La situation des droits humains en République démocratique du Congo reste dramatique, alors que la crise politique s’intensifie dans le pays. Le président Joseph Kabila a eu recours à la répression, à la violence et à la corruption pour retarder les élections et se maintenir au pouvoir, bien qu’il soit arrivé, le 19 décembre 2016, au terme de ses deux mandats autorisés par la constitution. À la fin de l’année passée, un accord de partage du pouvoir conclu sous la médiation de l’Église catholique a appelé à la tenue d’élections avant la fin de l’année 2017, mais aucune élection n’est en vue.

Le gouvernement a interdit de manière systématique les rassemblements de l’opposition politique et les manifestations, autorisant souvent l’usage de balles réelles sur ceux qui osent exercer leur droit de manifester. Au cours des dernières semaines, des dizaines de partisans de l’opposition et de défenseurs des droits humains ont été emprisonnés, et bon nombre ont été détenus au secret sans chef d’inculpation ni visite de leur famille ou de leurs avocats. D’autres font face à de fausses accusations. En juillet, des hommes armés non identifiés ont grièvement blessé par balles un juge qui refusait de prononcer un verdict contre un leader de l’opposition.

Des sources bien placées au sein des services de sécurité et de renseignements décrivent des efforts officiels pour semer la violence et l’instabilité comme une « stratégie du chaos » délibérée visant à justifier les reports des élections. En mai, des responsables des services de renseignements auraient orchestré une évasion à la prison centrale de Kinshasa, permettant à près de 4 000 prisonniers de s’échapper et alimentant l’insécurité. Dans la région du Kasaï, les forces de sécurité gouvernementales sont à l’origine de nombreuses violences avec un lourd bilan : plus de 3 000 morts, 600 écoles attaquées ou détruites, plus de 1,4 million de personnes déplacées de leurs foyers et 80 fosses communes dispersées dans la région. En mars, deux enquêteurs de l’ONU – l’Américain Michael Sharp et la Suédoise Zaida Catalán – ont été tués alors qu’ils menaient une enquête sur les violences dans la région. Les conclusions des recherches de Human Rights Watch et d’un rapport de Radio France Internationale s’orientent vers une responsabilité du gouvernement pour ce double meurtre.

Le président de la Commission électorale nationale de la RD Congo a, sans surprise, imputé les reports des élections aux violences dans la région du Kasaï.

Le Conseil devrait appeler les autorités congolaises à faire en sorte que l’équipe d’experts mandatée pour enquêter sur les violations dans le Kasaï bénéficie d’un accès inconditionnel immédiat et puisse travailler de façon indépendante. Le Conseil devrait aussi condamner avec la plus grande fermeté les violations continues des droits civils et politiques et maintenir la situation générale en RD Congo à l’ordre du jour de chaque session l’an prochain.