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États-Unis : Des défaillances systémiques en matière de droits humains

Attaque du Capitole, pandémie, meurtres par la police, inégalités raciales, violations des droits des migrants, disparités économiques

Des manifestants s'agenouillent devant le commissariat de police de Long Beach, en Californie, lors d'une manifestation le 31 mai 2020. © 2020 AP Photo/Ashley Landis, File

(Washington) – Tout comme l’attaque du Capitole du 6 janvier 2021par des émeutiers, dont des suprémacistes blancs, d’autres événements comme la pandémie de Covid-19 et les meurtres par des policiers de personnes noires et basanées ont révélé en 2020 d’importantes lacunes en matière de droits humains aux États-Unis, a déclaré aujourd’hui Human Rights Watch dans l’édition 2021 de son Rapport mondial. Le président élu Joe Biden devrait non seulement rectifier les atteintes récentes aux droits humains dans ce pays, mais apporter des changements systémiques pour lutter contre les inégalités raciales persistantes, protéger les gens de l’extrémisme blanc violent, faire respecter les droits des migrants et des demandeurs d’asile et réduire les disparités économiques, y compris s’agissant des effets du changement climatique.

« L’attaque du 6 janvier est venue s’ajouter à de multiples violations des droits humains qui ont eu des effets dévastateurs sur des communautés de tous les États-Unis en 2020 », a déclaré Nicole Austin-Hillery, directrice exécutive du programme États-Unis à Human Rights Watch. « L’établissement des responsabilités de cette attaque et des autres actes criminels commis par le président sortant Donald Trump et ses partisans sont étroitement liés à la nécessité, pour l’administration Biden de s’attaquer en priorité à la fois aux problèmes de droits urgents et au racisme systémique et aux autres abus qui les sous-tendent. »

Dans son Rapport mondial 2021 (version abrégée en français), de 761 pages et dont c’est la 31e édition annuelle, Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 100 pays. Dans son essai introductif, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, soutient que la nouvelle administration américaine devrait ancrer les droits humains dans ses politiques intérieure et étrangère, afin que le respect des droits fondamentaux puisse survivre sous de futures administrations moins enclines à les défendre. Kenneth Roth souligne qu’alors que l’administration Trump abandonnait dans une large mesure la protection des droits humains, d’autres gouvernements se sont manifestés pour les défendre. L’administration Biden devrait chercher à rejoindre ce nouvel effort collectif, voire à l’accentuer, et non à le supplanter.

Les États-Unis ont affiché le nombre le plus élevé dans le monde de cas de coronavirus et de décès provoqués par l’infection, tandis que Trump et d’autres responsables gouvernementaux se livraient à de la désinformation au sujet du Covid-19. La pandémie a eu – et continue à avoir – un impact excessivement disproportionné sur les Noirs, les Latinos et les communautés autochtones, lié à des disparités de longue date en matière de santé, d’éducation et de statut économique.

Les problèmes de longue date du contrôle des infections dans les maisons de retraite médicalisées, associés à une surveillance publique réduite pendant la pandémie, ont exposé les résidents âgés déjà vulnérables à des risques encore plus élevés. De nombreux travailleurs à faible revenu, en particulier dans les secteurs de l’agriculture et de la production alimentaire, ont subi des conditions de travail dangereuses à l’origine de flambées épidémiques. Les centres pénitentiaires des États-Unis ont connu un nombre disproportionné de cas de Covid-19, ce qui a affecté non seulement les détenus mais aussi les communautés environnantes, où vivent beaucoup de personnes travaillant dans ces prisons.

Alors que des programmes fédéraux d’aide ont initialement freiné la croissance du taux de pauvreté, de nombreuses protections ont expiré en juillet et août 2020.

En réponse à la pandémie, de nombreux établissements scolaires sont passés à l’apprentissage en ligne, mais un enfant américain sur cinq en âge d’être scolarisé n’a pas accès à un ordinateur ou à une connexion Internet à haut débit à son domicile. Les fermetures sont susceptibles d’aggraver les inégalités raciales et économiques dans l’accès à l’éducation, avec un impact particulièrement significatif sur les enfants atteints de handicap.

Les meurtres par des policiers de George Floyd et de Breonna Taylor, et les tirs auxquels a survécu Jacob Blake, ont provoqué des manifestations massives à travers le pays. Les manifestants demandaient que la police soit tenue pour responsable de ses actes, la restriction de ses pouvoirs, et la refonte législative d’un système pénal discriminatoire. Les responsables des forces de de l’ordre locales et fédérales ont souvent réprimé les manifestations avec une force non nécessaire ou excessive.

