026) – Les Forces armées arabes libyennes (FAAL, ou LAAF en anglais), qui contrôlent l’est et le sud de la Libye, ont exécuté au moins 31 personnes depuis fin août à l’issue de procès militaires manifestement inéquitables, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch. Il s’agit des premières exécutions connues en Libye depuis 2010, et au moins 50 autres personnes détenues à la prison militaire de Gernada risquent d’être exécutées d’un jour à l’autre.
Le 23 août, le procureur militaire des FAAL a annoncé que 10 personnes avaient été exécutées par un peloton d’exécution après avoir été reconnues coupables de meurtre et d’infractions liées au terrorisme. Des organisations de défense des droits humains ont recensé un total d’au moins 31 exécutions au 10 septembre. Les FAAL, dirigées par le général Khalifa Haftar, devraient immédiatement mettre fin à toutes les exécutions et instaurer un moratoire sur la peine de mort, a déclaré Human Rights Watch.
« Les Forces armées arabes libyennes procèdent à des exécutions à l’issue de procès secrets fondés sur des aveux qui auraient été obtenus sous la torture, devant des tribunaux dont la Cour suprême de Libye elle-même a déclaré qu’ils ne devaient pas juger des civils », a déclaré Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Chaque exécution menée dans ces conditions constitue une injustice irréversible, et tout gouvernement exerçant une influence sur les FAAL devrait faire pression avec force pour empêcher la prochaine mise à mort. »
Plusieurs personnes exécutées avaient été arrêtées dans les villes de Derna et de Benghazi lors du conflit armé qui a opposé les FAAL à des groupes armés adverses entre 2014 et 2018, ou par la suite. Entre 2018 et 2021, les tribunaux militaires de l’est de la Libye ont condamné des centaines de civils lors de procès secrets visant des détracteurs réels ou présumés des FAAL, condamnant au moins 22 d’entre eux à mort.
Selon Amnesty International, bon nombre de ces condamnations reposaient sur des aveux qui auraient été obtenus sous la torture par l’Agence de sécurité intérieure, un groupe armé affilié aux FAAL. Au moins deux condamnations à mort ont été commuées en réclusion à perpétuité en appel par une juridiction militaire supérieure en 2019, mais les accusés ont néanmoins été exécutés cette année.
Les exécutions ont également eu lieu malgré un arrêt rendu en novembre 2025 par la chambre constitutionnelle de la Cour suprême de Libye, qui a déclaré inconstitutionnelle la loi n° 4/2017 dans la mesure où elle confère aux tribunaux militaires la compétence de juger des civils pour terrorisme et crimes contre l’État.
Des organisations locales de défense des droits humains ont déclaré que ces procès militaires avaient violé les droits des accusés à un procès équitable. Ils se sont déroulés à huis clos et sans préavis. Les familles des accusés, les journalistes et les organisations de défense des droits humains n’ont pas été autorisés à y assister. Plusieurs accusés se sont vu refuser le droit de choisir leur propre avocat ; quant à ceux qui en avaient un, ils n’ont pas pu recevoir de visites avant ni pendant le procès, et n’ont pas pu s’entretenir avec eux en privé. Ils n’auraient apparemment pas été autorisés à présenter leur défense devant le tribunal, ni à examiner les preuves retenues contre eux. Les verdicts ont été rendus sans que les accusés ou leurs avocats ne reçoivent de jugements écrits et motivés.
Juger des civils devant des tribunaux militaires est incompatible avec le droit à un procès équitable tel que le prévoit le droit relatif aux droits humains, et de tels procès violent le droit d’être jugé par un tribunal indépendant et impartial. En Libye, les procureurs militaires ne sont souvent pas habilités à enquêter sur des civils et manquent d’indépendance. Les procureurs et juges militaires de l’est de la Libye sont eux-mêmes affiliés aux FAAL, ou à des groupes armés alliés.
Les familles des accusés n’ont pas été informées à l’avance de la tenue des exécutions. Les autorités ont refusé de remettre les corps des personnes exécutées, ont demandé aux proches de confirmer l’identité des défunts, puis les ont enterrés en l’absence des familles et ont interdit à ces dernières d’organiser des funérailles. Les exécutions secrètes et le refus d’accorder aux familles une dernière visite constituent des violations du droit international, notamment en infligeant de graves souffrances psychologiques aux personnes exécutées et à leurs proches, en violation de l’interdiction absolue de la torture et des autres mauvais traitements.
La Libye reste divisée entre deux autorités rivales. Le Gouvernement d’unité nationale (Government of National Unity, GNU), basé à Tripoli et reconnu par la communauté internationale, contrôle l’ouest du pays, aux côtés d’agences de sécurité et de groupes armés qui lui sont affiliés. Les FAAL, ainsi que les forces et milices qui lui sont affiliées, contrôlent l’est et le sud de la Libye. Les deux camps agissent dans une impunité quasi totale.
Les Nations Unies et le GNU ont condamné ces exécutions. Les gouvernements qui financent, forment et légitiment les FAAL disposent d’un réel moyen de pression et ont la responsabilité de l’utiliser, tant en public qu’en privé, pour exhorter les dirigeants des FAAL à mettre fin à toutes les exécutions, a déclaré Human Rights Watch.
Le secteur judiciaire libyen est fragmenté et profondément polarisé. Human Rights Watch a précédemment fait état d’une législation obsolète et répressive, d’un manque de garanties d’un procès équitable et de violations généralisées des règles de procédure régulière. Des milices qui n’ont de comptes à rendre à personne contrôlent des prisons qui ne relèvent que nominalement des ministères de l’État.
Les autorités libyennes, tant à l’est qu’à l’ouest, devraient limiter la compétence des tribunaux militaires aux infractions militaires commises par des militaires et cesser purement et simplement de juger des civils devant ces tribunaux. Elles devraient réexaminer sans délai tous les cas de civils détenus et poursuivis à tort devant des tribunaux militaires et leur accorder des recours effectifs, notamment la libération, le transfert vers des tribunaux civils ou un nouveau procès conforme aux normes internationales en matière de procès équitable, en tenant compte de la peine déjà purgée.
Human Rights Watch s’oppose à la peine de mort dans tous les pays et en toutes circonstances, car elle est intrinsèquement inhumaine, d’une cruauté sans pareille et irréversible, et universellement entachée d’arbitraire, de préjugés et d’erreurs. À ce jour, 92 pays ont ratifié un protocole au Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) qui exige l’abolition de la peine de mort, reconnaissant que la peine capitale viole le droit à la vie et l’interdiction des peines cruelles, inhumaines ou dégradantes. La Libye devrait abolir la peine de mort et, d’ici là, instaurer un moratoire sur toutes les exécutions.
« Pendant plus de 15 ans, aucune exécution n’avait eu lieu en Libye, mais les FAAL ont brisé ce moratoire en l’espace de quelques semaines », a observé Bassam Khawaja. « La vie d’au moins 50 autres personnes dépend désormais de la décision des forces de Khalifa Haftar, et l’influence des gouvernements qui les soutiennent, de mettre fin ou non à cette pratique. »
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