Tandis que Bangui et certaines régions de l'ouest de la République centrafricaine demeurent stables, la recrudescence des violences dans les provinces du centre illustre la fragilité de la situation pour les civils en République centrafricaine, telle que décrite dans le rapport de l'Expert indépendant et directeur du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (Office for the Coordination of Humanitarian Affairs, OCHA), Stephen O'Brien, qui a mis en garde contre la possibilité d'une « nouvelle crise humanitaire de grande ampleur ». Human Rights Watch partage cette inquiétude.

Nous avons documenté des centaines de meurtres commis au cours des cinq derniers mois. Les factions de la Séléka et les miliciens anti-balaka ont attaqué des civils et commis d'autres abus.

À Alindao, au moins 136 civils ont été tués le 9 mai lors d'attaques menées par l'UPC, une faction de la Séléka. Nos chercheurs ont également documenté 26 cas de viol par des combattants de l'UPC dans la province de Basse Kotto ce mois-là. Ceci dans le contexte d'un conflit où toutes les parties ont eu recours au viol et aux violences sexuelles comme tactique de guerre, dans des proportions alarmantes.

Le 13 mai à Bangassou, les forces anti-balaka ont attaqué la mosquée de la ville, faisant de nombreux morts. Les civils musulmans continuent de chercher refuge dans l'enceinte de l'église catholique de la ville.

Depuis la fin juin, c'est-à-dire depuis la fin de la période couverte par le rapport de l'Expert indépendant, des musulmans armés ont tué au moins 28 civils à Zémio. Les agresseurs n'avaient pas de liens bien établis avec la Séléka et ont apparemment effectué cette attaque de manière préventive à cause d'une présence accrue de miliciens anti-balaka dans la ville.

Le 29 juillet, des combattants du MPC, une autre faction de la Séléka, ont attaqué des quartiers situés à proximité d'un camp pour personnes déplacées à Batangafo. Ils ont tué au moins 15 civils et incendié environ 230 huttes et maisons. Ces combattants ont de nouveau attaqué la zone ce mois-ci, tuant au moins six personnes.

Deux mesures sont essentielles pour contribuer à faire cesser ces violences contre les civils : 1) les militaires chargés du maintien de la paix devraient faire davantage pour protéger les civils ; et 2) les auteurs de ces attaques doivent être amenés à rendre des comptes.

Sur le premier point, certains responsables de l'ONU ont réclamé davantage de personnel et de ressources pour la mission. Le Conseil de sécurité et les États membres devraient donner à la mission les outils dont elle a besoin pour que ses militaires chargés du maintien de la paix puissent s'acquitter de la partie de leur mandat consistant à protéger les civils. Sur le second point, l'ONU et ses États membres devraient soutenir la Cour pénale spéciale, qui représente une occasion unique. Cet organe hybride offre une chance de mettre fin à l'impunité qui prévaut dans le pays depuis si longtemps. Nous avons récemment observé des progrès dans la mise en état de fonctionner de ce tribunal, mais son succès dépendra de la constance d'un appui financier, technique et logistique, y compris dans le domaine de la protection des témoins et du personnel du tribunal.