Nobel Peace Prize winner Liu Xiaobo, who died in Chinese custody in July 2017.

© 2013 Reuters

(New York, le 18 janvier 2018) – Au cours de l’année 2017 le gouvernement chinois, sous la houlette du Président Xi Jinping, a renforcé son offensive soutenue contre les droits humains, à la fois dans le pays et à l’étranger, a déclaré Human Rights Watch dans son Rapport mondial 2018. Le décès dans un hôpital au mois de juillet de Liu Xiaobo, lauréat du Prix Nobel de la Paix, alors sous haute escorte policière, était une parfaite illustration du profond mépris des autorités pour les droits humains. La Chine a fait usage de son influence globale croissante pour menacer la protection des droits dans le monde.

Liu Xiaobo est mort d’un cancer dans un hôpital de Shenyang, sous la surveillance des forces de sécurité de l’état, après avoir effectué pratiquement 9 des 11 années de sa peine de prison pour « incitation à la subversion ». Au cours de son hospitalisation, les autorités ont isolé Liu et son épouse Liu Xia des membres de leur famille et de leurs sympathisants, et ont rejeté la demande de Liu de se faire soigner à l’étranger. Depuis le décès de Liu, les autorités ont contraint Liu Xia à disparaître.

« Dans leur cruelle campagne contre l’activisme pacifique en faveur des droits humains les autorités chinoises ne ménagent pas leurs efforts », a déclaré Sophie Richardson, directrice des recherches sur la Chine à Human Rights Watch. « Alors que le président Xi entame son deuxième mandat de cinq ans, l’avenir proche pour les droits humains en Chine semble bien sombre »

Dans cette 28e édition annuelle de son Rapport mondial (version intégrale en anglais 643 pages - version abrégée en français 180 pages – PDF), Human Rights Watch examine les pratiques en matière de droits humains dans plus de 90 pays. Dans son introduction au Rapport, le directeur exécutif Kenneth Roth observe que certains dirigeants politiques, prêts à défendre les principes des droits humains, ont démontré qu'il est possible de limiter l'impact des programmes populistes autoritaires. Lorsqu’ils ont pu s’appuyer sur une opinion publique mobilisée et des acteurs multilatéraux efficaces, ces dirigeants ont démontré que la montée des gouvernements hostiles aux droits humains n'a rien d'inéluctable.

En 2017 le gouvernement a soumis à des simulacres de procès un nombre croissant de défenseurs des droits humains, parmi lesquels des citoyens étrangers. Les policiers ont torturé des détenus pour obtenir des aveux, les ont empêchés de prendre les avocats de leur choix et les ont mis au secret pendant des mois. L’avocat Wang Quanzhang et l’activiste Wu Gan, qui ont été capturés au cours des rafles organisées dans le pays dès juillet 2015, sont restés en détention policière. L’activiste Lee Ming-che, défenseur de la démocratie à Taïwan, a été condamné à cinq ans de prison, et l’avocat Jiang Tianyong à deux ans – tous deux pour « subversion du pouvoir de l’État ».

Le gouvernement chinois a également accru ses atteintes à la liberté d’expression, a déclaré Human Rights Watch. Les autorités ont interdit les outils non autorisés, qui permettent aux utilisateurs d’internet de contourner la censure gouvernementale. Un habitant de Guangdong a été condamné à neuf mois de prison pour avoir vendu des réseaux privés virtuels (VPN). Apple, le géant de la technologie, a déclaré avoir retiré 674 VPN de son App Store en Chine au cours de l’année 2017, invoquant la nécessité de respecter la règlementation gouvernementale. Les autorités ont également fait pression sur les éditeurs universitaires - comme Cambridge University Press et Springer Nature – pour que l’accès aux articles soit bloqué en Chine. Après une mobilisation internationale, Cambridge a remis en ligne les 300 articles qu’il avait retirés.

Hong Kong a marqué le 20ème anniversaire de son retour à la souveraineté chinoise. L’interférence grandissante du gouvernement central chinois L’interférence grandissante du gouvernement central chinois ébranle de plus en plus les libertés civiles dans la ville. Trois responsables étudiants ont été condamnés  à des peines allant de six à huit mois de prison pour avoir protesté de façon pacifique contre le gouvernement chinois pendant le Mouvement des Parapluies (Umbrella Movement) de 2014.

La répression s’est renforcée dans les régions de minorités ethniques du Xinjiang et du Tibet. Au Xinjiang, le gouvernement a restreint et puni les liens établis avec l’étranger par la minorité ethnique des Ouïghours en exigeant le renvoi arbitraire des passeports et en contraignant ceux qui étudient à l’étranger à revenir dans le pays. Il a également détenu de façon arbitraire des milliers d’entre eux dans des centres d’éducation politiques et intensifié les mesures de surveillance. Au Tibet, les autorités ont engagé la démolition massive de certaines parties de monastères, expulsant les moines et les nonnes et les contraignant à suivre des programmes de rééducation.

D’après Human Rights Watch, la Chine a utilisé de plus en plus son influence mondiale croissante pour nuire aux protections des droits humains à l’étranger. Aux Nations unies, la Chine a œuvré de façon constante pour étouffer les critiques sur son bilan en matière de droits humains et a engagé des actions pour affaiblir les mécanismes centraux des Nations unies à cet égard. En juin, l’Union européenne, pour la première fois, n’a pas fait de déclaration sur la Chine dans le cadre d’un point permanent à l’ordre du jour au sein du Conseil des Droits Humains des Nations unies parce que la Grèce, qui est membre du Conseil, ne souhaitait pas critiquer les violations des droits humains en Chine – pays avec lequel elle entretient des relations commerciales fortes. 

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Février-Mars 2018 :