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Le dirigeant tchétchène entrave la quête de justice pour une victime de violence conjugale

L’humiliation publique de la mère d’une jeune femme décédée risque d’avoir un effet dissuasif dans d’autres cas

Le dirigeant de la république de Tchétchénie dans le sud la Russie, Ramzan Kadyrov, photographié le 13 décembre 2011. © 2011 Government.ru

Il y a deux semaines, Madina Umaeva, 23 ans, est décédée dans la république russe de Tchétchénie dans des circonstances suspectes. Auparavant, elle s'était plainte aux membres de sa famille que son mari la battait fréquemment. Le jour de sa mort, des voisins ont entendu des cris venant de sa maison, et l’un des voisins a vu Madina, gisant par terre dans la cour. Mais la belle-mère de Madina a demandé à ce voisin de repartir, lui assurant que ce n'était qu’un comportement « théâtral » de la part de Madina. 

Mais ensuite, la belle-famille de Madina l'a enterrée au milieu de la nuit, expliquant ultérieurement qu'elle avait subi une chute mortelle dans les escaliers lors d'une crise d'épilepsie. Toutefois, dans un entretien avec un journal, la mère de Madina a affirmé que sa fille ne souffrait pas d'épilepsie et a demandé une enquête. Une cousine de Madina a déclaré que la jeune femme avait décrit son mari comme étant « comme une bête enragée » lors des passages à tabac. Madina avait tenté de le quitter à plusieurs reprises, mais était « revenue chaque fois à cause de leurs [trois] enfants ». Les lois coutumières  tchétchènes, qui enfreignent en partie les lois russes et les normes internationales relatives aux droits humains, attribuent systématiquement au père le droit de garde parentale. Ceci dissuade de nombreuses femmes tchétchènes de fuir des situations de violences conjugales.

L’indignation publique suscitée par la mort de Madina a poussé le parquet local à ouvrir une enquête. Le 20 juin, les autorités ont exhumé son corps. Il semblait que la justice allait suivre son cours, jusqu'à ce que le gouverneur de la Tchétchénie, Ramzan Kadyrov, intervienne.

Lors d’une réunion publique retransmise en direct le 23 juin sur la chaîne de télévision officielle de la Tchétchénie, Kadyrov a accusé la mère de Madina de répandre de fausses rumeurs sur la mort de sa fille. Bien que les conclusions de l'exhumation n'aient pas été rendues publiques, il a assuré qu'elles ne montraient aucune preuve d'une mort violente. Il a condamné le recours à une exhumation, en tant que procédure « contraire [aux principes de] l'islam », et ajouté que des coups « [peuvent] arriver » dans un mariage. Il a exigé que la mère de Madina prouve que sa fille avait bien été tuée et présente des témoins. Visiblement effrayée, celle-ci a répondu :  « Je m'excuse d'avoir écouté des rumeurs, je vous demande pardon. »

L'humiliation publique des personnes qui osent s’exprimer n'est pas un phénomène nouveau en Tchétchénie, mais ces circonstances étaient particulièrement préjudiciables. Ceci entravera la justice pour une jeune femme qui a manifestement été victime de violences conjugales, et renforcera le message dangereux que les personnes qui demandent la justice suite à des abus devraient plutôt garder le silence. Les autorités russes ont pourtant l'obligation de veiller à ce que les femmes soient à l'abri de la violence, y compris chez elles.

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