Les décombres de l'Hôpital Al-Quds d'Alep en Syrie, suite à un raid aérien meurtrier mené le 27 avril 2016 .

© 2016 Reuters/Abdalrahman Ismail

(New York, le 30 avril 2016) – Les récentes frappes aériennes meurtrières menées contre un hôpital et une clinique à Alep, en Syrie, témoignent d’un mépris pour la vie civile et sons susceptibles de constituer des crimes de guerre, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui.

Un raid aérien mené le 27 avril contre l’Hôpital Al-Quds a tué 58 civils, y compris des membres du personnel médical et de nombreux patients, selon la Défense civile syrienne (Syrian Civil Defense), une association de bénévoles issue de groupes d’opposition. Le 29 avril, un autre raid aérien a frappé une clinique dans le quartier d’al-Marja contrôlé par l'opposition, blessant 10 personnes, selon la Défense civile syrienne. Selon les secouristes interrogés par Human Rights Watch, aucun objectif militaire ne se situait à proximité de l'hôpital ou de la clinique.

« Alors que l’accord de cessez-le-feu en Syrie risque de s’effondrer, ce sont les civils syriens qui paient à nouveau un tribut sanglant pour cet échec », a déclaré Philippe Bolopion, directeur adjoint du plaidoyer mondial à Human Rights Watch. « Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir immédiatement suite à l'attaque contre l’Hôpital Al-Quds et exiger une enquête afin d’identifier les responsabilités. »

Le gouvernement russe a nié toute responsabilité dans l'attaque de l'Hôpital Al-Quds. Le département d'Etat américain a accusé le gouvernement syrien d’en porter la responsabilité.

Selon Bibars Mish'al, un secouriste de la Défense civile syrienne, l'Hôpital al-Quds, qui est soutenu par l'organisation humanitaire Médecins Sans Frontières (MSF), a été frappé vers 10 heures le 27 avril.  Aucune cible militaire ne se trouvait dans l’hôpital ou aux alentours à ce moment-là, selon Mish'al.

Le Conseil de sécurité des Nations Unies devrait agir immédiatement en réponse à ces attaques contre des installations médicales. En vertu du droit international humanitaire, les installations médicales bénéficient d'une protection spéciale, tout en conservant les protections générales appliquées aux civils et aux structures civiles. Le conseil devrait demander que l'ONU Secrétaire général de mener une enquête indépendante sur les événements dans les deux semaines, identifier qui a mené les grèves, et évaluer l'impact des attaques auront sur l'accès aux soins de santé dans la région.

La Résolution 2254 du Conseil de sécurité adoptée le 18 décembre, 2015, exige de toutes les parties « qu’elles mettent immédiatement fin à toutes attaques contre les populations ou les biens civils, y compris celles dirigées contre les installations et le personnel médicaux, ainsi qu’à l’emploi aveugle d’armes, tels que les tirs d’obus et les bombardements aériens ».

Le Conseil de sécurité de l'ONU devrait en outre imposer un embargo sur la vente d’armes et la fourniture d’aide militaire aux diverses forces impliquées dans des violations graves des droits humains en Syrie, selon Human Rights Watch. Le Conseil devrait également imposer des sanctions ciblées à l’encontre de commandants dont les forces sont impliquées dans de tels abus ou qui sont eux-mêmes responsables d’abus,  et engager un processus crédible afin de traduire en justice les auteurs de crimes, quel que soit leur camp. Human Rights Watch a également réitéré son appel au Conseil de sécurité à saisir la Cour pénale internationale de la situation en Syrie.

Les attaques délibérées ou imprudentes contre des civils et des structures civiles commises avec une intention criminelle constituent des crimes de guerre, a rappelé Human Rights Watch.

Communiqué intégral en anglais :

www.hrw.org/news/2016/04/30/syria-disregard-civilian-life-hospital-attacks

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