(New York) – Les forces de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite ont effectué des frappes aériennes qui ont tué des dizaines de civils dans la ville de Saada, dans le nord du Yémen, depuis avril 2015, en violation apparente des lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport publié aujourd’hui. La coalition devrait enquêter sur toutes les allégations de violations des lois de la guerre, et fournir réparation et autres formes d’indemnisation aux victimes civiles le cas échéant.

Le rapport de 47 pages, intitulé « Targeting Saada : Unlawful Coalition Airstrikes on Saada in Yemen » (« Saada prise pour cible : Frappes aériennes illégitimes de la coalition contre Saada au Yémen »), documente une dizaine de frappes aériennes effectuées contre le bastion houthiste, qui ont détruit ou endommagé des logements civils, cinq marchés, une école et une station essence, bien qu’il n’y ait eu aucune preuve que ces sites étaient utilisés à des fins militaires. Ces frappes ont tué 59 personnes, qui seraient des civils, entre le 6 avril et le 11 mai. Au moins 35 enfants figuraient au nombre des victimes.

Yémen : Frappes aériennes illégales

La coalition dirigée par l’Arabie saoudite a mené des frappes aériennes à Saada, au Yémen, en violation des lois de la guerre car ces attaques ont été menées sans distinction suffisante entre civils et combattants (rebelles houthistes). HRW appelle à la cessation immédiate de ces frappes meurtrières.

Les bombardements aériens menés par la coalition contre Saada ont tué des dizaines de civils, dévastant des familles entières. Ces attaques semblent constituer de graves violations des lois de la guerre, et doivent faire l’objet d’enquêtes appropriées.

Sarah Leah Whitson

directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch


« Les bombardements aériens menés par la coalition contre Saada ont tué des dizaines de civils, dévastant des familles entières », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch et co-auteure du rapport. « Ces attaques semblent constituer de graves violations des lois de la guerre, et doivent faire l’objet d’enquêtes appropriées. »

Le rapport s’appuie sur des enquêtes de terrain et des entretiens menés auprès de 28 victimes et témoins par Human Rights Watch dans la ville de Saada en mai, ainsi que sur un examen de photographies et de vidéos, et sur une analyse d’images satellite.

La coalition de neuf pays arabes dirigée par l’Arabie saoudite a commencé sa campagne aérienne au Yémen le 23 mars, après que les forces d’Ansar Allah – connues également sous le nom de houthistes – ont pris le contrôle de vastes parties du pays, renversé le gouvernement du Président Abdu Rabbu Mansour Hadi, et ont avancé vers le sud pour menacer la ville portuaire d’Aden. Le 8 mai, les autorités de la coalition ont désigné toute la ville de Saada comme étant un objectif militaire, avertissant ses habitants qu’il vaudrait mieux partir. Cette déclaration violait les lois de la guerre, car elle omettait de distinguer entre les civils et les cibles militaires légitimes, selon Human Rights Watch.

Human Rights Watch a enquêté sur six frappes aériennes contre des logements résidentiels et contre une école inoccupée à Saada. Lors de l’incident le plus meurtrier, dans la soirée du 5 mai, des avions de la coalition ont lâché plusieurs bombes sur un centre culturel sur une maison adjacente, tuant 27 membres de la famille al-Ibbi, dont 17 enfants.

Décombres d'une maison à Saada (Yémen), suite à une frappe aérienne menée le 5 mai 2015, qui a tué 27 membres de la famille qui y vivait.

© 2015 Ole Solvang/Human Rights Watch

Walid al-Ibbi, 35 ans, seul membre présent de la famille al-Ibbi à s’être tiré indemne de l’attaque, a confié à Human Rights Watch : « Juste un peu plus tôt ce soir-là, une famille était venue chez nous demander la main de ma fille pour leur fils. Maintenant j’ai perdu mon épouse et mes quatre filles. Je n’arrive pas à croire que toutes personnes que j’aimais ont disparu. »

Les avions de la coalition ont également bombardé cinq marchés et une station essence pleine d’automobilistes attendant pour faire le plein de leurs véhicules. Non seulement ces attaques étaient illégitimes du fait de l’absence apparente de tout objectif militaire, mais elles par ailleurs contribué aux souffrances des civils à Saada, qui subissent des pénuries de nourriture, d’eau et de carburant. Les Nations Unies ont averti d’une possible catastrophe humanitaire au Yémen.

Au regard du droit humanitaire international, ou des lois de la guerre, les civils et les structures civiles ne peuvent jamais être les cibles délibérées d’attaques. Les attaques qui omettent de distinguer entre les civils et les combattants, ou qui causent des dommages civils disproportionnés par rapport à l’avantage militaire escompté sont interdites. Les parties belligérantes doivent également prendre toutes les mesures réalisables afin d’atténuer les dommages civils.

Human Rights Watch a écrit au gouvernement de l’Arabie saoudite en quête d’informations sur les objectifs visés par les 13 frappes aériennes sur Saada, mais n’a reçu aucune réponse.

Les images satellite montrent plus de 210 emplacements distincts d’impacts dans des zones bâties de la ville, compatibles avec un bombardement aérien. Ces attaques ont endommagé ou détruit des centaines de bâtiments. Les enquêtes sur les lieux d’impacts et les vestiges des armes utilisées montrent que les avions de la coalition ont largué des munitions à explosion et à fragmentation pouvant causer des blessures et des dommages sur une vaste zone.
 

Veuillez déplacer le curseur pour une vue plus complète (avant / après).

Avant : © 2015 CNES / Distribution Airbus DS Après : © 2015 CNES / Distribution Airbus DS

Les forces de la coalition devraient respecter les lois de la guerre dans leurs opérations militaires, selon Human Rights Watch. La coalition ne devrait pas utiliser des armes explosives ayant un impact sur de vastes zones dans des endroits peuplés, en raison des dommages inévitables qu’elles causent aux civils.

Human Rights Watch a observé des armes anti-aériennes montées sur des véhicules houthistes dans la ville de Saada. Les forces houthistes devraient éviter de les placer, ainsi que d’autres objectifs militaires, dans des zones à forte densité de population.

Les États-Unis ne sont pas membre de la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, mais ils fournissent un « soutien logistique et en matière de renseignement » pour sa campagne et aident peut-être directement au ciblage d’objectifs. Les États-Unis et d’autres partisans de la coalition devraient exhorter celle-ci à se conformer à ses obligations légales internationales et à enquêter sur les allégations de violations dans toute attaque pour laquelle ils ont joué un rôle direct.

« Les rues de la ville de Saada sont parsemées de cratères de bombes, de bâtiments détruits, et autres preuves des frappes aériennes de la coalition », a conclu Sarah Leah Whitson. « Les civils qui y vivent encore ne peuvent pas faire grand-chose pour se protéger des attaques aériennes, qui viennent s’ajouter à leurs souffrances quotidiennes. »

Sur le même thème