Rasul Jafarov, un éminent défenseur azerbaïdjanais des droits humains ayant souvent critiqué le gouvernement, est emmené dans un fourgon de police par des policiers dans la capitale du pays, Bakou, en 2014.

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(Berlin) – Les partenaires internationaux de l’Azerbaïdjan devraient insister sur la remise en liberté de détracteurs injustement arrêtés et emprisonnés alors que ce pays s’apprête à accueillir les premiers Jeux européens, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui, à l’occasion de la diffusion d’une nouvelle vidéo présentant des militants et journalistes éminents arrêtés lors des derniers mois.

L’Azerbaïdjan accueillera les premiers Jeux européens, une compétition multisports à laquelle prendront part plus de 6 000 athlètes, dans sa capitale, Bakou, du 12 au 28 juin.

« À moins de deux mois de l’ouverture des Jeux européens, le bilan déplorable de l’Azerbaïdjan en matière de droits humains et les poursuites à caractère politique engagées contre des opposants suscitent une attention croissante », a déclaré Jane Buchanan, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch. « Il s’agit d’un moment crucial pour les partenaires de l’Azerbaïdjan, notamment l’Union européenne, pour exhorter ce pays à libérer ses détracteurs qu’il a jetés derrière les barreaux et à mettre un terme à la répression. »

Les dirigeants européens devraient indiquer expressément qu’ils n’enverront pas de délégations de haut niveau aux cérémonies d’ouverture des Jeux si les personnes emprisonnées pour avoir critiqué le gouvernement ne sont pas libérées et si la répression exercée par le gouvernement à l’encontre des organisations indépendantes et des activistes ne cesse pas, selon Human Rights Watch.

Parmi les défenseurs des droits humains présentés dans la vidéo figure Rasul Jafarov, qui a été condamné le 16 avril à six ans et demi de prison sur la base d’accusations criminelles à caractère politique de fraude fiscale, abus de pouvoir, activités commerciales illégales et détournement de fonds. À la veille de son arrestation en août 2014, Jafarov préparait une campagne intitulée « Sports for Rights » (« Les sports pour les droits »), afin d’attirer l’attention sur les emprisonnements de nature politique et autres atteintes aux droits humains en Azerbaïdjan à l’approche des Jeux européens.

Le 31 mars, les autorités azerbaïdjanaises ont refusé l’entrée dans le pays à un chercheur senior de Human Rights Watch, Giorgi Gogia, qui avait prévu d’assister aux procès de Rasul Jafarov et d’Intigam Aliyev, un éminent avocat et défenseur des droits humains qui fait également l’objet d’accusations similaires de nature politique.

Les Comités olympiques européens (COE), une association qui regroupe 50 Comités olympiques nationaux, a attribué à l’Azerbaïdjan en 2012 l’organisation des premiers Jeux européens, dont l’association supervise les préparatifs. L’un des objectifs des COE est de diffuser en Europe les idéaux olympiques définis par la Charte olympique du Comité international olympique.

« Les Comités olympiques européens ne peuvent légitimement prétendre défendre la Charte olympique, qui mentionne explicitement la capacité du sport à favoriser la dignité humaine, alors que des dizaines de détracteurs du gouvernement poursuivis à tort languissent derrière des barreaux », a insisté Jane Buchanan. « Les COE doivent défendre les principes auxquels ils adhèrent et indiquer expressément que le gouvernement azerbaïdjanais ne peut pas accueillir une compétition sportive internationale crédible tout en rejetant des valeurs fondamentales. »

La vidéo présente également Khadija Ismayilova, une journaliste d’investigation de premier plan qui a révélé la corruption du gouvernement ainsi que les activités commerciales douteuses de responsables gouvernementaux, de même que Leyla Yunus, une éminente militante des droits humains de longue date et critique à l’égard du gouvernement, et son mari, Arif Yunus.

En plus des personnes se trouvant en détention, des dizaines de militants et de journalistes ont été contraints de fuir l’Azerbaïdjan ou de se réfugier dans la clandestinité. Parmi ces personnes figure Emin Huseynov, journaliste et directeur de l’Institute for Reporters’ Freedom and Safety (IRFS), une organisation de défense des médias indépendants de premier plan. En août 2014, les autorités ont refusé de laisser Huseynov se rendre en Turquie pour y recevoir des soins médicaux. Quelques jours plus tard, les autorités ont fait une descente dans les locaux de l’organisation, ont interrogé le personnel, confisqué des ordinateurs et fermé les bureaux de l’IRFS. Craignant d’être arrêté, Huseynov a cherché refuge à l’ambassade suisse à Bakou, où il se trouve toujours. Il fait également l’objet d’accusations fallacieuses liées à des délits financiers.

« Les journalistes et les autres personnes emprisonnées ou en exil sont pleinement conscientes que des milliers d’athlètes, de supporters sportifs, de journalistes et d’autres personnes vont bientôt arriver à Bakou pour célébrer un nouvel événement international majeur », a conclu Jane Buchanan. « Toutes ces personnes comptent sur les dirigeants olympiques et les gouvernements pour qu’ils ne viennent pas seulement assister à la fête à Bakou, mais pour qu’ils défendent ce qui est juste, en insistant sur la liberté des personnes injustement accusées. »