Face à la forte opposition du Nigeria, du Sénégal, de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie et même d’un pays comme l’Algérie qui n’est pas membre de la CPI, le 27e sommet de l’Union africaine (UA) s’est achevé lundi soir sans qu’elle se soit prononcée en faveur d’un retrait collectif immédiat de la Cour pénale internationale, selon les médias et des observateurs.

Les gouvernements opposés à un appel au retrait ont fait remarquer que l’UA n’est pas membre de la CPI et que seuls des États et non des entités intergouvernementales peuvent y adhérer. Les gouvernements ont souligné que les quelques 20 pays de l’UA qui ne sont pas membres de la CPI ne doivent pas imposer leurs vues aux États africains qui le sont.

L’opposition à l’appel de l’UA change la donne. Depuis 2013, le débat sur la CPI au sein de l’UA, alimenté par la désinformation était jusqu’alors dominé par les opposants à cette cour. À l’exception du Botswana, les 34 membres africains de la CPI gardaient dans l’ensemble le silence face aux attaques menées contre la cour. Même s’ils continuaient à soutenir la CPI en privé et dans des réunions autres que celles tenues dans le cadre de l’UA, ils se taisaient aux réunions de l’UA où la CPI était devenue une question toxique.

Comme d’habitude, les opposants de la CPI avaient fait tout ce qu’ils pouvaient pour renforcer le discours anti-CPI.

Alors qu’un comité de l'Union africaine menace de demander aux membres de l'UA de se retirer de la Cour pénale internationale, plusieurs activistes africains plaident en faveur de la CPI, en tant que tribunal international apte à rendre justice aux victimes de graves crimes et violations des droits humains quand les juridictions nationales ne le font pas.

Des groupes de la société civile ont œuvré pour équilibrer les forces en jeu. Vingt-et-une organisations africaines et internationales, dont Human Rights Watch, ont diffusé sur les médias sociaux une vidéo présentant des activistes africains et dont la version anglaise a été visionnée 49 000 fois. Des notables africains, the Africa Group for Justice and Accountability, ont pris l’initiative de publier une tribune dans The Guardian.

Néanmoins, l’impulsion des gouvernements est essentielle pour mettre fin aux attaques constantes contre la CPI à l’UA. On ne sait pas très bien si le retrait de la CPI comptait parmi les décisions à prendre lors du sommet, toujours est-il que l’appel de l’UA au retrait collectif immédiat que l’on craignait ne s’est pas concrétisé.

Les efforts du Nigéria, du Sénégal, de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire et du Botswana ont réellement bénéficié à la CPI. Il en faudra encore à l’avenir, renforcés par ceux d’autres membres africains de la CPI comme la Sierra Leone, le Malawi et le Ghana.

La CPI présente certes, des problèmes, mais en l’absence de poursuites devant des tribunaux nationaux, elle demeure la seule instance devant laquelle les responsables des pires crimes commis dans le monde, même ceux qui appartiennent aux plus hautes sphères du gouvernement, peuvent être tenus de rendre des comptes. Elle mérite d’être sauvée et améliorée pour les Africains et les peuples du monde entier.