Le weekend dernier, environ 200 membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir au Burundi, les Imbonerakure, se sont réunis dans un bureau du parti, dans le nord du pays.

Et ils se sont mis à chanter : « Engrossez les opposantes pour qu’elles enfantent des Imbonerakure… Il y a beaucoup de filles. Il faut les imprégner, Imbonerakure ! »

Image d'une vidéo montrant un rassemblement de membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir, les Imbonerakure, devant le siège du parti à Ntega, une commune de la province du Kirundi dans le nord du Burundi, le 1er avril 2017.

© 2017 Privé

Puis ils ont défilé dans le centre de Ntega, une commune de la province de Kirundo, scandant leurs slogans au vitriol, et les autorités locales n'ont rien fait pour les en empêcher. Un témoin du rassemblement, qui a eu lieu samedi dernier, m'a dit que la peur régnait parmi la foule qui les regardait passer. Les gens avaient déjà vu des rassemblements d'Imbonerakure, mais pas d'un groupe si nombreux et ils n'avaient jamais entendu un tel langage de menace.

Quand une vidéo du rassemblement a circulé dans les médias sociaux quelques jours plus tard, les responsables du parti au pouvoir n'ont pas pu nier les agissements de leurs membres.

Le parti a condamné l'événement et a affirmé qu'il enquêtait. « Malheureusement, contrairement aux idéaux du [parti au pouvoir], certains jeunes ont entonné une chanson qui ne concorde ni avec les mœurs ni avec l'idéologie du parti », a-t-il déclaré dans un communiqué.

Beaucoup de Burundais estiment que cette déclaration n'aura pas un grand pouvoir de dissuasion sur les Imbonerakure. « Ils veulent juste calmer l'opinion nationale et internationale », a déclaré un habitant. « Mais [le parti au pouvoir] ne va pas les poursuivre. »

Tout le monde dans la localité connaît la brutalité de certains membres des Imbonerakure. Depuis le début de la crise il y a deux ans, certains membres de ce mouvement ont violé les femmes et les filles des membres de l'opposition, ont frappé des personnes à mort à coups de bâton, et ont torturé des opposants au gouvernement. Ils contrôlent de nombreux barrages routiers dans toute la province.

Les chants entonnés lors du rassemblement par les Imbonerakure ne sont pas des menaces gratuites : des viols par des membres des Imbonerakure et par des membres des forces de sécurité se poursuivent au Burundi.

Human Rights Watch a récemment mené des entretiens avec trois femmes qui affirment avoir été violées à la mi-2016 et à la fin de cette année dans ou aux alentours de la capitale, Bujumbura, par des hommes qu'elles croient membres des Imbonerakure ou des forces de sécurité. Peu avant ces viols, des membres de sexe masculin des familles des victimes avaient été tués.

La vidéo montre certains membres des Imbonerakure sous un aspect que le parti au pouvoir veut cacher. Ils jouissent d'une totale impunité et certains d'entre eux violent des femmes en guise de punition. Les Burundais le savent. Maintenant, le reste du monde le sait aussi.