Des travailleurs de la santé en tenue de protection commencent leur service dans un centre de traitement du virus Ebola à Beni, en République démocratique du Congo, le 16 juillet 2019.

© 2019 AP Photo/Jerome Delay

Alors que le monde entier a les yeux rivés sur la pandémie du COVID-19, un tournant dans la lutte contre Ebola en République démocratique du Congo est passé quasiment inaperçu. Aucune nouvelle infection n’a été enregistrée sur le dernier mois écoulé. Depuis août 2018, le virus a infecté plus de 3 400 personnes et fait plus de 2 264 morts dans le nord-est du pays.

Devant la menace grandissante du COVID-19, l’expérience congolaise tourmentée dans la lutte contre Ebola souligne l’importance d’une communication efficace, d’une implication des communautés et de soins de santé complets, même dans les environnements les plus complexes.

La région la plus gravement touchée par la flambée d’Ebola, autour du territoire de Beni, est une zone de conflit actif où les groupes armés ont tué plus de 1 700 civils depuis 2014. Les infrastructures de santé y sont très peu développées et l’accès à l’eau potable fort limité. Chaque année, le paludisme, la rougeole, le choléra et d’autres maladies font des milliers de morts.

Dans ce contexte, de nombreux habitants ont exprimé méfiance et suspicion au vu des ressources considérables déployées par les agences internationales d’aide pour répondre à l’épidémie d’Ebola alors qu’une attention bien moins importante avait été jusque-là portée aux problèmes de santé existants ou à l’insécurité persistante. L’enterrement des morts et les activités du quotidien devaient désormais répondre de nouvelles consignes lorsque pour beaucoup, Ebola restait un phénomène étranger. Le recours à l’armée congolaise pour escorter les équipes d’intervention sur le terrain et les allégations de détournement à grande échelle des ressources destinées à la riposte ont alimenté d’autres suspicions. Enfin, sous prétexte d’épidémie, cette région, bastion de l’opposition, aura finalement été privée d’élections présidentielles en décembre 2018.

La désinformation, le scepticisme quant à l’existence même de la maladie et les spéculations sur l’implication du gouvernement ou des agences humanitaires dans la propagation du virus ont ainsi provoqué des violences contre le personnel de santé. Quatre cent vingt attaques contre des établissements de santé et leurs équipes ont été enregistrées depuis le début de l’épidémie, faisant 11 morts et 86 blessés parmi les professionnels de la santé et les patients. Plusieurs organisations et centres de soins ont dû suspendre leurs activités.

La flambée d’Ebola en RD Congo touche vraisemblablement à sa fin, peut-être en raison de l’utilisation de nouveaux vaccins et traitements expérimentaux qui semblent avoir peu à peu fait la différence. Mais l’épidémie aurait probablement été moins meurtrière et aurait pu être stoppée plus tôt si une plus grande attention avait été portée dès le début à la compréhension de la résistance des communautés face à la riposte.

La pandémie du COVID-19 pose désormais ses propres défis menaçant la santé, l’économie et le tissu social de pays entiers et non plus d’un territoire ou d’une région en particulier. Néanmoins, certaines leçons ressortent de la lutte contre l’épidemie d’Ebola, ses erreurs et limites. L’implication des personnalités et des institutions locales respectées, ainsi que la communication dans les langues locales pour expliquer la maladie, sa prévention et les actions de réponse devraient être primordiales lors des efforts pour contenir des virus aussi contagieux et dangereux qu’Ebola ou le COVID-19. Il est également crucial d’assurer un accès universel à une couverture médicale de base, à l’eau et à l’assainissement. Les autorités doivent écouter les communautés elles-mêmes pour répondre à leurs besoins de soins les plus urgents.

Dans les jours et semaines qui viennent, le COVID-19 risque de se propager, en RD Congo comme ailleurs, dans des régions reculées aux infrastructures médicales sous-équipées. L’activité de groupes armés et la méfiance des communautés vis-à-vis des autorités locales comme des interventions venues de l’extérieur sont autant d’obstacles à anticiper. Les gouvernements et leurs partenaires humanitaires devront en tenir en compte. Le temps presse.

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