Alors que certains États ont promulgué des réformes juridiques du système pénal, la grande majorité ont privilégié le déploiement policier et une politique d’incarcération agressive pour résoudre des problèmes de société structurels au lieu de consentir les investissements nécessaires dans les domaines de la santé, de l’éducation et des opportunités économiques. Il s’agit notamment de la réglementation problématique de la consommation de drogues, du logement inadéquat, des problèmes de santé mentale et de pauvreté, en particulier dans les communautés à faible revenu, noires, latinos et autochtones.

Les élus reconnaissent de plus en plus que ces disparités sont le fruit de l’esclavage. Au niveau fédéral, HR 40, un projet de loi à l’étude au Congrès proposant la création d’une commission chargée d’enquêter sur la postérité de l’esclavage et de formuler des propositions de réparations, a pris un élan sans précédent.

L’administration Trump a continué d’attaquer les droits des migrants et des demandeurs d’asile. Elle s’est servie de la pandémie comme prétexte pour fermer les frontières terrestres, y compris aux demandeurs d’asile. Les centres de rétention pour migrants, ainsi que les prisons et les centres de détention, ont connu des flambées massives de Covid-19.

L’administration Trump a également affaibli les réglementations antipollution et sa décision, prise en 2017, de se retirer de l’Accord de Paris sur le changement climatique est entrée en vigueur. Des catastrophes météorologiques dévastatrices, exacerbées par le changement climatique et le manque d’accès à l’eau potable, ont touché de manière disproportionnée les communautés à faible revenu des États-Unis. Le réchauffement planétaire a également eu des répercussions négatives sur la santé maternelle, avec un impact particulier sur les Afro-Américaines.

L’administration a poursuivi ses tentatives d’affaiblir les protections en vigueur en matière de soins et d’accès au logement pour les personnes transgenres, malgré une décision de la Cour suprême des États-Unis selon laquelle une loi fédérale interdisant la discrimination sexuelle à l’emploi interdit aussi la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre.

L’administration a également affaibli les protections des consommateurs contre les créanciers et les encaisseurs abusifs.

En politique étrangère, l’administration Trump a affaibli les institutions multilatérales, notamment en imposant des sanctions à la Cour pénale internationale. Le Département d’État américain a publié un rapport préconisant une approche hiérarchique des droits humains et reléguant l’avortement et l’égalité dans le mariage au rang de « controverses susceptibles d’alimenter la division sociale et politique ».

En s’associant à des gouvernements abusifs, l’administration Trump a bafoué le droit international des droits de l’homme et le droit humanitaire, notamment en vendant des armes à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis malgré les nombreuses violations par ces deux pays du droit de la guerre commises au Yémen. Sur une note positive, le gouvernement a sanctionné de hauts responsables gouvernementaux en Chine, en Syrie et en Ouganda pour de graves violations des droits humains.

Malgré la pandémie, l’accès au vote s’est considérablement amélioré lors des élections générales américaines de novembre, en comparaison avec les primaires du début de l’année. Bien que le résultat désigne clairement Biden comme vainqueur, Trump a continuellement porté des allégations sans fondement de fraude électorale et cherché à bafouer le droit de chacun de voir son vote pris en compte. L’attaque du 6 janvier contre le Capitole est l’évolution naturelle des mensonges et du racisme persistants s’exprimant dans les déclarations et politiques de Trump. Le programme de Biden devra prévoir d’enquêter et de demander des comptes à Trump et aux autres acteurs impliqués dans la provocation d’agressions violentes, notamment de la part de groupes suprémacistes blancs, ainsi que dans les diverses atteintes portées par Trump et d’autres dirigeants aux processus démocratiques du pays et à la primauté du droit, a déclaré Human Rights Watch. Les menaces provenant de l’extrémisme blanc violent et des autres agissements aspirant à saper la démocratie aux États-Unis restent très inquiétantes.

« Une nouvelle administration est synonyme de nouvel espoir pour la promotion des droits humains pour l’année à venir », a conclu Nicole Austin-Hillery. « En les plaçant au premier plan de ses politiques, l’administration Biden peut aider davantage les communautés aux États-Unis à vivre dignement, à se sentir en sécurité et à avoir accès à la justice, indépendamment de la couleur de leur peau. »

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