Népal : Mieux soutenir les élèves handicapés

(Vidéo, sous-titres via cc) – Dans une école au Népal, l'expérience montre qu'un enseignement inclusif, permettant aux élèves handicapés de suivre des cours ensemble avec les autres élèves, est particulièrement bénéfique pour ces enfants.

(Bruxelles, le 14 septembre 2018) – Au Népal, les enfants handicapés sont confrontés à d’importants obstacles à une éducation inclusive de qualité, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Malgré certains progrès réalisés sur les plans législatif et politique, le gouvernement scolarise la plupart des enfants handicapés dans des classes séparées. En outre, il lui reste aussi à former des enseignants capables d’offrir une éducation inclusive, qui permettrait aux enfants avec et sans handicap de suivre des cours ensemble. Des dizaines de milliers d’enfants handicapés ne sont toujours pas scolarisés.

« Malgré plusieurs nouvelles politiques visant à promouvoir les droits des personnes handicapées, y compris par l’accès à l’éducation, de nombreux enfants handicapés au Népal ne bénéficient toujours pas d’une éducation inclusive de qualité », a déclaré Alpana Bhandari, titulaire d’une bourse auprès de la division Droits des personnes handicapées à Human Rights Watch. « Les écoles publiques devraient fournir un soutien adéquat aux enfants handicapés pour qu’ils apprennent en classe avec d’autres enfants et ne soient pas séparés. »

Des élèves handicapés aux côtés d'autres éleves dans une salle de classe « inclusive » dans une école publique à Katmandou, au Népal, en mai 2018. 

© 2018 Human Rights Watch

Sur la base d’études menées en mai 2018 dans 13 écoles publiques de cinq districts du Népal, Human Rights Watch a constaté que la ségrégation des enfants présentant un handicap avait privé nombre d’entre eux de leur droit à l’éducation. Human Rights Watch a interrogé 80 enfants concernés, leurs familles, des représentants d’organisations de defense des droits des personnes handicapées, des enseignants, des directeurs, des fonctionnaires et des membres du personnel de l’ONU.

Ce rapport s’appuie sur de précédentes recherches menées dans le cadre d’un précédent rapport publié par Human Rights Watch en août 2011 et  intitulé « Futures Stolen: Barriers to Education for Children with Disabilities in Nepal » (« Avenirs confisqués : Obstacles à l’éducation pour les enfants handicapés au Népal »). Ce rapport avait révélé que de nombreux enfants handicapés au Népal se heurtaient à des difficultés pour accéder aux écoles et y obtenir une éducation de qualité. Depuis lors, le Népal a amélioré les lois et politiques relatives à l’accès à l’éducation des enfants présentant un handicap et certains d’entre eux en ont bénéficié. Mais ils sont des milliers à continuer de faire face à d’importants obstacles.

Selon les estimations de l’ONU et de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Népal compte entre 60 000 et 180 000 enfants handicapés âgés de cinq à 14 ans. Dans un rapport en date de 2011, Human Rights Watch estimait qu’au moins 207 000 jeunes Népalais avaient un handicap. En 2016, l’UNICEF a constaté que 30,6 % d’entre eux, soit environ 15 000 à 56 000 enfants âgés de cinq à 12 ans, n’étaient pas scolarisés.

Un enseignant en langue des signes aide des élèves malentendantes à suivre un cours, dans une école au Népal.

© 2018 Human Rights Watch

Très peu d’écoles publiques traditionnelles autorisent l’inscription d’enfants handicapés. Sur plus de 30 000 établissements scolaires au Népal, 380 seulement disposent de ce qu’elles appellent des « classes de ressources », où les enfants présentant un handicap spécifique, tels que les aveugles ou ceux qui souffrent de déficience cognitive, sont regroupés avec d’autres personnes présentant des handicaps similaires. Dans les écoles où Human Rights Watch s’est rendu, les enfants des classes de ressources étaient âgés de 7 à 17 ans, certains mêmes avaient la vingtaine. Les enfants restent souvent dans ces classes des années durant, bien que certains puissent intégrer les cours ordinaires des classes supérieures, avec un soutien limité.

Le Népal n’a pas de programme d’études pour les enfants présentant une déficience cognitive, y compris pour ceux enfants atteints de trisomie 21. Ceux qui vont à l’école n’apprennent que des compétences de base, principalement axées sur les soins personnels. Dénier à un enfant son éducation sur la base d’un handicap est discriminatoire, a déclaré Human Rights Watch.

