Une jeune femme montrant le slogan « Don’t touch » (« Ne touchez pas ») inscrit au-dessus de sa poitrine, lors d’une manifestation « SlutWalk » (« Marche des salopes ») tenue à Séoul, en Corée du Sud, le 16 juillet 2011. Plusieurs manifestations de ce type ont été déclenchées par le commentaire, en janvier 2011, d’un policier de Toronto selon lequel les femmes ne subiraient pas d’agressions sexuelles si elles ne s’habillaient pas comme des « salopes » (« sluts »).  

© 2011 Reuters

Les allégations portées contre le producteur hollywoodien Harvey Weinstein, conjuguées à la diffusion phénoménale hashtag #MeToo (« Moi aussi ») sur les réseaux sociaux, qui a libéré la parole de centaines de milliers de femmes et de filles victimes de harcèlement sexuel ou d’agressions sexuelles, ont touché la Corée du Sud de plein fouet. Certaines Sud-Coréennes ont commencé à partager en ligne leurs expériences à ce sujet, ouvrant un débat qui a fait rejaillir la colère et la frustration accumulées. Hier, le gouvernement sud-coréen a promis de nouvelles mesures pour lutter contre le harcèlement sexuel sur le lieu de travail.

Une décision désespérément nécessaire.

La Corée du Sud a un grave problème de harcèlement et de violence dirigées contre les femmes, ayant été honteusement classée 116ème sur 144 pays notés pour leur respect de l’égalité entre les sexes. Cette semaine, des vidéos apparues sur Internet montrent des infirmières en milieu hospitalier contraintes de danser dans des tenues légères devant des responsables de passage. Une enquête récente a révélé que 80% des hommes sud-coréens ont déclaré avoir déjà abusé physiquement ou psychologiquement d’une compagne. Le pays a en outre la triste réputation de détenir le troisième taux le plus élevé – 52,5% –  de femmes assassinées dans le monde, qui s’explique principalement par les violences domestiques et l’incapacité du gouvernement à appliquer efficacement les lois censées prévenir et réprimer de tels actes.

Les autorités devraient faire davantage pour régler ce problème. Un sondage effectué en 2015 par le gouvernement a révélé que plus de 78% des victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail n’ont pas cherché à obtenir protection ou réparation, mais plutôt avoir choisi d’« endurer ». De nombreuses femmes se sont dites convaincues qu’elles n’obtiendraient pas d’aide, même si elles dénonçaient les abus subis. Les directives gouvernementales en matière d’éducation sexuelle ont été critiquées par des experts et la société civile pour leur insuffisance. Pour donner une idée de leur absurdité, citons la directive, destinée aux enseignantes du secondaire, qui prévient des risques de violences sexuelles si elles acceptent de sortir avec des hommes qui les invitent à dîner à grands frais, signe que ceux-ci peuvent espérer des faveurs sexuelles en retour.

Le gouvernement s’est engagé cette semaine à exiger de tous les employeurs qu’ils proposent une formation pour sensibiliser au harcèlement à l’encontre des femmes, facilitent le signalement des abus et embauchent du personnel spécialisé dans le traitement de ces plaintes. Il a également promis des peines plus sévères, à la fois pour les auteurs de harcèlement et d’abus, et pour les employeurs qui ne se plient pas aux nouvelles réglementations.

Ces premiers pas sont encourageants, mais il reste encore beaucoup à faire. Le gouvernement devrait tenir ses engagements, associer les survivantes à l’élaboration de ses politiques pertinentes, prendre des mesures vigoureuses pour décourager les représailles contre les plaignantes et inscrire ces réformes dans le cadre plus large d’une promotion de l’égalité entre les sexes et mettre fin à la tolérance des abus.

De Hollywood à Séoul, l’heure du changement est venue, parce que les femmes n’en peuvent plus.

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