Human Rights Watch réitère son appel au président élu des États-Unis, Donald Trump, à renoncer à ses propositions dangereuses, ainsi qu’aux discours aptes à aggraver les clivages, prononcés lors de sa campagne électorale. Dix jours après sa victoire, Trump a modéré en partie ses déclarations, mais il n'a, jusqu'à présent, désavoué clairement et sans équivoque aucune de ses promesses de campagne, qui constitueraient des violations directes du droits américain et des normes universelles des droits humains ou auraient un impact négatif sur les vies de millions de personnes.

Le président élu des États-Unis, Donald Trump fait signe à ses partisans à New York dans la nuit du 8 au 9 novembre 2016, peu après sa victoire électorale.

© 2016 Reuters

Parmi les suggestions qu’il a faites, Trump a évoqué la possibilité, en tant que président, de prendre les mesures suivantes :

  • Amender les lois américaines afin d’autoriser la torture ;

  • Augmenter le nombre de suspects de terrorisme détenus indéfiniment sans procès à Guantanamo Bay;

  • Soumettre les réfugiés syriens, les immigrants musulmans et certains ressortissants nationaux à des procédures onéreuses de vérification ou d'enregistrement qui pourraient mettre en danger les personnes concernées et prolonger les séparations familiales ;

  • Procéder à des expulsions massives de 2 à 3 millions d'immigrants ;

  • Éliminer une grande partie du Affordable Care Act (la « Loi sur les soins abordables »), sans toutefois proposer d’alternative claire pour veiller à ce que les gains importants en matière d'accès aux soins de santé en vertu de la loi ne soient pas perdus ;

  • Limiter le droit des femmes à avoir accès à l'avortement, selon son choix de juges qu’il envisage de nommer à la Cour suprême ;

  • Remettre en cause la liberté de la presse en facilitant les poursuites judiciaires à l’encontre des médias.

Trump s’est également abstenu de rejeter la rhétorique raciste, xénophobe et misogyne dont son entourage et certains de ses partisans ont usé – comme il l’a fait lui-même – lors de sa campagne électorale, suscitant de vives inquiétudes parmi des millions de personnes aux États-Unis et dans le monde entier.

Les enjeux sont considérables. La victoire de Trump a été saluée par des dirigeants autoritaires à travers le monde – notamment le président russe Vladimir Poutine et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi – ainsi que par de partis populistes et nationalistes en Europe qui remportent des victoires électorales en s’appuyant sur des plateformes politiques racistes, xénophobes et anti-immigrés similaires à celle de Trump. Leur montée en puissance signale une tendance politique sérieuse et croissante qui menace les principes fondamentaux de droits humains dans le monde.

L’expérience de plusieurs décennies a démontré où conduit une telle politique : lorsqu'une société soutient la restriction des droits de certains groupes – réfugiés, minorités, femmes, personnes handicapées – les gouvernements s’en serviront comme excuse, au fil du temps, pour s’en prendre aux droits de tous et renverser l'état de droit. Or, une fois qu’ils se sont effondrés, les droits humains et l'état de droit sont difficiles à rétablir.

Human Rights Watch, l’un des principaux défenseurs des droits humains dans le monde, suivra de près les politiques, pratiques, nominations et autres actions de l'administration Trump, comme nous avons suivi celles des administrations précédentes aux États-Unis et à l'étranger. Nous dénoncerons, en exprimant notre ferme opposition, toute déclarations ou tout acte témoignant d’un mépris pour les droits humains ou non conforme aux  normes internationales en vigueur.