Le 24 septembre, des militaires du Bataillon d'intervention rapide (BIR) ont attaqué et pillé la Chefferie de Bafut, dans la région du Nord-Ouest.

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En ratifiant la Convention du patrimoine mondial en 1982, le Cameroun s'est engagé à protéger et à préserver son riche patrimoine historique et culturel. Le Cameroun est également un État partie à la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels.  Suite à l’attaque par des troupes gouvernementales d’un site sacré d'une grande importance culturelle, le Cameroun a une occasion cruciale de tenir ces promesses.

Le 24 septembre, des militaires du Bataillon d'intervention rapide (BIR) ont attaqué et pillé la Chefferie de Bafut, dans la région du Nord-Ouest. Inscrit depuis 2006 par l'UNESCO, l'organisme des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, sur la Liste indicative de sites du patrimoine mondial, la Chefferie de Bafut abrite la famille du « Fon », l'autorité régionale traditionnelle. Il comprend plus de 50 bâtiments disposés autour d'un sanctuaire et est entouré d'une forêt sacrée. Mais la Chefferie est également à l’épicentre de la crise qui règne dans les régions anglophones du pays.

Au moins 10 militaires du BIR ont attaqué le palais où, selon des témoins, ils ont peut-être soupçonné que des séparatistes anglophones s’y cachaient. Ils ont tiré sur le frère du Fon, qui a été blessé, avant de piller le musée de la Chefferie et de s’emparer de plusieurs objets précieux, notamment un masque de bronze du XVIIIe siècle et des colliers en or. L'opération militaire a duré trois heures et s'est déroulée au cours d'une cérémonie traditionnelle qui réunissait plus de 200 personnes.

Ce n'est pas la première fois que les forces gouvernementales ignorent les obligations de l'UNESCO. En septembre 2018, des militaires du BIR ont détruit des parties du toit de la Chefferie de Bafut, sous le prétexte aussi de rechercher des séparatistes. Lors des attaques de 2018 et 2019, aucun séparatiste n'a été trouvé.

Le Fon a demandé au gouvernement, à ses partenaires internationaux et à l'UNESCO de mener une enquête indépendante sur l'attaque. Le gouvernement devrait contrôler les forces du BIR et tenir les commandants de la récente agression pour responsables de leurs actes.

Plus que des bâtiments et des objets précieux, la Chefferie de Bafut est un morceau de l’histoire du Cameroun et un élément clé de son identité culturelle. Dans les troubles actuels des régions anglophones, les belligérants doivent veiller à la protection de ce patrimoine culturel.

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