En 2010, le Népal a ratifié la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (CDPH), qui garantit le droit à une éducation inclusive et de qualité. Les enfants avec et sans handicap doivent apprendre ensemble dans les salles de classe avec un soutien adéquat dans un environnement inclusif. Les recherches montrent qu’une approche inclusive peut stimuler l’apprentissage de tous les élèves et permettre de lutter contre les stéréotypes qui portent préjudice aux personnes souffrant handicapées.

« Sunita », âgée de 15 ans, sourde, fréquente une salle de classe dans une école publique de Lalitpur. « Je n’ai jamais assisté à une classe régulière », a-t-elle déclaré. « Je veux apprendre avec les autres. C’est plus amusant d’apprendre avec des amis. »

La plupart des écoles traditionnelles visitées manquent également d’enseignants formés à l’utilisation de matériels pédagogiques accessibles, tels que le matériel braille et audio, et à la manière de rendre les tests accessibles. Les salles de classe ne disposent pas d’infrastructures accessibles.

Le directeur d’une école publique du district de Gorkha, situé dans l’ouest du Népal, a déclaré qu’un ancien élève présentant un handicap physique rampait à quatre pattes pour se rendre d’une classe à une autre pendant les sept ans de sa scolarité, parce que les lieux étaient inaccessibles à un fauteuil roulant.

Depuis 2011, le gouvernement népalais a adopté des réformes visant à renforcer les droits des personnes présentant un handicap et élargir les possibilités éducatives. La constitution de 2015 stipule que l’éducation est un droit fondamental et prévoit un enseignement primaire gratuit et obligatoire et un enseignement secondaire gratuit, ainsi que le droit à une éducation gratuite en braille et dans le langage des signes.

En 2017, le Népal a adopté la loi sur les droits des personnes handicapées et une politique d’éducation inclusive. Celle-ci stipule que les enfants devraient pouvoir étudier, en l’absence de discrimination, au sein de leur propre communauté, tout en autorisant aussi l’éducation des enfants handicapés séparément.

Le gouvernement œuvre également à un plan directeur pour l’éducation inclusive en vue de créer des infrastructures et des installations éducatives adaptées aux personnes handicapées, d’améliorer la formation des enseignants et développer des programmes scolaires flexibles d’ici à 2030. Cependant, le gouvernement n’a pas encore défini de loi ou de politique reflétant une compréhension claire de ce qu’est une éducation inclusive conforme aux normes internationales en vigueur et comment la dispenser.

La principale réforme éducative au Népal, le Plan de développement du secteur scolaire de 2016 à 2023, couvre l’enseignement préscolaire et l’enseignement secondaire. Le budget pour les cinq premières années est estimé à 6,46 milliards de dollars. Onze pour cent des coûts sont assumés par des donateurs internationaux, notamment la Banque mondiale, la Banque asiatique de développement et l’Union européenne. Le programme s’appuie sur un précédent plan de réforme, dont le gouvernement a reconnu qu’il n’avait pas suffisamment contribué à garantir l’éducation des enfants handicapés.

Le gouvernement devrait veiller à ce que les écoles soient accessibles à tous, à ce que les enfants présentant un handicap fassent leur apprentissage dans des classes ordinaires et que tous les enseignants soient formés pour dispenser une éducation inclusive, a déclaré Human Rights Watch.

Le gouvernement devrait également faire des aménagements raisonnables en appui à l’apprentissage individuel. Cela pourrait prendre la forme de manuels en braille, de produits audiovisuels, et de matériels didactiques facile d’utilisation ; d’une instruction en langage des signes pour les malentendants ; et de personnels pour aider les élèves à se prendre en charge, à se comporter correctement, ou à bénéficier de toute autre aide nécessaire en classe.

« Le gouvernement népalais et ses partenaires internationaux ont fait de l’éducation une priorité évidente, y compris pour les enfants handicapés, mais davantage doit être fait pour que cette vision devienne réalité », a conclu Alpana Bhandari. « Il est essentiel d’aider les enfants à étudier dans des classes ordinaires, à former les enseignants et à mettre en place un programme flexible pour que les enfants présentant un handicap ne prennent pas de retard. »

Communiqué intégral (plus détaillé) en anglais :

https://www.hrw.org/news/2018/09/14/nepal-barriers-inclusive-education

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