Le président américain Donald Trump, et le président camerounais Paul Biya. Le 31 octobre 2019, l'administration Trump a annoncé le retrait des avantages commerciaux précédemment accordés au Cameroun, en raison de la persistance des violations des droits humains dans ce pays.

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Le Cameroun a perdu son accès préférentiel au marché américain offert par la Loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (African Growth and Opportunity Act, AGOA).

La semaine dernière, l’administration Trump a annoncé son intention de retirer ses avantages commerciaux au Cameroun à compter du 1er janvier 2020, invoquant la persistance des violations des droits humains dans ce pays.

L’AGOA permet aux pays d’Afrique sub-Saharienne d’exporter vers les États-Unis sans verser de droits de douane, à condition que leur gouvernement ait établi, ou soit en voie d’établir, l’État de droit, le pluralisme politique, des normes équitables et le respect des procédures en matière judiciaire et l’égalité de tous devant la loi.

Dans son message au Congrès, le président Trump a affirmé que le Cameroun s’était abstenu de répondre aux préoccupations concernant les violations continuelles des droits humains par les forces gouvernementales camerounaises, notamment les meurtres extrajudiciaires, les détentions arbitraires et illégales et les actes de torture.

Human Rights Watch a documenté de graves violations des droits humains commises par les forces de sécurité camerounaises depuis 2017, à la fois dans la région de l’extrême Nord et dans les régions anglophones. Parmi ces abus, on compte des meurtres de civils, l’incendie de centaines d’habitations, et le recours systématique à la torture et à la mise en détention au secret.

C’est la seconde fois en un an que les États-Unis interviennent au sujet du Cameroun. En février, Washington a réduit son aide militaire à ce pays, invoquant également les allégations de violations des droits humains.

La récente annonce de Trump survient après que le Cameroun eut adopté un statut spécial pour les deux régions anglophones et remis en liberté des centaines de prisonniers politiques, dont un important dirigeant d’un parti d’opposition, Maurice Kamto. Bien qu’il s’agisse là de mesures positives, le gouvernement continue de restreindre l’espace politique et de commettre de graves violations dans le cadre de sa réponse aux violences séparatistes.

La semaine dernière, les autorités ont interdit trois réunions prévues par le parti de Kamto, le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Défiant l’interdiction, des centaines de sympathisants du MRC se sont rassemblés dans la capitale, Yaoundé, le 2 novembre, avant d’être violemment dispersés par la police anti-émeute. Des témoins ont affirmé que la police avait violemment battu et blessé au moins dix manifestants. Trente-trois membres et sympathisants du MRC ont été arrêtés, mais ont été remis en liberté le jour même.

La décision des États-Unis de mettre fin à la désignation du Cameroun comme pays bénéficiaire de l’AGOA devrait servir de signal d’alarme au gouvernement camerounais et devrait inciter les autres partenaires internationaux du Cameroun à agir pour répondre publiquement aux graves préoccupations concernant les droits humains dans ce pays.

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